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Tizi-Ouzou - Manifestations pour le départ du système

«On n’a pas dit cent deux, mais sans eux !»

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Pour le sixième vendredi consécutif, la mobilisation populaire reste intacte. L’appel du chef de l’Etat major à l’application de l’article 102 de la Constitution n’a visiblement pas atténué la colère : «On a dit le départ de tout le système !».

En effet, la proposition d’application de l’article 102 a peut-être divisé la classe politique, mais pas la population. Dans la wilaya de Tizi-Ouzou, la dite proposition a même agrémenté le mouvement et intensifié la contestation. Ils étaient des dizaines de milliers de citoyens hier encore dans la rue, à exprimer leur rejet de cette solution qu’ils considèrent être «arrivée trop tard».

Comme d’habitude, le départ de la marche s’est fait du portail de l’université Mouloud Mammeri (Hasnaoua) qui était depuis 10 heures du matin la destination de jeunes et moins jeunes, d’hommes et de femmes qui se donnent rendez-vous depuis le 22 février pour la marche traditionnelle du vendredi.

La foule de marcheurs, venus de toutes les localités de la wilaya et composée de simples citoyens, d’intellectuels ou de militants politiques de l’opposition, chanta et scanda longuement les slogans du mouvement populaire, avant même le départ de la marche, qui eut lieu à 13h.

Les retardataires accouraient depuis le boulevard Amyoud, le grand boulevard Krim Belkacem et les ruelles adjacentes, pour rattraper la queue de la procession. Plusieurs groupes de marcheurs attendaient, eux, devant le stade du 1er Novembre et de la Maison de la culture, pour se rejoindre au rond-point jouxtant le premier arrondissement de la sûreté urbaine, où la marche a marqué une halte.

La rue Lamali Ahmed (les Genêts), grouillait de monde, bariolé des drapeaux national et amazigh, brandissant banderoles et pancartes portant divers slogans. Tout le long du trajet menant vers la place de la Bougie, aboutissement de toutes les marches, les marcheurs n’ont cessé de scander leur message, hurlé dans les trois langues «Système dégage !».

La nouveauté pour cette sixième semaine de contestation, c’est la réaction à l’appel de Gaid Salah à l’application de l’article 102. La réponse du peuple est claire, avec des «Non à l’application de l’article 102, pour l’application de l’article 2019 : Tetnehaw Ga3», «Rendez le pouvoir au peuple et dégagez», «El Chaab Yourid Isqat El Nidam», «Y en a marre de ce pouvoir», «Vous ne pouvez plus accéder au numéro 102, nous vous prions d’appeler le numéro 107», «L’article 102 c’est pour tout le système et pas seulement pour Bouteflika», «Le peuple exige le départ de tout ce système sans exception» ou encore «La Constitution 2019 : dégagez tous»…

Les manifestants ont également réitéré leur refus de toute ingérence étrangère, à travers les slogans : «USA, KSA, France… Taisez-vous !» ou encore «Ne me libère pas je m’en charge». Les slogans hostiles aux FLN, au RND et à des personnalités politiques et hommes d’affaires se sont également fait entendre : «Le FLN au musée» ; «Ahmed Ouyahia le caméléon dégage», «Le peuple ne veut ni Bouteflika ni Said»…

L’esprit politique revendicatif a aussi été exprimé à travers des chansons patriotiques et des fresques artistiques. Les actes de civisme et de solidarité furent au rendez-vous et aucun dépassement n’a été enregistré en ce sixième vendredi de contestation. La foule s’est encore une fois dispersée dans le calme.

Kamela Haddoum.