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TIZI-OUZOU - Théâtre régional Kateb Yacine

Juba II fait toujours sensation

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Mise en scène par Lyès Mokrab, la pièce «Juba II» est toujours appréciée du public. C’est par elle qu’a débuté le programme des soirées ramadhanesques prévu au théâtre régional Kateb-Yacine, durant la soirée du samedi 11 mai. Le public était au rendez-vous et les messages que la pièce a véhiculés sont passés comme une lettre à la poste. Certains ont même fait un rapprochement avec le mouvement populaire (le hirak) actuel : «Le peuple décide ! » Le public a assisté à une superbe prestation offerte par douze comédiens, dont trois filles, et quatre danseurs, dont deux filles.

Il s’est régalé durant plus d’une heure, où il était tenu en haleine et suivait avec attention les nombreux tableaux de la pièce ponctués à chaque fois par de longs applaudissements. La narratrice et comédienne Nacéra Benyoucef (qui a campé deux rôles assurés comme il se doit) annonce la couleur, en longeant l’allée principale de la salle par un chant glorifiant Juba lI. Elle change d’attitude à chacun des tableaux, tantôt triste, tantôt en colère, tantôt joyeuse. Des soldats de Juba II qui passent traînant le pas, portant des blessés. L’un des comédiens, le petit-fils d’Aguelil, se désole : «Mon grand-père Massinissa n’a pas voulu ça !»

Il dénonce et implique la société ! Après l’effondrement du royaume de Juba I, son fils Juba II n’avait que cinq ans. Il a été alors pris en otage par César, qui avait pris aussi Silini (rôle joué par Djedjiga Mekhmoukhen), fille de Cléopâtre et de Marc Antoine. Ils furent élevés par Octavia à Rome. Les deux otages ont grandi ensemble et finirent par se marier. Sur scène, Juba II parait désorienté par les propos de Silini, qui brise les tabous en déclarant son amour à Juba II.

Le tableau suivant relate la réunion avec les habitants de la cité que Jubaa II a voulu rencontrer pour leur expliquer son plan d’action mais aussi et surtout son amour pour la patrie. «Mon identité, je l’ai acquise avec mes ancêtres : Gaya, Massinissa, Juba I. Je suis ravi d’être parmi vous. Il est temps que nous nous levions !» Cette réplique fut applaudie par la salle et a rappelé le titre du livre d’Aït Amrane Mohand Idir «Akar amis u mazigh» et le soutien indéfectible et massif au hirak.

Des architectes d’Egypte (Madjid Mahouche) et de Grèce (Ahmed Belkacem) défilent en Mauritanie et à Cirta pour présenter leurs projets de reconstruction des cités détruites ! Par qui ? (cela nous renvoie aussi en Irak, en Syrie…) Juba II expose son véritable projet de construction d’une nouvelle cité : «Je construirai le royaume en dépit du manque de moyens et nous nous mettrons au travail. Le plan commençait à se concrétisait avec la fabrication de la monnaie. Des pièces de monnaie sont fabriquées en Mauritanie.

Le mariage eu lieu dans une ambiance festive. La princesse, enceinte et c’est son mois pour accoucher, demande à la serveuse (narratrice) de lui chanter une ou deux chansons pour retrouver son calme. Le roi arrive. Elle lui dit alors des propos blessants : «Tu m’as laissée et tu t’occupes trop des autres !» – «Non, je ne t’ai pas oubliée. La gestion du royaume est difficile et la cité veut davantage. Nos montagnards ont le ventre vide. Ils ne pourront pas faire la guerre».

Ses disciples lui conseillent d’aller à la rencontre de ses concitoyens (sujets) pour comprendre leurs préoccupations et leurs douleurs. Devant l’obstination du roi, la reine eut un arrêt cardiaque. La Mauritanie se rallie. Takfarinas envoie un émissaire à Juba II pour lui demander de le soutenir dans son combat contre Rome. «Celui qui n’a rien entre les mains doit se taire ou suivre», dira le roi à la cour. L’un voudrait une paix à l’amiable. Le savoir, la science, l’instruction passent avant pour se préparer à la défense. L’autre veut l’arracher par les armes. Le changement de décor s’est fait devant les spectateurs.

Les costumes reflètent, dans leur ensemble, ceux de l’époque. Les dialogues auraient été plus audibles avec le placement des écouteurs. Cependant, la gesticulation des comédiens est à approfondir. Le public a assisté à une page de l’histoire de son pays. Un patrimoine à préserver.

M A Tadjer.