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Au cahier culturel

La société civile et le monde culturel et scientifique se réapproprient le 20 avril

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Par Abdennour Abdesselam

Le mode de célébration du 20 avril s’est engagé sur la voix de la réappropriation de l’événement. Presque dans tous les villages, les universités et les structures culturelles de Kabylie, l’anniversaire a été accueilli avec conscience et enthousiasme loin de toute emprise politicienne qui a jusque là caractérisé ce rendez-vous. S’il est du droit pour tout citoyen auteur ou acteur et autres organisations d’être de la partie, il n’en demeure pas moins que ce droit s’arrête-la où commence le sens même de l’événement. En effet, nul n’a le droit de s’approprier la paternité d’un patrimoine partagé. Il est l’aboutissement d’un long combat porté par trois générations successives : celle d’entre les deux guerres mondiales à la tête de laquelle il y avait les Imache Amar, Radjef belkacem, Si Djilani etc. Celle d’entre la seconde guerre mondiale et la guerre d’Algérie, portée par Benai Ouali, Rachid Ali Yahya, Mbarek Aït Menguellet, Amar Aït Hammouda, entre autres et enfin celle portée par notre génération depuis l’indépendance à ce jour. Les deux premières générations ont eu comme soubassement intellectuel l’éminent Said Boulifa. La troisième a eu comme rampe de lancement le professeur Mouloud Mammeri. Mais à l’horizon qui se conjugue déjà au présent le plus proche apparait graduellement la quatrième génération constituée d’étudiants, de lycéens, de collégiens, d’écrivains, de chercheurs, d’enseignants, d’inspecteurs et autres producteurs toute fraiche et non « polluée » politiquement qui travaille et dont l’action fait plutôt confiance à l’intelligence. Celle-ci, après les nombreux acquis, œuvre dans la sérénité dans la paix linguistique même incomplète tant que l’officialité de la langue n’est pas encore reconnue. Elle le sera pourtant. Et pour cause, à elle seule, la Kabylie totalise dans le domaine amazigh 240.000 élèves, plus de 4000 étudiants, 33 inspecteurs d’académie, 1023 enseignants. Au niveau universitaire ce sont des centaines de thèses et mémoires qui sont produites autour de sujets divers. De nombreux séminaires de formation ou d’études sont organisés chaque année. Des rendez-vous calendaires culturels animent l’activité dans la région autour d’un homme, d’un livre, d’un événement universel ou encore d’un haut fait d’histoire. De nombreuses maisons d’éditions s’intéressent au livre amazigh. Ainsi, ce ne sont certainement pas les transhumants d’un jour qui dérouillent les charnières de leurs locaux plombés à longueur d’année pour tenter une résurgence qui dévieront de ses axes cette nouvelle dynamique intellectuelle et culturelle de groupe ou d’individus constamment évolutive. Plus jamais personne ne peut être trompé par ceux qui viennent en Kabylie insulter le pouvoir en matinée et s’empresser d’aller dormir chez le même pouvoir le soir au Club des Pins. Cela rappelle également la blague du triste épisode de ceux qui ont inscrit leurs enfants dans les wilayat de Boumerdes et d’Alger quand ce n’était pas tout simplement à Paris, pendant que toute la Kabylie avait très judicieusement boycotté l’année scolaire de 1995 et qui a abouti dans un premier temps à la création du H.C.A. Le douloureux événement du printemps noir de 2001 doit interpeler toutes les consciences pour nous éviter que de telles tragédies ne deviennent un héritage à recommencement. La Kabylie qui doit rester vigilante a besoin de ses enfants vivants.

A. A.