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De la palabre à l’écriture de Aziz Toumi

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Dans son dernier ouvrage «De la palabre à l’écriture», l’écrivain Aziz Toumi revient sur la nécessité d’accélérer le passage de l’oralité à l’écrit sur le continent africain et plus particulièrement dans le Maghreb. Une région qui, pour l’auteur, a d’énormes lacunes à combler et qui s’est laissé subjuguer par d’autres civilisations au fil du temps. Aziz Toumi détaille dans cet ouvrage le fondement d’une société ainsi que la parole dans la communication.

Une communication qui sévit dans l’oralité au même titre que la transmission avec ce qu’il définit comme le message de la tradition et la perception de ces messages. «L’on se raconte, jusqu’au brulé de l’Aurore», estime l’auteur qui décrit les messages divins ainsi que les messages sociaux en décortiquant leurs assimilations au sein des différentes sociétés. L’auteur fera le rapprochement entre différentes civilisations en s’inspirant de nombreux ouvrages tout en mentionnant les auteurs et les livres consultés pour parfaire son œuvre.

Des ouvrages multiples et variés allant de l’étude sur la tradition orale, littéraires, des romans, des écrits personnels, des ouvrages religieux, recueils de contes, de poésie, de théâtre ainsi que des études sociétales sur le comportement humain et autres ouvrages scientifiques. C’est dire le sérieux et la passion qui ont animé Aziz Toumi, analysant que l’héritage culturel doit à tout prix être préservé, et ce malgré les chamboulements qui peuvent survenir.

Des bouleversements tels le déplacement des populations, les nouvelles mentalités et les structures sociales qui sont des chapitres de la deuxième partie de l’ouvrage avec comme sous titre le motif d’écriture. L’auteur, sur cet aspect met en exergue le rôle de l’écrivain et comment est-il perçu par la société. La troisième partie de l’œuvre d’Aziz Toumi est consacré à l’alibi avec l’idéologie générale d’une civilisation que l’auteur décortique sous deux volets bien distincts, à savoir les concepts moraux et les comportements sociaux.

Ainsi, l’auteur préconise au long de cet œuvre de ne pas se laisser influencer par des cultures exogènes mais d’affirmer sa différence en perpétuant son originalité afin de maintenir cette spécificité. «En réalité, l’écrivain africain, celui du Maghreb, par exemple continue à subir les effets de la colonisation… Son cerveau est endommagé… Emprisonné par son passé colonial, d’une part, et par son passé culturel inhérent à son identité, d’autre part, son moi demeure étouffé», explique l’auteur en s’interrogeant si l’écrivain «s’ouvrira-t-il à l’autre lui-même, son génie créateur ?»

L’auteur dont les ouvrages les plus connus sont «L’Enfant de M’Chedallah», «Je dis», «Le pain et le fusil» a, à son actif, plus de six ouvrages déjà parus et sept autres en instance. Toutes ses œuvres, éditées en France, mélangent avec harmonie la poésie, l’histoire, la philosophie mais aussi et surtout son propre vécu. Une expérience de vie qu’il a su soigneusement décrire dans une modestie qui lui est propre, refusant toujours de se mettre au devant de la scène, préférant les mots ciselés associés à une prose parfois crue pour relater les affres du colonialisme, de leur haine viscérale envers les indigènes et des atrocités subies par les Algériens durant la guerre de Libération Nationale.

Hafidh Bessaoudi