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Farid Ferragui à coeur ouvert

“J’ai toujours chanté mon vécu”

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Il était bien difficile de «l’accrocher» hier, tant ses fans venus des quatre coins de la wilaya et d’ailleurs ne le lâchaient pas d’une semelle. Farid Ferragui, puisque c’est de lui qu’il s’agit était, en effet, merveilleusement entouré à l’occasion de cet hommage initié par ses amis et l’association Tikti en collaboration avec la direction de la culture de la wilaya. La salle des expositions de la maison de la culture Mouloud Mammeri qui a abrité l’événement était en effet noire de monde. Tous voulaient l’approcher pour un autographe, une photo souvenir ou tout simplement un échange ne serait-ce que de quelques mots. Farid «s’est offert» sans retenue aux différentes sollicitations.

La Dépêche de Kabylie : Un mot sur l’hommage qui vous est dédié…

Farid Ferragui : Je suis bien entendu très heureux de cet hommage. Vous savez, comme je l’ai toujours dit, tout être humain a besoin d’être encouragé. A la maison, l’homme a toujours besoin du soutien de sa femme. C’est pareil pour un artiste qui doit être traité de la sorte afin qu’il puisse aller de l’avant. Sincèrement, cela m’a fait plaisir, d’autant que cet hommage intervient pour célébrer mes 30 ans de carrière.

Les 30 années de carrière justement, comment pouvez-vous les résumer ?
Je dirais que c’était très épineux. Le parcours était semé d’embûches, mais cela ne m’a pas empêché d’avancer et ce, grâce à mon public qui était, il faut le dire, ma seule source de motivation. J’ai été très gâté par mes fans. C’est eux qui m’ont porté haut, sinon, je n’avais pas autre chose ni personne sur qui m’appuyer. Autrement dit, personne ne m’a aidé ni de près, ni de loin.

Toute carrière connaît des hauts et des bas, qu’en est-il de celle de Farid ?
Non, en tout cas moi je n’ai jamais senti ça durant ma carrière. Je dirais que ma carrière a été stable, dans ce sens qu’elle n’a pas connu ce que vous appelez des hauts et des bas. Peut-être que c’est dû au fait que moi, je ne visais pas d’être une star ni de me faire un nom dans le domaine. Je chantais et c’est tout, sans me soucier d’autre chose. Et puis, il y a ce public qui m’a vite adopté et c’est tant mieux.

Quelle est votre première chanson ?
On appelle ça la chanson fétiche. Et bien, c’est la chanson «Ayul iguevghan thoulas» que j’ai composée en 1973.

Vous avez attendu jusqu’à 1981 pour éditer votre premier album…
Exactement, car à l’époque on n’avait pas de moyens et des gens villageois comme moi, n’avaient pas accès à la radio et il leur était bien difficile d’être découverts par un éditeur. J’ai eu la chance de rencontrer en France une personne qui m’a ouvert une brèche. J’ai ainsi édité mon premier album en 1981.

Certains vous comparent à Farid El Atrache…
Chacun est libre de faire ce genre de comparaisons. Je crois que c’est à cause du luth, un instrument de musique que nous utilisons tous les deux.

Mais avez-vous été influencé par ce chanteur
Oui, je l’ai été. Je pense que chacun est influencé par quelqu’un. Certains par le style oriental et d’autres par la musique occidentale.

D’où votre nom d’artiste, Farid, sachant que vous vous appelez Ali Ferragui…
Non, pour l’appellation, cela n’a rien à voir. En 1981, après la préparation de mon album, on m’a demandé quel nom mettre sur la jaquette. J’ai refusé par naïveté de mettre mon vrai nom, à savoir Ali, car je me suis dit qu’en tant que journaliste, je ne pouvais pas cumuler les deux métiers. Je me voyais comme une star (rires). J’ai proposé alors, sans réfléchir Farid, un nom qui est resté depuis

.On ne savait pas que vous êtes aussi journaliste…
Oui, mais disons que je suis diplômé en journalisme et que je n’ai jamais exercé ce métier.

Revenons à votre premier album. Celui-ci a été ponctué par une réussite sans faille…
je vous l’ai dit tout à l’heure, le public m’a vite adopté même, en lui offrant ce que j’appellerais des petites chansons.

Où se situe le secret, selon vous ?
j’avoue que je ne sais pas trop. Peut-être que c’est la sincérité de mes chansons qui ont fait que ce public se retrouve dans mon art.

Vos chansons reflètent-elles vos expériences de la vie quotidienne ?
Oui, je chante mon expérience par rapport à la vie dans ses différents domaines. Les jeunes, les souffrances, la misère, tous les thèmes que j’ai traités relèvent de la réalité quotidienne…

Thayri (l’amour) aussi ?
Je crois que je viens de répondre à votre question.

A une certaine période de votre carrière, il se murmurait que Farid était devenu…( il nous coupe)
… fou, c’est ça ? Et bien non, c’est archi-faux. Les gens disaient cela par rapport à ce que je chantais, et c’est ce que j’assume d’ailleurs. C’est cette «folie», que je mettrais entre guillemets, qui m’a permis d’avancer et d’être ici aujourd’hui. Sinon, je n’ai jamais été admis dans un hôpital psychiatrique. (Rires).

Espériez-vous devenir ce que vous êtes aujourd’hui ?
Sans détour, je dirais que je n’ai jamais imaginé un jour que je serai un chanteur, tant les moyens faisaient défaut à l’époque. D’ailleurs, j’ai commencé les études à l’âge de 13 ans. C’est dire qu’à l’époque c’était, en quelque sorte, interdit de rêver. Devenir chanteur ne m’avait alors jamais effleuré l’esprit.

On imagine que vous avez vécu une enfance difficile…
Je ne vous le fais pas dire. Comme les enfants de ma génération, j’ai vécu mon enfance comme berger. C’était encore le colonialisme. On était tous des fils de pauvres. Les champs étaient le début de ma carrière de chanteur puisque, c’est là que j’ai commencé à jouer de la flûte. En fait, votre question trouvera sa réponse complète dans mon prochain album, puisque j’ai composé une chanson d’une trentaine de minutes sur cette enfance. «Nek Dh yimaniw», qui est également le titre de mon album, est en effet, l’histoire de Ali Ferragui et Farid Ferragui, je veux dire mon enfance et celle de Farid le chanteur.

On vous laisse conclure…
je ne peux que remercier les initiateurs de cet hommage et rendre à mon tour, à l’occasion, un vibrant hommage à mon public. Je dirais merci à tout le monde.

Propos recueillis par M. O. Benmokhtar