Accueil A la une Quand les Calédoniens débarquent à Sahel

TIZI-OUZOU -16e Festival Raconte-Arts à Bouzeguène

Quand les Calédoniens débarquent à Sahel

4927

Depuis le 19 et jusqu’au 26 juillet, le village Sahel, dans la municipalité de Bouzeguène, située à 60 km à l’Est de la ville Tizi-Ouzou, abrite la 16e édition du Festival Raconte-Arts.

La manifestation avait démarré, en 2004, sous l’impulsion d’un groupe d’animateurs volontaires. A l’époque, la Kabylie n’avait pas encore pansé les blessures du Printemps noir. Aujourd’hui, Raconte-Arts draine de plus en plus d’artistes et de visiteurs. Il est devenu un rendez-vous incontournable et une fête que beaucoup attendent avec impatience ici, en Algérie, comme à l’étranger par certains habitués férus.

Le village Sahel, qui est connu pour la fête de la figue de barbarie qu’il organise chaque année, au mois d’août, s’est mobilisé, hommes, femmes et enfants, pour la réussite de ce rendez-vous. En effet, la propreté et l’hospitalité sont des qualités dont jouissent ses habitants, qui n’ont pas lésiné sur les efforts pour donner une bonne image de leur village. A noter que Sahel va aussi prendre part au concours du village le plus propre. S’il le gagne, il ne l’aurait franchement pas volé. Toutes ses ruelles sont pavées, propres et embellies de pots de fleurs. Les places publiques sont décorées avec des motifs berbères, sans compter les différentes fontaines.

Depuis vendredi dernier, les ruelles de Sahel grouillent de monde. Activités artistiques, expositions, ateliers pour jeunes, lecture, danses et chants font de ce village une scène et une galerie à ciel ouvert. Une ruche qui bourdonne. Au gré des ballades, on peut trouver des expositions de dessin, des expos-photos et d’arts plastiques. L’esplanade de Tajmaat est le principal point de chute et de rencontres, où l’on retrouve chaque jour des conteurs, des chanteurs, des poètes et des conférenciers.

Dimanche dernier, de grands noms ont donné des conférences, à l’instar de Mohammed Mebtoul, qui a présenté son ouvrage «Algérie, citoyenneté impossible ?», alors que Ramdane Achab a parlé de l’historique de l’édition berbère. Cerise sur le gâteau, Ben Mohamed a offert un récital poétique. À côté des grands noms, une nouvelle génération commence à se frayer un chemin et ce Festival est un tremplin pour se faire connaître et se faire un nom. Ajouter à cela, la présence d’artistes issus de différentes régions du pays et de l’étranger, lesquels ont eu des échanges culturels et artistiques très intéressants.

C’est une véritable fenêtre ouverte sur le monde et les cultures, pas uniquement ce qu’on a l’habitude de voir ou d’écouter dans les médias. Cela permet aussi de découvrir d’autres cultures, des artistes et de nouveaux genres artistiques. La place du village, où se déroulent les galas, connaît une grande influence. De grands noms de la chanson se produiront, à commencer par l’enfant de la région Cheikh Sidi Bemol, qui animera également un atelier de dessin ayant pour thème «Ivehriyen» (Les marins). À ses côtés, il y aura Akli D., Oulahlou, Ali Amrane et Samira Brahmia. L’occasion sera donnée également aux jeunes talents de faire la première des grands artistes. Les principaux groupes étrangers présents sont : «Palabras» de musique acoustique (Tunisie), «Pigeon voyageur» d’Afrique et les inconditionnels groupes qarkabou de Ghardaïa. L’association «Asart» (France) sera également présente. A noter que ce sont les galas nocturnes qui attirent le plus de monde.

D’autre part, chaque jour de 10h à 12h, des ateliers sont organisés au profit d’un jeune public et moins jeune dans diffèrents endroits du village. On peut citer l’atelier scientifique animé par Julien Krimat, l’atelier «Ecriture pour slam» animé par Badreddine Reguieg et Véronique Gaillard, l’atelier de film en stop motion pour enfants et ados animé par Annelise Verdier, Antoine Raupp et Rahim Bounar, l’atelier «Dessiner Sahel» animé par Francis Dalschaert, sans oublier les ateliers de danse, marionnettes, peinture, poterie, écriture et même recyclage des déchets.

Le 7e art, qui occupe une place importante, ne sera pas en reste. Des films documentaires sont programmés : «Lukan» de Mélissa Yami, «La résistance artistique Numed» d’Abdelkader Kkadi, «Le retour des cigognes» de Yazid Arab, «Bnett el djeblia» d’Awres Wiame, «Ya djamila goulili lukan nmut kifah tdiri» de Leila Saadna. Le film «Dhayen» de Nazim Larabi sera également projeté.

Un visa pour Mabelina Kanaky

Cette année, la bonne surprise est venue de la très lointaine Nouvelle-Calédonie, où une partie du groupe «Mabelina Kanaky» a pu obtenir un visa pour venir se produire, pour la première fois, sur cette terre de Kabylie. Cette dernière ne leur est pas étrangère tant que ça, du fait de la présence d’une communauté kabyle à partir du XIXe siècle en Nouvelle-Calédonie, après la déportation qui a suivi la révolte de Mokrani et de Cheikh Aheddad, en 1871.

Les membres de ce groupe affirment : «Nous avons dû payer de nos poches le voyage en Kabylie, en faisant des spectacles en France. Mais le voyage en vaut la peine. Nous sommes très heureux d’être ici, où on ne se sent pas dépaysés. Il y a une grande ressemblance des maisons d’ici avec celles des quartiers kabyles de la Nouvelle-Calédonie. Les Kabyles de l’Océan pacifique gardent encore une nostalgie et un attachement viscéral au pays de leurs ancêtres. Les plus anciens parlent encore la langue kabyle, contrairement aux plus jeunes. Les relations entre nos deux communautés sont très cordiales. Ils participent à la célébration de nos fêtes et le courant passe bien entre nous.»

A noter la volonté de certains artistes et autres festivaliers de renouer avec la culture et la terre ancestrale car ils sont issus généralement de l’émigration kabyle, en France, et dont le souvenir des contes et récits racontés par leurs parents sont restés gravés dans leurs mémoires à jamais. On sent une envie de revenir aux sources et une fierté d’appartenir à cette région et cette culture, malgré l’éloignement géographique et la barrière de la langue.

Autant dire que le syndrome de la famille Amrouche, d’Ighil Ali, n’est pas un cas unique. Il en est de même pour Leila Lakhel, chanteuse et conteuse, qui a vécu en France mais est originaire du village Hendou dans la commune d’Azazga. «Le voyage en Kabylie est toujours un pèlerinage. J’ai découvert que les Kabyles sont des artistes dans l’âme. Chaque jour, je découvre de nouvelles choses et c’est fabuleux !», dira-t-elle. Pour résumer Raconte-Arts et son ambiance festive et conviviale, il faut y être. Raconte-Arts se vit et ne se raconte pas.
M. I. B.