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Appel à la grève générale nationale

Seule la Kabylie, sans surprise !

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L’appel à la grève générale nationale, largement relayé sur les réseaux sociaux et appuyé en Kabylie, notamment par les antennes de l’Union générale des commerçants et l’UGTA, a été respecté à 100% dans les deux seules wilayas, Tizi-Ouzou et Béjaïa. À Bouira, seules les communes berbérophones ont adhéré au mot d’ordre de grève pendant que dans le reste du pays, il n’a pas du tout été respecté, si ce n’est ce suivi très timide pour ne pas dire insignifiant puisque tout aura fonctionné normalement.

En effet, première vitrine à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, Alger, la capitale, a majoritairement ignoré l’appel. Dès dix heures du matin, des photos de magasins de la rue Didouche Mourad normalement ouverts aux passants étaient relayées sur le net. L’animation était des plus ordinaires, en effet, du côté de la place Audin, à Alger-centre. Les administrations ouvertes au public, les transports circulaient le plus normalement du monde aussi.

A Boumerdès également, les commerces ont levé rideau dès le matin, comme de coutume, tout comme les administrations. Rien n’indiquait l’ombre d’une grève, encore moins générale. Tout le contraire de la Kabylie où tout le monde a suivi, y compris dans les villages les plus reculés où même les petits épiciers ont massivement adhéré à l’appel. Seule la Kabylie donc, et sans surprise, a répondu hier au premier jour de la grève à l’appel. A Azazga, à Draâ Ben Khedda, à Maâtkas jusqu’à la ville des Genêts, tous les rideaux étaient baissés, hormis les stations-service et les pharmacies qui ont assuré le service.

Dès la matinée, au chef-lieu de Maâtkas, tout était fermé. Sur la route, les écoliers, les collégiens et les lycéens rebroussaient chemin. Poste, polyclinique et l’ensemble des administrations étaient fermées. Plus loin, à souk El Tenine, c’est le même constat, aucun commerce, ni école, ni institution n’étaient ouverts. À Tizi n’tleta, la commune voisine, c’est le même constat, la grève était scrupuleusement suivie. À Aït Abdelmoumène, seuls les boulangers ont assuré le service minimum. À quelques kilomètres de là, en allant vers Béni Douala, tout était clos. À Icherdiouène et dans tous les villages, le mot d’ordre de grève a été respecté par tous.

Au chef-lieu de Béni Douala, même topo, tous les commerces, la mairie, l’agence postale et les établissements scolaires étaient paralysés. Il n’y avait que la pompe à essence et les pharmacies qui assuraient le service. À Béni Aissi, la grève était également respectée. Au chef-lieu de la wilaya, seule le CHU a fonctionné comme de tradition. Mais sinon aucune boutique n’a ouvert, hormis quelques pharmacies. Et la circulation automobile n’a jamais été aussi fluide.

À la cité dite de l’Habitat, à Medouha, à la montée de l’université, au niveau du stade et tout le long de la route de l’hôpital, les axes, qui grouillent habituellement de véhicules, étaient plongés dans un silence pesant. Tous les rideaux étaient baissés. Du côté de la daïra aussi ou des jeunes se sont rassemblés dès la matinée et muré l’entrée principale de l’institution. Le renfort en sécurité dépêché sur les lieux dans un premier temps pour disperser les protestataires sera finalement vite rappelé pour éviter d’éventuels débordements.

Pas d’intervention non plus lorsqu’une marche a été improvisé à la mi-journée sur le parcours habituel de l’université jusqu’à la place de l’ancienne gare routière. À la nouvelle ville, notamment au boulevard Krim Belkacem ou plus loin sur la route dite « Les douze salopards » et plus haut à Annar Amellal, aucun magasin n’était non plus ouvert. À rappeler enfin que les commerçants étaient autorisés à ouvrir aux alentours de 17heures pour permettre aux citoyens de faire leurs courses.

Mais une chose est à déplorer, les prix de plusieurs produits de large consommation, notamment les fruits et les légumes, ont exagérément augmenté. La carotte a grimpé à 180 DA, la pomme de terre à 60 et les courgettes à 200, entre autres produits. Pour ce qui est du lait en sachets, il a carrément disparu des bacs.

