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ÉDITION - M’hand Douik sort son troisième essai

Confidences sur « Le dernier manuscrit »

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Le roman Le dernier manuscrit est le troisième livre de M’hand Douik, paru en octobre 2019 aux éditions Arc-en-ciel. Douik a publié son premier livre sur son village Aït Hague, dans la commune de Larbaâ Nath Irathen, «Les méandres de la sagesse», en 2016, aux éditions «El Amel», et son deuxième «Ath Hague, repères historiques», aux mêmes éditions, en 2018. Quant à son dernier livre, c’est beaucoup plus une histoire imaginée bien qu’elle se rapproche de la réalité. «C’est entre l’imagination et la réalité», a affirmé l’auteur concernant son ouvrage, tout en précisant qu’il est aussi destiné «aux têtus qui ne veulent pas être conseillés, se croyant forts, intelligents et sachant tout».

Tout le long du roman, le lecteur découvre la réalité des différentes situations vécues par les nombreux personnages. L’histoire commence avec deux jeunes du village que des sentiments d’amour unissent. Une histoire palpitante d’amour, de sociologie, de psychologie et… de solidarité, comme c’est le cas dans nos villages et que l’auteur fait revivre avec passion. Masgaba est le fils de Dda Idir. Invité à une réunion de la Djemaâ, comme à l’accoutumée, le père est toujours accompagné de son fils, qui ne disait mot mais avait une oreille attentive à tout ce qui se disait par les adultes, les vieux et sages, dans l’intérêt de la communauté et à propos des «Notes du combattant de la paix» que le garçon ne comprenait absolument pas.

«Mon fils, tu grandiras et tu comprendras tout !», lui disait-on. Initié à ce genre de réunions sans y participer a permis au garçon de se forger une personnalité au contact des grands. Masgaba, poussé par sa curiosité, a jeté un coup d’œil sur le petit livre de son père. «Comme il eut toujours une forte avidité de livres, il se lança rapidement dans une longue recherche, puis il tomba sur des livres, tels que «Les lettres de mon moulin» d’Alphonse Daudet, «Les années d’illusions» d’Archibald Joseph Cronin, les poèmes de Boulifa sur Si Mohand U M’hand et un petit roman écrit en russe».

Un livre qui interpelle… les têtus

Ce dernier attisa sa curiosité. Il demanda alors à son père de quoi il s’agissait. Il a obtenu sa réponse plus tard. «Il y a des étapes de la vie qu’il faut laisser aux enfants le soin de comprendre eux-mêmes !» Dda Idir et son épouse Ferroudja sont fiers de leur enfant. Il est à noter que l’auteur a traité dans son roman plusieurs aspects : l’éducation, la psychologie et la sociologie qu’il mêle sans se brouiller et à propos de la stabilité de tout enfant dans une famille, il a écrit : «Comme c’est beau de voir un couple aussi gai et stable ! C’est vraiment merveilleux, car ils sont tous deux complémentaires dans leur amour réciproque.

Ferroudja, digne femme kabyle, se sacrifia pour le bien de sa famille, de ses voisins, des familles humbles et malheureuses. Elle est solidaire avec tout le monde. L’enfant a gr andi dans ce milieu parfait et exceptionnel. Masgaba a une amie Massiva, une voisine d’une condition sociale à déplorer qui lui rendait souvent visite dans son jardin. Ils y prirent goût et se familiarisèrent aussi avec une colombe, qui venait picorer auprès d’eux. Masgaba a ensuite appris que le manuscrit écrit en russe et offert par Ludmila, une Russe de Saint Petersburg, résidant en France, où elle travaillait, était présent.

«Ils se sont connus à l’hôtel à Barbès. En dépit de la condition sociale critique de ses parents, elle ne perdait pas espoir de les sauver de la misère mais le sort n’a pas voulu qu’elle concrétise son rêve. Elle rendit l’âme suite à un accident de voiture. Le père lui rendit hommage à l’Hôtel-Dieu et la veille, elle lui avait remis un cadeau : deux boîtes. Dans l’une, il y avait une montre et dans l’autre, un livre écrit en russe. Pour revenir à Dda Idir, le père du garçon, il ne s’est pas fait de nombreux amis.

Il avait El Hadj Aïssa de Boussemghoune du côté d’El Bayadh, en compagnie duquel il avait combattu les colons français sur les montagnes du Djurdjura et des Aurès. Il eut la visite de son ami et son épouse. Au moment de repartir, il demanda à sa fille Zahia de ramener la boîte dans laquelle étaient gardés les souvenirs des deux hommes.

