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MOURAD TOUAK, écrivain-psychologue, parle du développement personnel

«Tamazight ne peut en rester à l’écart»

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Mourad Touak, psychologue de formation, a déjà publié un livre accompagné d’un CD sur le développement personnel, en version amazighe. «C’est une discipline en vogue à travers le monde», plaide l’auteur. Chose nouvelle dans le monde et pour tamazight, et à l’évidence un acquis pour cette langue ancestrale.

La Dépêche de Kabylie : Avant d’aborder le sujet du développement personnel en tamazight, pouvez-vous nous dresser un petit tableau de ce domaine dans le monde actuel ?
Mourad Touak : Les méthodes de développement personnel ont actuellement à travers tous les pays du monde, particulièrement dans les pays développés, de l’acceuil. Elles sont en usage presque dans tous les domaines d’activité. Les entreprises, les administrations, les professionnels… quasiment tout le monde profite maintenant des bienfaits de ces méthodes qui aident à mieux gérer son référentiel de compétences et à mieux organiser son temps.

Dans la confusion actuelle, ces méthodes sont des outils précieux pour aider les individus à se construire ou à se reconstruire et aider les entreprises à être plus performantes. Si ces méthodes ont de longues années derrière elles en Occident, elles sont récentes dans les pays sous-développés ou en voie de développement. Que ce soit en Algérie, en Egypte, au Qatar ou dans d’autres pays, c’est presque à partir des années 2000 que l’on commença véritablement à vulgariser ces méthodes. Des noms de coachs commençaient alors à faire leur apparition à l’exemple d’Ibrahim El Fikky, Tariq Souidan, Rachid Amokrane… Enfin, ces méthodes sont tellement utilisées de nos jours qu’on ne peut pas s’en passer.

L’écriture en tamazight dans ce domaine spécialisé a-t-elle été difficile ?
Je ne pense pas. Les concepts en usage dans le développement personnel sont en majorité des mots usuels que l’on retrouve dans le parler quotidien de nos grands-mères. D’ailleurs, la langue amazighe foisonne d’adages et de dictons traitant justement du développement personnel. Je trouve plutôt que l’écriture dans ce domaine est particulièrement abordable en ce sens qu’elle me rappelle les conseils des sages et seniors de ma Kabylie natale. D’autre part, j’estime que tamazight, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, est apte à traiter avec aisance de tous les sujets.

Comment avez-vous pu surmonter le problème de la terminologie ?
Comme je l’ai dit, il n’y a pas vraiment de problèmes de terminologie en ce sens que les techniques de développement personnel et de psychologie positive usent de concepts très populaires et de large usage dans toutes les langues du monde, puisqu’on rappelle juste aux gens ce qu’ils connaissent déjà. Il suffit d’écouter les conférences de certains grands noms de ce domaine, à l’exemple d’Anthony Robbins, Sadhguru, Tal Ben Shaha, Martin Seligman…pour s’en rendre compte. C’est ce langage accessible adopté par ces méthodes qui les rendent d’ailleurs attirantes et qu’elles ont de plus en plus de partisans.

Pensez-vous que la société algérienne s’intéresse à ce tout nouveau domaine ou avez-vous fait ce travail par simple militantisme ?
Il y a maintenant plus d’une dizaine d’années que le développement personnel a conquis plusieurs espaces en Algérie. Des séminaires, des tables rondes et des conférences sont organisés çà et là à travers le territoire national. Outre les coachs nationaux qui font leur travail, il y a même des coachs étrangers qui exercent actuellement dans ce domaine chez nous. Si je me suis orienté vers ce domaine, c’est d’abord par amour de mon métier. Je suis psychologue de formation et j’ai exercé même en tant que psychologue dans une polyclinique. C’est ensuite par amour pour ma langue maternelle qui a souffert depuis des années de l’ostracisme.

lire en français ou en arabe étant plus facile pour beaucoup de lecteurs amazighophones, quelles sont, selon vous, les chances de votre ouvrage d’être lu?
écoutez, je pense que le problème est ailleurs. Il y a un gros problème national avec la lecture, qu’il s’agisse du français ou de l’arabe. Tous se plaignent de la place de la lecture dans notre société. Si, maintenant, tamazight en souffre plus que le français et l’arabe, c’est tout simplement en raison du nombre de ses usagers et de sa récente introduction à l’école. Mais, je le répète encore une fois, le problème ne se situe pas à ce niveau. Un livre de qualité trouvera tôt ou tard son lectorat et bénéficiera même de traductions vers d’autres langues. Les écrivains qui ne sont pas dans leur temps sont incalculables. Mais la postérité leur a rendu justice.

L’exemple des ouvrages de Napoléon Hill est à ce propos, fort édifiant. Ecrits voilà plusieurs années, ses livres se vendent actuellement et partout dans le monde comme des petits-pains. Pour l’instant, en ce qui me concerne, même si ce n’est pas le grand emballement pour mon livre, je reçois quand même des échos positifs qui me font croire que mon ouvrage commence à intéresser beaucoup de gens, notamment des étudiants et des enseignants.

D’autres projets d’écriture ou de recherches dans un proche avenir ?
Evidemment, je suis actuellement en train de finaliser mon troisième ouvrage. En fait, il s’agit de mon premier ouvrage que j’ai revu, corrigé et enrichi avec de nouveaux textes. Il sera entièrement écrit en français et sera probablement publié en France. J’ai déjà eu des contacts avec des éditeurs français et je déciderai sur le sujet dans les prochains jours. J’ai encore d’autres projets, mais il est encore trop tôt pour en parler.

Votre conclusion ?
Comme conclusion, j’insisterai pour rappeler que le vrai bonheur est la bonne relation entre le passé, le présent et le futur de chaque personne. Nous avons tous, en quelque sorte, un passé amer et gênant qu’on souhaite tout le temps changer ou améliorer. Même si cela reste impossible, on peut changer les conséquences de ce passé.

Entretien réalisé par Akli N.