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Oulahlou en concert au New Morning à Paris

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“Azoul à Iparl” est le titre de ce double album, dédié à la femme algérienne, à l’occasion du 8 mars. Est-ce un clin d’œil du hasard qu’avec un pareil titre, l’œuvre soit interprétée pour sa première au New Morning de Paris ? Les organisateurs seuls le savent.Ce CD de 12 titres est un hymne à l’amour, à la tolérance, sous forme de pied de nez à une société hypocrite où l’art est une déchéance, la violence, une culture et la capacité de nuisance une valeur de promotion sociale. Un message à contenu universel, avec des sonorités du terroir, c’est le label Oulahlou.Deux thèmes classiques et éternels, l’amour et la liberté constituent la trame de cette œuvre de bonne facture. C’est un artiste désenchanté qui évoque avec nostalgie une adolescence tissée de rêves, tirée par des horizons prometteurs, guettée au bout par les attentes fébriles des parents, qui voyaient dans leur enfant un futur médecin mais le garnement qui, déjà, était un “saloupri”, s’est amouraché d’une guitare, icône moderne de l’amour bohême, pour devenir l’aède, troubadour dont on ne voulait pas ! Mélancolique, la première chanson, donne le ton de l’œuvre, la recherche d’un temps révolu où, grâce à sa guitare, le poète côtoyait les étoiles ; il flottait alors sur le cheval ailé de l’insousciance juvénile jusqu’au jour où le réveil brutal du chômage a sonné sur l’asphalte du boulevard et le “hittiste” se mit à faire de l’ombre à l’artiste.Encore marqué par les événements du Printemps 2001, l’auteur de “Pouvoir assassin” dénonce dans le deuxième titre une société où la violence ne laisse place à aucune autre voie de communication : “Ferme-là” hurle le père, corrigeant son fils à coups de poings, “Tais-toi” ajoute le maître d’école, vindicatif, “Tes papiers”, ordonne le flic !… Le texte monte en puissance pour s’arrêter à l’extrémité de la violence : le gendarme qui tire sur la foule.Pour les derniers candides qui croient que l’olivier ne sert qu’à donner de l’huile ! Le poète suggère d’y voir “le refuge des oiseaux amoureux” et “seul l’amour donne un sens à la vie”.

“France mirage, Algérie naufrage”Des textes au vitriol déchirent les oripeaux qui, comme une feuille de vigne, cachent la “Horma” hypocrite d’une société faussement pudibonde, grenouillant sous la coupe réglée de tartuffes enturbannés; Dans “Thé à la menthe”, le 5e titre en amoureux roulé dans la farine, il avoue la fragilité de l’artiste face à la beauté. Louiza, l’incarnation de la femme fatale, est décidemment trop forte, moulée dans son jean, la bouche cerise et l’œil bleu de ricil. Comme toujours, dans ces cas, l’alcool sera l’ultime refuge salvateur. Traduite en kabyle et adaptée à une mélodie du terroir, “Avec ma gueule de métèque”, la chanson culte des années 70 de Georges Moustaki, rend une belle sonorité.L’artiste a eu également la main heureuse en adaptant “Gare au gorille” de Georges Brassens, même si le rôle du frustré plantigarde est ici campé par “L’âne de Da Ouâli”. Sur une musique des Aurès, le chanteur esquisse l’effigie de l’artiste bohême, léger et insouciant, se taxant “d’Ahwawi” flottant au grè du vent, après de nombreux poètes comme Saâdawi Salah dans les années 60. Il nous demande de l’accepter comme tel revendiquant un attachement aux valeurs kabyles, qu’il pourfend sans arrêt ! Le charme de l’artiste, c’est ce manque de rationnalité.Le dernier titre de l’album est une tentative audacieuse. Chanter dans la langue de Voltaire s’avère un exercice plutôt ardu, quand on a les exigences de qualité d’Oulahlou. A moins de mettre la tête sur le rail comme ce chanteur de Raï qui dans son spleen pleure Joséphine.Dans le 7e titre, le troubadour des Bibans rend hommage à ses maîtres : Idir, coryphée des épithalames (achouwiq) d’antan ; Aït Menguellet, baume des cœurs blessés, Ferhat, la voix cassée par les combats de la dignité ; Matoub, le burnous protecteur.“Azoul à l’Pari” est sans doute la chanson vedette de cet album, aux textes bien travaillés. Enveloppée d’un air entraînant, un peu blues, c’est la petite histoire d’un jeune kabyle qui s’envole, léger, vers le paradis parisien, tant idéalisé, emporté par le bonheur de l’octroi du visa libérateur. Le réveil sera brutal dans les bras de Vanessa, évanescente. Sans papiers, il ne pourra ni rester ni partir : la vie en France n’est qu’un mirage et en Algérie un vrai naufrage.Notons que pour la maquette que Abderrahmane Oulahlou nous a remis, les arrangements sont de Bazou, un professionnel bien connu dans le milieu artistique local. La version française a cependant subi un remixage avec le doigté de Djamel Allem, notamment et la touche d’autres artistes comme la chanteuse Djura ou le musicien Nasserdine Dallil.

Rachid Oulebsir