Accueil Culture Au fond du festival à Souama…

Raconter l’art à Raconte-arts

Au fond du festival à Souama…

4912

Le Festival Raconte-arts de Souama se poursuit pour sa quatrième journée. Grands et petits, femmes et hommes, tout le monde s’est mis au rythme de la manifestation.

Ce village, d’habitude calme et paisible situé à 55 km de Tizi-Ouzou, change de cadence et vit une véritable révolution culturelle. Recevoir plus de 350 invités de plusieurs nationalités et cultures, s’initier à plusieurs arts jusque-là inconnus de certains villageois, ou encore s’adapter à un mode de vie qui n’était pas jusque-là le leur, tout ça est nouveau, mais on a l’air de bien s’y adapter. Et même beaucoup apprécier. En effet, à l’occasion, ce village est en train de vivre un véritable compte de fait. Organisateurs, visiteurs, participants, ou villageois, chacun vit les choses à sa manière à Raconte-arts. Des activités du jour comme de nuit et un brassage culturel que la population semble adopter naturellement. Les différences religieuses, culturelles, ethniques ont laissé place au partage et à l’humanisme. La culture, cette langue universelle, prend place, s’installe et se met à l’honneur à Souama. Les murs du village parlent et racontent chacun une histoire, des tableaux accrochés, des chefs-d’œuvre réalisées, des signes qui portent chacun un message que les artistes essayent de passer à travers ces dessins sur les murs. Dans chaque recoin du village, on y voit des expositions, photos, robes kabyles, ou encore du miel, poterie, des livres… Du théâtre, de la musique, des spectacles de rue et des contes sont également au programme. Des ateliers d’écriture et de dessin pour les petits, des conférences, des livres et des auteurs sont au rendez-vous chaque matinée. Au lieu dit Tajmaât Oufella, le groupe de Tivogharine, ces chants ancestraux qui accompagnent nos mariages, circoncisions, émeu presque en continue… Elles enchantent et attirent une foule nombreuse, qui ne reste pas indifférente à leurs voix imposantes et aux paroles envoutantes. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est «exceptionnel» ce qui se passe à Souama. Des scénarios de traditions sont répétés et joués instantanément.

Des quartiers, des couleurs, des visages et des silhouettes qui rayonnent de nuit…

Comme ces vieilles qui accompagnaient la mariée (comme il est de tradition en Kabylie) lors de sa première sortie vers la fontaine du village Taâwint temgharth (la fontaine de la vieille). La mariée vêtue de ses plus beaux habits et bijoux traditionnels, et des femmes du village qui étaient nombreuses pour l’occasion, se sont déplacées en cortège. Les youyous et Asvoghar (chant ancestral) les ont accompagnées tout au long du trajet. Difficile pour les participants ainsi que certains visiteurs de cacher leur fascination et leur émotion. «C’est un spectacle merveilleux. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Je suis tout simplement bluffé» disait avec beaucoup d’émotion un jeune visiteur. Un autre, lui habitué du festival, réplique : «J’ai toujours la même sensation à chaque fois que j’entends ces chants. C’est magique et envoutant». Toujours au même endroit, juste à côté un autre tableau s’installe, «La fenêtre du vent», un spectacle exceptionnel d’expression libre, où tout le monde se lâche et se donne à sa passion. Rien de programmé les participants, visiteur ou citoyen local, se succèdent pour prendre la parole, pour passer un message ou raconter l’art à leurs manières. Denis Martinez, un artiste peintre et organisateur du Festival, dira : «La fenêtre du vent est inspirée de l’endroit où les femmes kabyles envoyaient autrefois à leurs époux immigrés en France, des messages». Pour d’autres visiteurs, la visite se poursuit dans ce village où aucune ruelle ne ressemble à l’autre. Des couleurs, des visages et des rencontres, artistes ou juste visiteurs… il y a du mouvement. La fête est partout. La joie est omniprésente. Izgaigh, un norvégien qui vient pour la première fois en Algérie, a découvert Raconte-art à travers son ami Joe. Il se dit très touché par l’accueil, l’hospitalité et la générosité des Souamaiens.

Akli D le lâché disjoncté telle la nature à l’état sauvage

La beauté du village l’a aussi envouté. Il y a aussi ce jeune réalisateur Tunisien qui participe pour la première fois. «Tout est là et je suis satisfait, mais il me manque notre harissa pour accompagner les savoureux plats Kabyles…», balançait-il avec humour. De son côté Nna Malha, une villageoise, dira : «J’aurais aimé que le Festival dure plus longtemps, car c’est une occasion pour nos jeunes de changer de mentalité d’évoluer et d’aller de l’avant». Un peu plus loin du vieux village se situe l’école primaire qui se trouve sur la route principale. Au programme, deux pièces théâtrales. La première «Outrage» une histoire d’un couple qui a déménagé le mari absorbé par son travail et la femme sombre dans une espèce de délire qui a été présentée par Kahina Saighi et Pierre Yves Chapalain, et la deuxième pièce «Tadssa di twaghith» présentée avec beaucoup d’humour par les comédiens de la coopérative théâtrale Machahu d’Iferhounène. Des mots qui dissipent les maux, une harmonie, une complicité une histoire, pour la nuit de conte sous les étoiles, coordonnée par Jorus Mabiala (Congo) avec la complicité de dix conteurs, sur la place du village. Le temps s’est arrêté au son de la trompette joué par Felix, la guitare par Robin, la harpe par Lara ou encore le violent par Malina. La soirée se termine en beauté à Souama avec un défilé «costumes du monde» présenté par les enfants d’Aït Ouabane, suivi d’un gala artistique animé par le chanteur kabyle Akli D, qui a enchanté tous les présents qui l’attendaient depuis le matin déjà dans la cour de l’école primaire du village. L’ambiance était au rendez-vous. Lâché disjoncté telle un champ ou les abords d’une mer à l’état sauvage, l’artiste s’est donné sans retenue. Avec beaucoup de spontanéité en vrac, et c’est comme ca qu’on l’aime. Les présents ont beaucoup apprécié. Juste avant sa montée sur scène, le chanteur nous déclarait : «Raconte-art nous permet de découvrir l’autre face cachée de la Kabylie».

Kamela Haddoum