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LITTÉRATURE - Celle qui dit non d’Amar Aït Amar

L’authenticité vs l’obscurantisme

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Celle qui dit non, un roman d’Amar Aït Amar, vient de paraître aux Éditions Rich El-Salem.

Il décrit un monde, le village kabyle, figé dans les traditions mais qui s’oppose courageusement à un autre monde que tente de faire rentrer par effraction un imam à travers un cheval de bataille très redoutable: les sentiments religieux. L’auteur, un docteur d’État en littérature installé au Canada, use dans ce livre d’une écriture simple, dépouillée de toute fioriture. Souvent, la narration devient explicative, un peu par souci de ne pas dérouter le lecteur, lui l’enseignant qui veut s’en tenir d’abord et avant tout à un langage dépouillé. À travers les pages, le récit se déploie suivant un rythme qui déchiffre peu à peu les signes d’une région où de temps en temps le flou du décor contraste avec les lieux qui sont cités pourtant nommément: Tigzirt, Tizi, Alger, Sidi Khaled et bien d’autres. La musicalité du texte se marie fort bien avec les mots utilisés, riches en péripéties narratives. L’histoire, elle, est celle d’un imam envoyé par la tutelle dans un village de Kabylie. Au fil des pages, lui qui ignore tout des traditions de la région, se voit confronté à l’intransigeance des villageois à abandonner ne serait ce qu’une petite anse de leurs coutumes. La confrontation devient alors inévitable entre lui, l’érudit, doté de prétentions philosophiques, aux idées religieuses importées du Moyen Orient et les villageois qui ne veulent que s’attacher à leurs traditions ancestrales. La richesse du thème sied fort bien avec cette tendance chez l’auteur à intégrer de petites histoires à l’intérieur de la narration. Ces petits détails et faits se faufilent entre les lignes dans un style fluide qui rend la lecture très attirante. Une façon peut-être de montrer les incongruités de la société kabyle, considérée pourtant par beaucoup comme un rempart face aux mœurs qui viendraient d’ailleurs. D’ailleurs, l’histoire du roman dresse un sévère réquisitoire contre les fléaux de notre monde d’aujourd’hui: les mœurs légères, le matraquage idéologique et religieux, le phénomène de la délinquance, les tentations par les rumeurs. Les valeurs que l’on jure invulnérables de la société kabyle allaient, elles, triompher cette fois encore de nouveau face aux démons éméchés par moult compromissions et reculades ? La réponse demeurera pendante jusqu’à la dernière scène où Kahina sera assassinée sous le cri d’Allah Akbar. L’auteur décrivait une époque qui marquera à jamais l’Algérie en général et la Kabylie en particulier. L’intégrisme religieux et les intégrismes de tous bords finissent toujours par engendrer des malheurs aux peuples qui cèdent aux sirènes qui les accompagnent. Les Algériens en connaissent quelque chose.
Akli N.