Accueil Culture “Il faut accompagner ce changement positif”

“Il faut accompagner ce changement positif”

1919

La Dépêche de Kabylie : Azedine Belaïd, c’est votre vrai nom ?ll Azedine Belaïd : Tout à fait. Azedine c’est mon prénom.

Si vous voulez bien nous dresser un petit tableau sur vos débuts ?ll J’ai commencé comme tous les chanteurs, d’abord entre nous, entre potes. En 1976, je participais à l’émission Alhan oua chabab avec la chanson Thamourthiw Tsamourt Idhourar. J’avais à l’époque 17, 18 ans.

Il y avait certainement des noms d’anciens artistes qui vous inspiraient…ll C’est vrai que j’ai eu le privilège d’avoir grandi dans un milieu artistique fourni, puisque je partageais le quartier que j’habitais avec Kaci Abdjaoui. Ça c’est pour l’exemple le plus proche, mais tout le monde ne pouvait rester indifférent à ce que faisaient Aït Menguellet, Aït Meslayen, Cherif Khedam… C’est une génération qui nous a beaucoup appris. Je me souviens, j’écrivais leurs chansons pour les apprendre.

Vous vous rappelez de votre première scène ?ll Je crois que c’était en 1976. J’ai participé à plusieurs représentations à l’époque au théâtre de Béjaïa. Je me souviens que j’avais commencé par reprendre les anciens tubes de Aït Menguellet comme Ayavrid Tsoune Medden…

A part ces débuts dans la chanson, vous faisiez quoi en parallèle ?ll J’étais encore lycéen à El Hamadia. Je participais à quasiment toutes les activités culturelles de notre établissement mais, si vous voulez, je me suis mis carrément en plein dedans de la chanson lors de mon intégration au service national, en 1978, à la caserne de Bousâada. J’ai eu la chance d’être affecté dans une section culturelle et ça m’a permis d’avoir des contacts directs avec d’autres artistes dans mon cas et là, j’ai beaucoup appris. Il y avait avec moi un proche de Bellemou, des cousins de Boukhentech… On a formé des groupes et on chantait le châabi, El Alaoui, et on nous permettait même de faire la tournée dans les casernes environnantes pour faire de l’animation. Je n’ai d’ailleurs que rarement mis la tenue de combat, j’étais presque tout le temps en jogging avec ma guitare.

On peut dire, alors, que le service national a été une sorte de pont…ll Exactement. D’ailleurs, juste à ma sortie, en 1982, j’ai faits ma première cassette au studio de Azazga, et je l’ai éditée chez Cadic. A l’époque, j’ai chanté les montagnes, la JSK, bref la situation sociale qui prévalait.

Et si vous deviez comparer le genre que vous chantez, ça serait celui de qui ?ll Mon genre c’est celui de Akli Yahiatène. J’avais beaucoup d’admiration pour ce qu’il faisait. Il y avait aussi Hacène Abassi, et surtout, comme je le disais, Aït Menguellet. Je citerais également El Ouagrani, Slimani, Mouloud Habib, et d’autres encore.

Et puis il y a eu un second album ?ll Oui. Mais là, je me suis plus investi dans le style éducatif et identitaire pour les enfants ; car à ce moment là, j’étais également enseignant. D’ailleurs, je pense rééditer cet album un jour. Il y’a dedans la chanson Ayarach Imezyanen, et La fille de l’émigré qui, si vous voulez, traite d’un autre sujet. C’était avec l’édition Stars. Si je me rappelle bien, c’était en 1984. Par la suite, en 1989, j’ai travaillé avec l’édition Iboudrarene Aâssas L’levhar. J’ai même repris cette chanson dans mon nouvel album, que je peaufine actuellement.

Avant d’arriver à ce nouveau produit, en avez-vous sorti d’autres entre temps ?ll J’ai fait El Rahma I L’Dzayer en 1994. Avant la sortie de l’album, j’avais chanté la chanson au stade du 5 juillet lors du grand gala auquel avait également participé le défunt Hasni, Réda Doumaz, Karima, Aouinet… Et mon dernier produit, il viendra après, et j’avais chanté nos deux clubs de football de Béjaïa, vert et rouge, vert et noir. Ensuite il y a eu l’assassinat de Matoub, les évènements de Kabylie et tout le monde sait ce qui s’en est suivi, et la situation s’est compliquée. Elle ne prêtait pas du tout au chant. Du coup, j’ai arrêté net. La seule fois ou j’avais rechanté, malgré moi, c’était lors de la rediffusion de la chanson El Rahma I L’Dzayer à la télé, un jour de l’Aïd, et j’ai beaucoup regretté.Avec les évènements on croit savoir que vous étiez partie prenante dans la naissance d’une association des artistes de Béjaïa…ll Effectivement. Ce qui nous y avait poussé en fait, c’est l’invasion du Raï qui commençait à vraiment prendre de l’espace dans la wilaya alors que les artistes locaux se sont retrouvés marginalisés. Peut-être que le collectif a fait quelque chose de grand en célébrant le 40ème jour de la mort de Matoub.J’étais à l’époque président de l’association, mais elle n’avait pas trop vécu, parce qu’elle devait disparaître juste après. La Maison de la culture avait brûlé par la suite… et avec tout ce qui a suivi, j’ai complètement arrêté la chanson en 1997. Je me suis alors tenu à mon travail d’enseignant.

Vous êtes désormais de retour puisque vous êtes en studio pour l’enregistrement d’un nouvel album. Qu’est ce qui a motivé ce retour ?ll Peut-être que j’ai senti que les choses ont retrouvé leurs places. Je considère qu’il y a eu des changements positifs qu’il faut accompagner.C’est-à-dire ?ll Ce sont des détails qui vous font penser qu’il y a peut-être une avancée qu’il faut suivre. C’est par exemple, la première fois que j’ai vu Cherif Khedam à la télévision algérienne, Yahiatène, et je me suis dit qu’il faut faire quelque chose, et suivre. Et puis, il y a vraiment urgence, il y a une situation grave à laquelle il faut remédier. Il faut que les anciens reviennent pour aider à récupérer notre jeunesse qui a tendance à céder aux tentations qui ne cadrent pas avec notre culture, nos coutumes à nous.

Voulez-vous nous en parler un peu de votre nouveau produit ?ll Il est quasiment ficelé. C’est une cassette de six chansons et un instrumental. Pour les sujets choisis, j’ai d’abord voulu lancer un message pour dire que la chanson kabyle doit accorder plus d’importance à la musique, au airs, et ne pas trop excéder dans la poésie pour attirer notre jeunesse. Cette dernière en a, à mon sens, mare de la politique. Il faut cesser de chanter sur l’huile qui se fait rare au mono prix, ces temps sont dépassés. Il faut surtout savoir capter l’attente de nos jeunes. Dans ma nouveauté, je chante El Dzayer N’nagh, Ivgha Adhirouh, Aâssas L’levhar qui se veut un conseil, une leçon éducative à nos jeunes filles, L’Oualdine, un autre titre de fête, Iliss N’tadarth, voilà à peu près ce qui est dedans. J’espère qu’il plaira.

Peut-être un dernier mot pour conclure ?ll Je remercie tous ceux qui m’ont aidé de près ou de loin à concrétiser ce retour, notamment les musiciens qui ont contribué à l’enregistrement de l’album, en particulier Ahmed Tamghart du studio BMM de Béjaïa, et merci à votre journal de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.

Entretien réalisé par Nahla Tarek.