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Musique : L'album «Ay adrar» de Hamid Khelfaoui, dans les bacs

«Je fais confiance à mon inspiration»

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Hamid Khelfaoui est l’un de ces artistes qui s’intéressent beaucoup plus aux styles musicaux de la chanson berbère dans toutes ses variantes.

Son mixage du Tindi, du Kabyle, du chaâbi en est la preuve. Ce qui est intéressant aussi dans cet album, qu’il vient de mettre sur le marché après plus de trente ans d’apprentissage et de mesure, est cette touche personnelle quant au choix des mots. Hamid a mis tout ce temps pour lancer ce produit, faute de moyens et pour des raisons personnelles. 

La Dépêche de Kabylie: Qui est Hamid Khelfaoui?

Hamid Khelfaoui: Eh bien. C’est un chanteur kabyle. J’ai commencé au début des années 80. C’est en 2005 que j’ai essayé de sortir mon premier CD. Je l’ai entièrement réalisé mais j’ai enfin décidé de le mettre de côté. Il me semblait incomplet et qu’il avait besoin de quelques retouches. Faute de moyens, j’ai pris plus de temps que prévu pour lancer cet album sur le marché. 

Que ressentez-vous après la sortie de ce premier album?

Une nouvelle vie. J’ai extériorisé tout ce que je voulais dire. J’ai passé mon message au public. J’ai enfin exaucé l’un de mes vœux d’enfant. Dans cet album, il y a des chansons en hommage à tous ceux qui se sont sacrifiés pour notre culture et notre langue. 

Pourquoi le choix du titre  » Ay adrar »? 

Vous savez, chez nous, pour lancer un appel, il faudra choisir un point culminant pour qu’il ait un écho. Non seulement, c’est pour placer  » adrar » dans notre quotidien car nous vivons dans les montagnes, mais c’est surtout pour rendre hommage au combat de tous les berbères. D’ailleurs, cela est illustré dans le couplet  » ay adrar, err-ed ssewt, iwakken ad t-sidjhid theghri ». A la fin, j’ai évoqué Dda Lmulud, Matoub, Tahar Djaout et Guermah Massinassa. Le style Tindi, dominant dans cette chanson, est un message à décoder. 

Parlez-nous de votre album?

Il est sorti au mois de janvier dernier. Il contient huit titres. Les chansons traitent des souffrances des jeunes, des regrets, de l’amour et bien d’autres thèmes. 

Une petite synthèse? 

Dans la chanson  » Ay oul-iw », c’est une série de frustrations et de lamentations que j’ai mises sur le compte de mes choix dans la vie. Pour demander  » pardon » à mes amis et à mon entourage qui croiraient que je les évite pour m’avoir entièrement enfermé dans ma solitude, je leur ai tout confessé dans la chanson  » Semhet-iyi » « Pardonnez-moi ». Dans  » Ekker ay ahviv », c’est une série de questions-réponses autour de ce phénomène d’immigration clandestine. Dayen,  » c’est fini », c’est le désespoir total. J’ai terminé par  » Ay agdud »,  » ô peuple », c’est une chanson qui traite entièrement de la culture berbère  » histoire, développement et perspective ». 

Hamid compose tout seul ou quelqu’un lui vient au secours?

Je compose tout seul mes textes et mes musiques. Quand cela deviendra nécessaire, je n’oserai pas faire appel à quelqu’un d’autre. Pour le moment, je fais confiance à mon inspiration. 

Un autre produit? 

J’en prépare un. Je n’ai pas encore commencé les enregistrements, mais j’ai quand même bien avancé. Je lui ai même donné un titre  » Amaghar », le vieux sage, avec tous ce qu’il comporte comme connotations. Et il y aura presque les mêmes thèmes. 

Un mot pour conclure… 

Je remercie votre journal qui m’a offert ses colonnes pour m’exprimer. Je tiendrai à rendre hommage à tous les anciens artistes qui ont su avec leur combat et leur amour à nos valeurs ancestrales hisser la chanson kabyle. Certains d’entre eux ont laissé un vide profond dans ce domaine et la relève est dure. Je profite de l’occasion pour appeler mon éditeur à diffuser mon premier produit pour toucher un large public.

Entretien réalisé par Amar Ouramdane