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TIZI-OUZOU - Journée d’études sur le patrimoine immatériel amazigh

L’apport de Mohand-Akli Haddadou souligné

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Des professeurs-chercheurs et écrivains ont insisté sur l’apport de Mohand-Akli Haddadou dans la préservation du patrimoine amazigh.

C’est lors d’une journée d’étude consacrée au patrimoine immatériel amazigh, dédiée en hommage au professeur Haddadou, organisée avant-hier au petit théâtre de la maison de la culture Mouloud Mammeri, que l’ensemble des conférenciers étaient unanimes sur l’apport des travaux du professeur Haddadou à la préservation du patrimoine amazigh. En retraçant l’histoire de l’évolution du patrimoine linguistique amazigh, le docteur en linguistique, Said Chemakh, soulignera : «Les premiers qui se sont intéressés à ce sujet, avant l’indépendance, sont les militaires et les pères blancs.

Après l’indépendance, des universitaires, tels que Mouloud Mammeri, ont pris la relève». Il ajoutera : «Mammeri était un visionnaire, c’est notre père en matière de tamazight». «Le dictionnaire des mots nouveaux du professeur Haddadou comprend 1000 nouveaux mots, son apport est fondamental», a-t-il souligné. L’universitaire Lydia Guerchouch a quant à elle fait l’analyse critique du dictionnaire des racines berbères communes et le dictionnaire de tamazight, parlers de Kabylie de Haddadou : «Les deux dictionnaires ont été établis en se référant à deux méthodes différentes : ceci manifeste déjà de la volonté de l’auteur d’exploiter des techniques lexicographiques différentes mettant en exergue les particularités de la langue objet des publications, ce qui est à distinguer de l’arabe et du français.

Le dictionnaire des racines berbères communes nous révèle à travers sa consultation le travail de fourmi qu’il a élaboré, en allant chercher dans plusieurs dialectes, y compris les moins étudiés, qu’il a regroupé dans 5 zones. La zone 1, dialecte du sud touareg (Ahaggar, Touat, Ghat, Niger, Mali…) la zone 2, dialectes orientaux (Siwa, Egypte, Libye). La zone 3, dialectes Nord Saharien (Mzab, Ouargla, Gourara). La zone 5, Zenaga (Mauritanie). Ce dictionnaire regorge de secrets et de surprises lorsqu’il nous fait découvrir combien elles sont fines les frontières colossales que nous avons tracées entre les dialectes de la langue berbère. 1 023 racines appartenant à un lexique fondamental présentent ces rapprochements et que le professeur a du desceller à partir d’un travail minutieux», dira-t-elle.

«Il n’y a nul doute qu’il est aujourd’hui le témoin, le guide mais aussi la référence pour les travaux de recherche», a-t-elle insisté. Sur le «dictionnaire de tamazight, parlers de Kabylie», Mme Guerchouch dira : «Haddadou a fait autre choix lexicographique. En effet, face aux difficultés de classification purement par racines dans ce genre de projet impliquant 21 000 entrées, il a choisi de concilier deux techniques. Le dictionnaire regroupe plusieurs variantes du kabyle, des néologismes, des archaïsmes, des mots isolés …».

Enfin la conférencière a conclu en annonçant l’organisation d’un colloque national en hommage à Mohand Akli Haddadou qui se tiendra le mois de mars prochain à l’université Mouloud Mammeri. L’écrivain Youcef Merahi, dans son intervention ayant pour thème «Anthroponymie et toponymie, étude faite par Mohand Akli Haddaddou», il a expliqué : «La présence étrangère n’a pas influé sur les prénoms, sauf peut-être quant à leur orthographe. Exemple : Mohamed avec un «m» ou deux. Il en est autrement du cas d’espèce de la toponymie ou chaque présence étrangère a fait en sorte de récupérer à son profit les toponymies locales existantes». L’intervenant expliquera : «La toponymie est basée sur la forme géographique, la végétation, la faune, la couleur… Quant à l’anthroponymie, c’est sur le clan, la tribu, l’arch… et divers origines pour les prénoms». Dans sa communication autour de la bibliographie de Haddadou, Imarazen Moussa, enseignant et chercheur, dira : «Haddadou est l’auteur de nombreuses publications, entre autres «Le rêve et son interprétation dans l’islam», «Almanach du patrimoine musulman», «Ainsi parlait le prophète», «Précis de lexicologie berbère», «structure lexicales et significations en berbère» (thèse 1985)…».

Concernant les dictionnaires, le conférencier citera le Glossaire des termes employés dans la toponymie algérienne, le dictionnaire toponymique et histoire de l’Algérie, dictionnaire des prénoms du Maghreb et du Sahara, Tamazight tatrart, dictionnaire des mots nouveaux et amawal n teqbaylit : tafekka n wemden… D’autres ouvrages sont à paraître : dictionnaire des berbères, population, tribus antiques et modernes, personnages historiques et légendaires ainsi que le dictionnaire du patrimoine du monde de l’islam. Haddadou a également réalisé beaucoup de travaux de recherche approfondies sur l’amazighité dont la plupart sont publiées dans des revues spécialisées, notamment des systèmes de notation à un système d’écriture, le problème de la transcription du berbère en Algérie (revue des études sociales, Rouen 1995), Ecrire en berbère (colloque sur la littérature à l’école(Grenoble 2002), Barbarus, barbar, berbère : une stigmatisation deux fois millénaire (peuple méditerranéens, Paris 1997)… Pour rappel, Mohand Akli Haddadou est décédé le 19 novembre 2018 suite aux complications d’une maladie chronique, il est enterré au cimetière d’El Alia

Sonia Illoul