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Béjaïa Portes-ouvertes sur le château de l’antique Petra

Sur les traces de Firmus…

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Une journée porte-ouvertes sur le site archéologique de Mlakou (commune de Seddouk), abritant le château de l’antique Petra, a été organisée mercredi 2 août par une équipe de chercheurs et d’étudiants de l’institut d’archéologie de l’université d’Alger. Soutenue par le mouvement associatif local, et la direction de la culture de Béjaïa, cette initiative vise la sensibilisation des citoyens et responsables sur l’importance de ce site, ainsi que sa mise en valeur, à travers les différents supports et canaux de communication. Elle se veut un festival dédié à l’archéologie, le premier du genre à l’échelle nationale. La fouille de ce chantier école du site de Mlakou, est l’une des rares fouilles exécutées dans les sites ruraux de la période antique de l’Algérie. Les premières fouilles pédagogiques ont été lancées en mai 2014, après délimitation de la superficie d’occupation du site, estimée à plus de 2 hectares. Le projet s’est poursuivi à raison de deux cessions annuelles. Les fouilles se sont soldées par la mise au jour partielle de la muraille, qui formait l’enceinte extérieure du site, de même que l’exhumation de structures d’une industrie importante. L’analyse et la datation de ces vestiges matériels sont en cours, avons-nous appris sur place. Le site archéologique de Mlakou est connu à travers deux sources. La première est littéraire, écrite par l’historien latin Ammien Marcelin, lequel relate dans un de ses volumes l’expédition militaire du comte romain Théodose en 372 AP. J-C, pour mettre fin à l’insurrection du roi Firmus. Cet écrivain décrit le site comme un château «Fundus», aux dimensions d’une ville pleine de provisions agricoles. Il le nomme «Petra» et le situe à une journée de marche vers le sud de Tubusuptu, actuelle Tiklat. Dans le même livre, l’historien signale également le nom de Sammac, comme propriétaire ou constructeur de Fundus, un des frères de Firmus, mais allié par le principe de fidélité aux romains. Sammac assurait la stabilité des tribus de la Soummam, dans une Maurétanie césarienne en grande manœuvre de résistance contre Rome. Après la mort du père Nubel, suivant la tradition numide, l’héritage du trône devait revenir à Firmus. Ce à quoi Rome s’oppose, en soutenant son frère Sammac, et ce, afin de protéger ses intérêts dans la région. C’est ainsi que Firmus exécute son frère. Monsieur A. Boukhenouf et O. Iaichouchen attestent que le conflit fratricide par l’intrusion de Rome, avait pour finalité la soumission de cette région et l’accès à sa production agricole et à son industrie. Toutefois, Firmus confirma sa place de favori en exécutant son frère. Il a occupé par la suite des villes romaines importantes, comme Icosium et Césarée. Inquiété par l’ampleur des révoltes et l’ambition de Firmus, Rome lui déclara la guerre, après l’échec des négociations. La période belliqueuse a commencé par le débarquement de Théodose depuis Lugdunum (Lyon) à Igligli (Jijel), il prit en main les troupes africaines de l’armée romaine, et installa sa base à Tubusuptu (Tiklat). Cette guerre qui a duré trois ans, s’est terminée par la destruction du château de Petra et le suicide de Firmus, trahi par Igmazen, son principal allié. Théodose récupéra les différentes localités prises par Firmus. La seconde source est épigraphique. C’est l’inscription latine découverte dans le voisinage du site en 1900, lue et publiée en 1901. Elle révèle le nom du site, son propriétaire et la vocation du site comme fundus (château). Cette inscription est devenue par la suite un sujet de recherche et une référence de taille pour plusieurs travaux scientifiques. «La prévoyance d’une paix éternelle renforce cette place forte. Celle-ci protège aussi de tout côté l’Etat romain par une aide loyale. Proposée au fleuve, la forteresse renforce par un rempart le mont, et du nom de celui-ci, elle a pour nom Petra. En conséquence, les peuples voisins désireux de cesser la guerre accourent dans son alliance, Sammac, afin que la bravoure, compagne de la fidélité, soit d’un seul cœur, toujours associée aux triomphes Romuléens», lit-on dans une analyse proposée en 1994 par Denis Lengrand. Nul doute que les ruines gardent encore une part de leur mystère, dissimulé dans les strates de l’histoire. En effet, si les hommes passent, les ruines ne meurent pas. Elles sont les témoins immuables de nos errances. Elles clament l’existence d’un monde, sinon à refaire, du moins à réinventer.

N. Maouche