Accueil A la une «Je suis un artiste, partie intégrante du peuple»

«Je suis un artiste, partie intégrante du peuple»

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Un petit mot sur ces deux spectaces à l’Olympia…
Lounis Aït Menguellet
: Nous ferons, comme d’habitude, ce que nous pouvons pour être à la hauteur et satisfaire notre public. Nous nous sommes préparés pour être à jour. Nous avons répété tous les jours avec l’orchestre et les musiciens non seulement parce qu’il s’agit de l’Olympia, mais c’est ce que nous faisons à chaque rendez-vous avec notre public. C’est une obligation pour nous de répéter pour bien préparer le gala et mettre tous les mécanismes efficients afin d’être prêt le jour J.

Vous vous êtes déjà produit à l’Olympia en 1978. Quel souvenir en gardez-vous ?
Oui, c’etait en 1978, les artistes rêvaient tous de chanter dans cette salle et ce n’était pas donné à tout le monde. D’ailleurs, c’est toujours le cas, puisque chanter à l’Olympia n’est pas à la portée de tous. Me concernant, j’avais de la chance à cette époque puisque c’était mon éditeur qui a tout réglé pour me permettre de chanter dans cette salle. À l’époque, il y avait plein de chanteurs et de musiciens talentueux avec moi dont Kamal Hamadi, un des piliers de la chanson kabyle sur lequel je me suis appuyé pour chasser la crainte et me donner des ailes. Quand on a un chanteur de la dimension de Kamal Hamadi à ses côtés, il n’y a plus raison de craindre. Le public était venu nombreux, chose qui m’a beaucoup aidé et encouragé.

Quel était votre sentiment à cette époque puisque le chant kabyle entrait pour la première fois à l’Olympia ?
À cette époque, nos chanteurs n’étaient pas habitués à se produire dans des salles notamment les grandes salles comme l’Olympia. C’était pour moi quelque chose de nouveau.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à deux jours de l’entame de ce retour dans cette mythique salle ?
Le souci de quelqu’un qui va chanter dans une salle comme l’Olympia, et même ailleurs, est de réfléchir à la meilleure manière de le satisfaire et de lui procurer de la joie et du plaisir. On fait de notre mieux pour y arriver car si le public en sort content, nous sommes également heureux. C’est tout ça le grand souci du chanteur. On fait des répétions avant de faire le gala. On en fait une dizaine, entre nous musiciens et l’ensemble de l’orchestre pour plus d’organisation et d’homogénéité afin de satisfaire les spectateurs et les fans. Ce n’est pas facile.

Comment avez-vous choisi votre programme pour faire plaisir à tous les fans qui feront le déplacement ?
En vérité, pour faire plaisir à tous, ce n’est pas possible. Seulement, je choisis quelques chansons de chaque style et de chaque thème que j’ai chanté pour toucher tous les fans et toutes les sensibilités mais pour interpréter tout ce que j’ai fait durant ma carrière, ce n’est pas possible. Il y a des chansons difficiles à interpréter sur scène. Ce ne sont pas des chansons de scène, il m’est difficile de les programmer mais je fais des efforts pour chanter même celles un peu oubliées pour les remettre d’actualité et faire rappeler le public qu’elles existent. J’espère que, cette fois, mon choix plaira au grand public.

Comment l’artiste vit cette situation et ces d’évènements que traverse notre pays ?
Ces évènements me réjouissent. Quand on voit le peuple algérien dans la rue, unis et pacifiques, c’est merveilleux. Mais quand on apprend qu’on les arrête et quand les jette en prison, on se demande si vraiment nous avons un pays. Ou est-ce un leurre ? Pour mettre quelqu’un en prison, c’est difficile, il faut dire quel délit il a commis. Qu’est-ce qui lui est reproché ? Comment le juger ? Là, rien n’est dit. Du jour au lendemain, des personnes tranquilles, sans problème et n’ayant rien fait d’anormal, sont jetées en prison. C’est étonnant et incompréhensible.

Il y a aussi cette pression qui pèse sur les artistes. Comment vivez-vous cela ?
Que ceux qui me lisent me pardonnent ! Quand on refuse à un artiste de chanter, c’est qu’il y a certainement un manque de savoir et de conscience. L’artiste peut leur répondre de ne pas travailler aussi et d’être privés de salaire et de leur boulot. Si l’artiste ne peut pas se produire et animer des galas, comment va-t-il vivre et subsister ? Ces choses ont été dites, nous les avons entendues. Je ne suis pas d’accord. S’il y a de la conscience, un artiste quand il anime un gala, il faut le relier à la marche du peuple pendant les vendredis. Le gala ne doit pas être considéré comme une fête mais une contribution à la révolution car le chanteur qui anime le gala fait partie intégrante de ce peuple. Quel est cet artiste désintéressé et non concerné par la révolution populaire ? Cela nous concerne tous.

Votre dernier mot surtout à ceux qui feront le déplacement à l’Olympia ?
Je leur dirai déjà : «Soyez les bienvenus !» J’espère qu’ils savent vers qui ils viendront. Pour ma part, je sais qui viendra au gala. Nous nous sommes habitués. Nous travaillons toujours comme une famille, j’attends le public comme j’attends mes frères et mes sœurs. On s’attèlera à partager de la joie et du bonheur même si la conjoncture actuelle ne s’y prête pas, mais peut-être, c’est une bonne chose pour nous reposer et reprendre le souffle. Le peuple entier est éveillé et réveillé. Il lui faut du répit de temps à autre. L’artiste a son importance, celui qui va animer un gala ne doit pas être laissé seul, il faut aller l’assister car il est des leurs.

Entretien réalisé par Djahida Larbi Cherif et transcrit par Hocine T.