«La question de la graphie n’est pas notre priorité. On a d’autres projets plus urgents qui nous attendent», a affirmé hier Mohamed Djellaloui, président de l’académie algérienne de la langue amazighe.
Si la question de la transcription de la langue amazighe préoccupe l’opinion publique et les militants de la cause, ça ne semble pas être le cas du président fraîchement désigné de l’Académie.
S’exprimant en marge d’une table ronde qu’il a animée à la bibliothèque principale de lecture publique, à l’occasion du 3e anniversaire de l’officialisation de la langue amazighe, le responsable a considéré que la question n’est «pas inquiétante» et ne constitue pas «la priorité de l’académie» qui a d’autres projets «plus urgents» à réaliser.
«La question de la graphie ne m’inquiète pas et ce n’est pas la rue qui la tranchera. C’est une question de savoir et de recherche scientifique (…) L’académie aura son mot là-dessus, c’est même elle qui aura le dernier mot», a-t-il tranché.
Sur l’éventualité de faire assumer à l’académie des choix politiques ou lui faire subir des pressions pour trancher en faveur d’une graphie, Mohamed Djellaoui rassure : «Je dis avec conviction et confiance que cette question de la graphie sera tranchée d’une manière académique et scientifique, loin de toute politique ou idéologie.
Elle ne sera pas décidée sans qu’il y ait des commissions spécialisées qui travailleront d’une manière exclusivement scientifique». «Cela nous ne fait pas peur ! On est avec tout ce qui fera que cette langue avance et prospère», a-t-il ajouté. Pour ce qui est donc des priorités de l’académie, le président souligne qu’elles sont «définies par la loi organique régissant cette institution». «On va les entamer une par une», explique-t-il.
Cela dit, M. Djellaoui évoque comme priorité «l’élaboration du dictionnaire référentiel de Tamazight». Une tâche qu’il a considérée comme «pas du tout facile et qui nécessite beaucoup de temps». L’académie, pour parvenir à l’accomplissement de cette tâche, ne partira pas d’un néant, rassure le responsable. «Des travaux sont déjà faits dans ce sens, on a les dictionnaires existants déjà en tergui, chaoui et mozabi.
Des gens nous en devancés. On va commencer avec ce qui a été produit durant un demi-siècle de recherche dans ce domaine ! C’est notre base», explique-t-il. La composante de l’académie a suscité de vives critiques, mais le président se dit plutôt serein à ce propos : «Les membres ont été jugés et condamnés trop vite. Moi-même je ne les ai pas encore rencontrés.
Je ne connais pas leurs réflexions ni leurs spécialités. Je ne peux rien dire sur eux. On attendra le moment opportun pour évaluer les choses, on verra ce que chacun peut donner. Celui qui n’apporte rien à l’académie n’y sera pas à sa place». Toujours dans le même sillage, M. Djellaoui souligne que «l’équilibre régional» était un critère qui a pesé sur le choix de la composante.
Mohamed Djellaoui, tout en affichant sa confiance vis-à-vis de ses collègues dans l’académie, fait savoir que les portes de cette dernière sont «ouvertes» pour tous ceux qui peuvent apporter un plus, indiquant que des noms comme Achab, Tassadit Yacine, Chaker, Youcef Necib et d’autres, il aurait aimé les avoir dans l’académie.
Chose qui peut se faire, selon lui, vu que «l’article 7 de la loi organique permet à l’académie de s’élargir et d’ouvrir des consultations en dehors de ces membres». À propos de la démission de Dr Dourari Abderrazzak à l’annonce de la composante dans laquelle il figurait, le président de l’académie a refusé de la commenter, estimant que «c’est son choix, il en est responsable».
Cela étant dit, le président de l’académie a indiqué que cette dernière «n’est pas encore installée officiellement et ne dispose même pas d’un siège où ses membres peuvent se rencontrer». «On est en attente», note-t-il. Mohamed Djellaoui a par ailleurs rendu un vibrant hommage «à tous les militants de la cause identitaire sans lesquels rien n’aurait été possible, ni l’académie ni l’officialisation de la langue amazighe», dira-t-il.
Kamela Haddoum.