Béjaïa et Tizi Ouzou wilayas mortes

Dans la wilaya de Béjaïa, à travers ses 52 communes, la grève générale, dans tous les secteurs, a été largement suivie hier. Administrations publiques désertées, entités économiques paralysées, des bus de transport en commun immobilisés et des magasins d’habillement et autres commerces d’alimentation générale fermés.

Dans la ville de Béjaïa et dans d’autres localités, sauf les pharmacies, les structures de santé et les cabinets médicaux sont restés ouverts. Pour manifester leur adhésion au mot d’ordre de la grève générale et exprimer leur «rejet du système et de l’élection présidentielle de jeudi prochain», les travailleurs de la Sonatrach (STH), de l’entreprise portuaire de Béjaïa et de toutes les entreprises économiques ont déserté, hier, leurs postes. Les enseignants et les élèves, tous paliers confondus, ont séché, eux aussi, les cours. Les secteurs liés à l’approvisionnement en denrées alimentaires des citoyens devaient être assurés par les commerçants dès 17 heures toutefois. Les boulangeries ont également travaillé dans la matinée.

Le SG de l’UGCAA de Béjaïa a assuré que «les commerçants vont assurer un service minimum». Dans cette optique, a-t-il dit, «les supérettes et les commerces d’alimentation générale seront ouverts à partir de 17h, et ce à travers le territoire de la wilaya.» Il en sera de même pour les boulangers qui sont appelés à assurer un service minimum. En plus d’une grève générale de quatre jours, des marches quotidiennes sont projetées dans les rues du chef-lieu de wilaya et dans d’autres villes. Hier, une marche imposante a été organisée dans les rues de Béjaïa ville. Dans la commune d’Adekar, un rassemblement a été observé devant le siège de la daïra. À Seddouk, des centaines de citoyens ont défilé, hier matin, dans les principales artères de la ville.

Le débrayage partiellement suivi à Bouira

Le mot d’ordre de grève générale a été diversement suivi à travers la wilaya de Bouira, et c’est la région berbérophone qui y a le plus adhéré. En effet, aussi bien dans les nouvelles circonscriptions administratives de Sour El Ghozlane qu’à Aïn Bessem, où encore à Lakhdaria, le train-train quotidien suivait son cours et les établissements scolaires, les administrations et les magasins étaient tous ouverts sans exception. Les transporteurs vers le chef-lieu de wilaya ont eux aussi assuré leurs rotations. Les seuls bus qui étaient stationnés au niveau de l’ancienne gare routière avaient d’ailleurs pour destination El Hachimia.

Au niveau de la gare Aomar, la ville était divisée en deux, entre commerçants ayant répondu favorablement à l’appel de la grève et d’autres qui ont maintenu leurs échoppes ouvertes. Dans la région berbérophone, une paralysie totale a été enregistrée, avec une absence du transport aussi bien public que privé. Les bus de l’ETUB étaient également absents du réseau routier de la wilaya. De Takerboust, en passant par Saharidj, jusqu’à Ath Mansour, Raffour, M’Chedallah, Ahnif, Bechloul, El-Adjiba, El-Esnam, Ath Leqsar, Ath Rached, Haizer, Taghzout, Ath Laâziz, Aïn Turk, le mot d’ordre de grève générale a été scrupuleusement respecté, hormis les boulangeries et les pharmacies qui étaient ouvertes.

A noter qu’au niveau du chef-lieu de wilaya, vers 10 heures, une marche a été improvisée avec banderoles et slogans appelant à la libération des détenus d’opinions et au rejet de l’élection du 12 décembre. Même topo à Aïn Turk, où des citoyens ont organisé une marche suivie d’un rassemblement devant le siège de l’APC. À Takerboust, les citoyens ont également défilé sur une distance de 4 kilomètres. À Haizer, c’est devant le siège de la daïra qu’une foule s’est rassemblée pour des prises de parole, et les appels au calme et au caractère pacifique du mouvement ont été réitérés.

À El Esnam, sous la pluie, des manifestants ont improvisé une également une marche sur la RN05 avant de tenir un sit-in devant la mairie. À noter que la plupart des stations-service de la région Est de la wilaya étaient également fermées, ce qui a contraint les automobilistes à se rendre à Aïn Bessem et Sour El Ghozlane pour y faire leurs pleins d’essence.

Hocine T, F. A. B. et Hafidh Bessaoudi