À l’origine, une histoire d’amour…

Le père remit la boîte à ses invités sans y jeter un coup d’œil. N’ayant pas eu son bac, Masgaba fut envoyé chez son fr ère Youcef, qui tr availlait chez son oncle paternel Ahmed à Alger. Il poursuivait en parallèle une formation. L’auteur met en relief ce ratage compensé par la formation, qui lui ouvrira droit à un métier d’avenir. Au bout de six mois, il est revenu au village. Et son père de le rassurer : «Malgré ton malentendu avec ton frère Youcef, je te conseille de ne jamais te lancer dans la rivalité. Après tout, c’est ton frère et il ne pourra jamais t’abandonner.»

Dda Idir chargea sa fille Zahia de lui ramener la boîte, qui se trouvait au sous-sol, mais gr ande fut sa surprise et son étonnement quand il constats que la boîte remise à son ami n’était pas la bonne. Que faire pour corriger cela ? Il chargea alors son fils Masgaba de se rendre à Boussemghoun chez El Hadj Aïssa pour lui récupérer la mauvaise boîte et remettre les photos souvenirs à son ami. Mais il sentit une présence derrière lui. C’est Massiva qui l’a rejoint. Elle portait une seule robe, sous la pluie, les pieds nus : «Je suis venue te souhaiter bon voyage.

Je t’ai ramené quelque chose. Fais attention à toi. Je ne possède que toi au monde. Ne m’oublie surtout pas… » Ces paroles sont ancrées dans la mémoire de Masgaba, qui poursuit son chemin pour prendre le bus vers Alger puis un autre vers Boussemghoun. Il est arrivé à destination sur orientation de quelqu’un qui a eu un échec dans sa vie, où il fut abandonné par sa dulcinée pour un entrepreneur. Il abandonna son métier d’enseignant pour devenir maréchal ferrant, le métier de son père. Masgaba a été reçu comme un prince par la famille d’El Hadj Aïssa.

Sa fille, Bassora, se cachait pour les écouter, afin de connaître les raisons de la visite du jeune homme. «Il y a une erreur dans les boîtes et je suis venu récupérer celle que vous possédez pour vous remettre la bonne», a-t-il dit à El Hadj Aïssa. Comprenant que le livre est important, Bassora trouva un prétexte pour prolonger le séjour de Masgaba et le séduire. Entre temps, son ami Lazha lui expliqua le contenu du livre. Il tomba dans le piège et demanda en mariage Bassora. Il a tout oublié. Aveuglé par l’amour de cette fille, il est pris au piège. Les lettres adressées par Massiva atterrissaient entre les mains de Bassora que Lazhar lui traduisait. Elle ne s’intéresse plus à lui mais au «trésor» cité par le livre.

Entre un amour trésor et l’amour d’un trésor

D’ailleurs, elle a exigé au jeune homme de lui divulguer l’endroit, où il était caché. Il est perturbé. La colombe a refait son apparition et conseilla à Masgaba de respecter ses engagements envers Massiva. Il fut ébranlé par ses propos quand elle lui a demandé de repartir et retrouver son village et les siens. Cette fois-ci, c’est un vieux qui l’aborda : «Mon enfant ne t’inquiète pas pour cela, car les nuages vont bientôt se dissiper et le soleil de l’espoir se lever à nouveau sur les montagnes. Rejoins vite ton village natal et tu réconforteras le cœur de ta tourterelle, qui t’attend avec impatience.»

Comme par enchantement, au moment de sortir, il tomba nez-à-nez avec le facteur qui lui dit : «C’est la onzième lettre !» Masgaba est surpris. Le soir, une autre surprise l’attendait : il vit au loin sa femme aux côtés de son amant Lazhar. Sa décision de rentrer est alors prise. La nuit, Bassora lui avoua qu’elle n’avait aucun sentiment pour lui et qu’elle voulait dès le départ connaître le lieu, où était caché le trésor cité dans le livre «Les notes du combattant de la paix».

Ces notes constituent la 2ème partie du livre. «Le dernier manuscrit» est dans les librairies de Tizi Ouzou. Il est vendu à 350 DA. Pour rappel, M’hand Douik est né le 29 octobre 1970 à Larbaâ Nath Irathen. Il est enseignant à l’Office national des analphabètes mais également romancier et scénariste. Après des études secondaires et des cours en sténographie, il est entré dans le monde de l’écriture.

M A Tadjer