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HAKIM KERRACHE, à propos du prochain Festival de la poésie amazighe

«L’édition en hommage à Kaysa Khalifi»

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Le président de l’association culturelle Adrar n Fad, M. Hakim Kerrache, parle du prochain Festival de la poésie amazighe qu’abritera la commune d’Aït-Smail à la fin de ce mois de mars.

La Dépêche de Kabylie: Voudriez-vous présenter votre association à nos lecteurs ?
Hakim Kerrache
: L’association culturelle «Adrar n Fad» a été créée le 10 mars 1994 par un groupe de jeunes natifs d’Aït Smail. Son nom fait référence à la montagne qui délimite, au nord, la commune d’Aït Smaïl. Elle s’est fixé comme objectifs, entre autres, la promotion de la langue et de la culture amazighes, la sauvegarde du patrimoine culturel et la création et formation de troupes artistiques et théâtrales.

Outre les activités permanentes ou occasionnelles, l’association œuvre également à aider la recherche dans le domaine culturel, comme elle accompagne les poètes et écrivains dans l’édition de leurs créations. On a déjà publié plusieurs livres, bulletins et revues culturelles, dont la revue «Tafat» fondée en 1994 et la revue du Festival.

L’association compte une bibliothèque et un modeste musée d’art et d’objets traditionnels. On essaye aussi, selon nos moyens, d’être au rendez-vous pour rendre hommage aux hommes de culture ou commémorer tous les événements en rapport avec notre culture et notre histoire.

Vous allez organiser, à partir du 28 mars, la 17e édition du Festival de la poésie amazighe. Parlez-nous en…
Traditionnellement, le Festival est dédié à la mémoire du précurseur de la cause amazighe, Dda Lmulud Ath Maammer, mais l’édition de cette année se veut également un hommage à la regrettée écrivaine Kaysa Khalifi, décédée le 25 juin dernier. Ce sera une reconnaissance des siens et de tous ceux qui l’ont connue pour tout ce qu’elle a donné à notre littérature et à notre culture.

Avec son fameux roman «Iḥulfan», ayant remporté récemment le Prix ‘’Yamina Mechakra” de la plume féminine 2018, elle a eu le mérite d’être la première femme à Béjaïa à avoir édité un roman en tamazight. Elle a enrichi notre patrimoine d’une belle production en poésie et nouvelles, comme elle a apporté sa contribution dans la presse berbérophone et dans la localisation d’outils et de sites informatiques vers le kabyle. C’est dire qu’elle nous a légué beaucoup de choses et énormément donné à notre culture. Elle s’est consacrée totalement à son art et à sa langue maternelle.

Où en sont les préparatifs pour cet événement printanier ?
Nous en sommes aux retouches finales. Tout est fait pour assurer une réussite maximale de cette importante manifestation culturelle. Sur le plan logistique, le maire s’est engagé, comme l’année passée, à mettre à notre disposition des bus destinés à l’acheminement et aux déplacements des poètes et des visiteurs. Par ailleurs, nous avons enregistré plus de 80 poètes qui seront en lice.

Un aperçu sur le programme ?
Côté animation, il y aura des conférences, des tables rondes et une journée d’études aux couleurs linguistiques et littéraires. Ces trois journées seront intensément riches du point de vue poétique, mais aussi et surtout sur les plans culturel et scientifique. Il est à noter que lors de cette édition, il y aura l’instauration du Prix Kaysa Khalifi, de la localisation, quant au prix de la poésie féminine que l’association attribue chaque fois, il portera dorénavant le nom de Kaysa Khalifi, et sera pris en charge par les éditions Ccix Muhend Ulhusin.

En plus du concours traditionnel de poésie, vous avez récemment instauré un Prix pour la nouvelle. Pourquoi ce choix?
Comme vous le savez, ce Festival a été créé en hommage à Mouloud Mammeri. D’où la volonté de l’ACAF de toucher à tous les travaux de cet Amussnaw, dont le roman, la nouvelle, le théâtre, la traduction et la critique littéraire, etc. C’est pour cela que l’association a donné naissance à ce nouveau concours en 2018, en attendant l’introduction progressive des autres genres littéraires comme le théâtre, le cinéma et le roman.

Où en êtes-vous avec le problème d’hébergement ?
A chaque édition, nous soulignons en effet le problème de l’hébergement car, comme vous le savez, beaucoup de participants nous viennent de loin pour prendre part aux activités que nous organisons. Et il est tout à fait normal que nous les prenions en charge. Mais cela nécessite énormément de moyens, à savoir un endroit pour les héberger, des lits, des couvertures, etc.

Surtout que les nuits du mois de mars sont presque aussi froides que celles de l’hiver. En raison de l’inexistence d’établissements scolaires qui disposent d’internats, et comme notre commune n’a toujours pas une auberge de jeunes, nous nous débrouillons tant bien que mal pour assurer un hébergement décent à nos invités. Certes, nous bénéficions chaque année d’une subvention, mais elle reste toujours insuffisante pour couvrir tous nos frais d’organisation.

Comment faites-vous alors pour prendre en charge vos invités ?
On se tourne vers différents contribuables, vers la société, par le biais des quêtes. Je profite de cette occasion pour remercier tous les gens qui nous aident, pour leur générosité et leur solidarité. On s’appuie aussi sur nos autorités locales (APC) qui nous épaulent dans nos démarches. Nous frappons aussi aux portes des instances de wilaya chargées des affaires culturelles.

Un mot pour conclure ?
Je profite de cette occasion pour remercier chaleureusement nos plus anciens partenaires pour leur soutien et nous appelons toutes les bonnes volontés à venir aider notre Association, pour qu’elle puisse continuer dans sa lancée. Je tiens aussi à appeler les jeunes à intégrer les associations pour donner un souffle supplémentaire à notre langue et à notre culture.

Entretien réalisé par M. K.