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CHANSON - Lhocine Kan, artiste-compositeur

«Je suis très content d’avoir enfin réalisé mon rêve d’enfance»

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L’artiste-compositeur, Lhocine Kan de son vrai nom Hocine Achour, retraité d’Algérie Poste, vient d’éditer son premier album Nek d yiman-iw composé de six chansons, qui traitent de nombreux sujets. Dans cet entretien, le chanteur revient sur son parcours artistique depuis son jeune âge jusqu’à l’âge de la retraite sans avoir pu produire aucun disque pour diverses raisons.

La Dépêche de Kabylie : Qui est Lhocine Kan ?
Lhocine Kan :
C’est un pseudonyme. Enfin, c’est mon compte Facebook. Je dirais que je l’ai choisi parce que beaucoup d’amis me connaissent ainsi. Vous savez qu’avec l’âge, on craint de chanter sous son vrai nom. Ce n’est pas un tabou mais c’est une façon de voir les choses dès qu’on est à la retraite. Tout de même, j’ai osé le faire parce que c’était un rêve d’enfance.

Revenons justement sur votre carrière…  
Non, je n’ai pas une carrière artistique proprement dite. Mais je peux dire que c’était pour moi une passion. Eh bien, souvenir inaltérable, j’ai commencé à gratter sur les cordes… d’un bidon d’huile en tôle, en guise de guitare, à l’âge de 13 ans tout comme tous les adolescents de mon âge au début des années 70, plus précisément en 1973 à l’époque de l’arrivée sur scène de nouveaux chanteurs, comme Lounis Aït Menguellet. D’ailleurs, il fut mon idole. En dépit de mon jeune âge, je répétais toutes les chansons de son répertoire et jusqu’à aujourd’hui. Même si j’ai adopté d’autres styles, il est resté mon artiste préféré.

Pourquoi n’avez-vous pas tenté de faire carrière ?
Écoutez, au début des années 70, il n’était pas facile de se lancer dans ce métier. Tout d’abord, c’était un peu tabou dans nos villages. On chantait loin des regards des autres. On le faisait en cachette. Et puis, les moyens financiers ne permettaient pas à tout venant d’aller dans un studio et, même à l’époque à la Chaîne 2, il fallait avoir une connaissance quelque part dans le domaine de la chanson. Donc, je chantais avec des amis et j’ai gardé ce secret pour moi. Je n’ai pas eu la chance comme d’autres artistes de l’époque. 

Justement, pourquoi le titre Nek d yiman-iw, des regrets, de la nostalgie ?
Un peu de tout. Cependant, ce titre que j’ai choisi pour cet album est le résumé de ma vie. Parfois, ce sont des regrets, parfois de la frustration.  L’envie de chanter ne m’a jamais quitté. D’ailleurs, si je me suis lancé finalement dans cette voie, c’est pour répondre à la forte demande de mes amis. Vraiment, ils m’ont beaucoup encouragé. Je les remercie beaucoup.

C’est-à-dire ?
Eh bien, en suivant ma page facebook et mes publications, ils étaient nombreux à me faire des commentaires parce qu’ils appréciaient beaucoup tout ce que je faisais. Donc, je me suis dit pourquoi pas. Et puis, je dirais que l’envie ne m’a jamais quitté plus de quarante après avoir pris ma guitare que j’avais achetée après beaucoup de sacrifices. Certes, je suis resté discret. Mais, de temps en temps, je chantais avec des amis et dans certaines fêtes de familles proches.

Revenons à cet album. Combien vous a-t-il pris de temps ?
Ce sont toutes des chansons à texte et avec mes propres mélodies. C’est tout juste de l’acoustique. C’est le style chaâbi kabyle. Je n’ai pas vraiment peiné pour le composer parce que les textes étaient déjà prêts ainsi que bien sûr la musique. Mais, c’est surtout le parcours du combattant du studio d’enregistrement jusqu’à sa mise sur le marché qui est fastidieux. Imaginez trois mois en studio, trois mois encore pour trouver un éditeur, trois autres mois pour signer le contrat. Au total, neuf mois et ce n’est pas encore fini parce qu’il faut aussi assurer la distribution du produit. Je dirais sincèrement que, dans notre pays, l’artiste n’a pas la considération qui lui revient. Il faut revoir les règles de jeu dans le domaine de l’édition qui est très compliqué.

40 ans après, Lhocine met les pieds dans un studio. Quel est votre sentiment ?
C’est le stress. Je n’ai demandé l’avis à personne avant d’y aller. Parce que je savais que si j’associais d’autres à ma décision, je risquerais de ne pas produire cet album qui me tenait beaucoup à cœur. Vraiment, j’étais comme hypnotisé au début, puis après je me suis adapté à cet exercice. En tout cas, je n’oublierais pas ce premier jour d’enregistrement. J’ai enfin brisé toutes les chaînes qui me retenaient. C’est un véritable exploit après tant d’années d’hésitation et d’attente. Et je ne compte pas m’arrêter là tant que mes fans me réclament.

Parlez-nous des thèmes de vos chansons ?
Il y a deux chansons d’amour à savoir Zighen d kem et Izik Uk anda thellidh. C’est un amour caché avec des mots bien choisis et pris avec des pincettes parce qu’avec l’âge, il faut être pudique. Quant aux autres, ce sont des thèmes sociétaux. Je laisserais le soin au public de les interpréter et de les comprendre comme il l’entend. Quant à la chanson Nek d yiman iw qui mérite une bonne écoute, elle traite de la vie avec tout ce qu’elle comprend comme regrets, frustrations, joies et peines.

Est-ce que vous avez des échos au sujet de cet album ?
J’ai eu de nombreux encouragements et de félicitations. D’ailleurs,  je suis vraiment satisfait parce que pour moi je ne chante pas pour m’enrichir, mais, c’est tout juste pour satisfaire  ma passion.  Parce que si on vous dit que l’artiste devient riche, c’est un leurre. Le produit marche beaucoup dans notre région allant de Draâ Ben Khedda en passant par Tirmitine où j’ai passé ma tendre enfance chez mes oncles maternels et bien sûr dans ma région natale à Ain Zaouia. D’ailleurs, dernièrement, on m’a rendu un hommage à la maison de jeunes d’Ait Yahia Moussa.

Des projets peut-être ?
J’ai encore beaucoup de textes. Ils sont prêts. Il faudrait seulement recommencer le parcours du combattant comme je viens de le souligner précédemment. Peut-être, dès le début de l’été prochain.  Je ne dois pas m’arrêter à ce stade parce que l’art n’a pas de limite.

On vous laisse le soin de conclure…
Je remercie tous mes amis qui m’ont fait vivre cette belle expérience. L’art n’a pas d’âge. Il vaut mieux tard que jamais. Et puis, je dirais que j’espère avoir répondu à la sollicitation de tout un chacun. Encore une fois, je remercie votre journal qui m’a ouvert ses colonnes pour m’exprimer sur de nombreux sujets.

Entretien réalisé par Amar Ouramdane