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Conseils trompeurs (2e partie et fin)

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Le père, le premier à l’entendre se réveille en sursaut. Il croit rêver, mais l’appel se fait de plus en plus fort, c’est bien la réalité, une voix féminine est en train de lui dire qu’elle est sa fille. Il réveille tout le monde. Dès que la porte est ouverte, la famille réunie resta bouche bée. Sur le seuil se tenait une belle fille, habillée comme une princesse d’Orient. Ils reconnaissent en elle leur fille, et leur sœur dont les traits ont embelli. Ils font cercle autour d’elle et lui demandent à brûle-pourpoint, ce qui lui est arrivée, cette fameuse nuit, où elle est sortie pour donner à manger au mendiant, qui les avait sollicité.- Le mendiant m’a enlevée par la voix des airs, et m’a amenée chez lui, très très loin d’ici, et m’a épousée. C’est quelqu’un de très riche, qui possède une très grande maison, entourée de jardins où poussent toutes les essences, et des fruits qu’on peut cueillir en toute saison.- Tu vis dans un paradis ma fille dit sa mère rayonnante de bonheur, alors que nous croyons que tu étais morte depuis des années. Nous voudrions connaître ton mari ! Pourquoi, n’a-t-il pas voulu se montrer ?C’est une longue histoire à raconter, mais pour le moment, je suis fatiguée et je veux me reposer. Elle disait cela, uniquement pour éviter qu’on lui pose d’autres questions au sujet de son mari.Le lendemain matin au réveil, elle est de nouveau entourée. Elle apprend à sa famille, que son séjour ne durera qu’un mois lunaire. Elle veut profiter de sa famille. Elle parle et pose des questions durant des heures, elle répond aux leurs, mais élude savamment, celles relatives à son mari. mais elle a beau esquiver le sujet, un jour ses sœurs l’acculent et lui disent en chœur : – On n’en a marre des splendeurs de ta demeure, ce qui nous intéresse pour l’heure, c’est de savoir comment est ton mari ? Est-il beau, est-il grand, est-il petit, est-il noir, est-il blanc ? C’est ce que veulent savoir tes sœurs maintenant !La cadette acculée assaillie éclate en sanglots et leur dit :- Je n’ai jamais vu les traits de mon mari !- Tu te moques de nous petite sœur !- Ne raconte pas d’ineptie, une femme qui ne connaît pas le visage de son mari c’est du jamais vu !Devant l’incompréhension de ses sœurs, elle les intrigue plus encore, en leur disant, qu’un accord a été conclu entre elle et son mari, afin qu’elle ne cherche jamais à voir ses traits tant qu’il sera envoûté.- Naïve que tu es d’accepter un tel marché ! Une femme doit connaître le visage de son mari, c’est la moindre des choses petite endormie ! Pour voir ses traits, nous te conseillons ceci. Allume une lampe à huile (lmeçvah) que tu dissimuleras dans un ustensile que tu recouvriras et mettra près de ton lit. Dès qu’il viendra se coucher, dévoile la lampe, et là tu verras son visage.Pendant qu’elle écoutait l’aînée de ses sœurs, lui faire des recommandations, à l’effet de surprendre et voir les traits de son mari, un sixième sens l’avertit.L’âne et deux brebis qui étaient dans la petite écurie familiale (adaynine) lui disent ceci :- A thine ig tsamnen lahd’ourImaoulan im am g’en laghrour (La famille sera la cause de ton malheur).Le temps imparti titre à sa fin, et un soir d’éclairs de vent et d’orage, l’oiseau revint. Arrivé devant la demeure où se trouve sa femme, il se met à entonner :- Thine rebbi a l’moumnine ! ( La part de Dieu, ô croyants).Elle sort comme la première fois, et elle fut happée dans les airs. le voyage dans les ténèbres dure plusieurs heures. Ils arrivent chez eux aux aurores. Son mari la dépose dans sa chambre, et quitte les lieux, avant qu’il ne fasse jour. La jeune femme est très troublée. Elle est désormais partagée entre le sentiment de rompre le serment qui la lie à son mari, et le désir dévorant de connaître le visage de celui qui partage sa couche, sans jamais l’avoir vu. L’avertissement de l’âne et des deux brebis ne suffit pas à la persuader, de renoncer au maudit projet, qui ne peut, que lui causer des ennuis. Le pour et le contre s’entremêlent dans sa tête. Finalement, poussée par la curiosité, elle suit les conseils de ses sœurs. Comme son mari ne rentre pas toutes les nuits, elle allume la lampe à huile et, la laisse brûler. A tout moment où il rentrera, elle enlèvera le tissu qui la dissimule, dans un volumineux ustensile et elle verre le visage de son mari dans la lueur de la lumière. Le piège est en place, mais il est éventé par le mari. La brise, qui d’habitude l’annonce se transforme en vent furieux, qui éteint tout. Pris d’une violente colère, le mari dépité et déçu lui dit rageur :- Our-d h’eçedh i lmalAc hou im-d innaIsma-m s-lekmalGhzant am az’oukka(Tu n’a pas écouté les paroles des animaux, tu as écouté celles de tes sœurs. En les écoutant tu as fait ton malheur !).Comprenant un peu tard, qu’elle vient de faire une erreur fatale, elle se met à se lamenter, à pleurer et à supplier mais l’aventure était bel et bien finie. La trahison a un prix.L’empoignant de ses mains, il ne la met pas sur son dos pour la ramener chez elle, mais la met sous son corps, et fend les airs en pleine nuit. Quant il arrive devant la porte de celle qui, il y a seulement quelques instants était sa femme, il la dépose comme un vulgaire ballot et prend le chemin du retour. A ses cris désespérés emportés par le vent, sa famille qui dormait sort au dehors et constate de visu que celle qui leur avait rendu visite en habits d’apparat, n’avait pas le même éclat.Après avoir vécu un conte merveilleux, qui aurait pu se prolonger, si elle avait attendu la fin de l’envoûtement, la jeune femme, qui avait écouté ses sœurs, par son manque de décernement, a sombré dans le malheur.Retournée chez elle, elle voit mourir un à un ses parents. Ses sœurs se marièrent et la laissèrent seule à la maison.Elle reçut de nombreuses propositions de mariage, mais n’en répond à aucune. Elle est tout le temps aux aguets, surtout par temps de nuage, de pluie, de vent et d’orage. Elle attend le mendiant qui viendrai devant sa porte lui dire :- Thine rebbi a l’moumine(La part de Dieu ô croyants).Mais le mendiant ne viendra jamais !’’Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ird’en tsemz’ine. As n-elaid’ anetch akh’soum tsh’emz’ine ana n g’a thiouanz’iz’ine’’.(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent le blé et l’orge. Le jour de l’Aïd nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes)

Lounès Benrejdal