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L’artiste le plus jeune du FLN

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Inconnu de la scène publique puisque ayant appartenu à la nouvelle génération qui a vécu dans l’anonymat, dans des conditions pénibles, il est aujourd’hui évoqué amèrement par son compatriote Mustapha Sahnoune.

El Hadi Rajeb Boulifa a, tout juste 9 ans quand il fréquente des militants algériens, pendant la guerre d’Algérie. Né à Kef, en Tunisie, le 15 février 1941, il grandit avec cette idée de révolte contre le colonialisme français qui occupe le territoire de son pays d’origine. Il se fait découvrir à l’âge de 13 ans par la troupe du Front de libération national dans laquelle, il devient un élément important grâce à sa voix d’or qui sillonnera l’Algérie, les pays du Maghreb ainsi, que les pays voisins. Avant d’adhérer à la troupe du FLN, El Hadi se met à imiter son idole, Ahmed Wahbi qu’il rencontre lors du passage de la troupe à Kef. Il vient s’installer à Tunis et s’engage officiellement au FLN à l’âge de 17 ans. « El Hadi ne trouve aucune difficulté pour s’y adapter. Il était doué d’un talent singulier et a séduit les plus célèbres compositeurs de l’époque qui lui réalisaient de nombreuses chansons patriotiques.  » En plus de sa belle voix, le jeune talent s’est fait, également remarquer par ses qualités humaines qui étaient exemplaires », a dit Mustapha Sahnoune. Lors des heures de répétition dans une villa du Bardo, (Lieu de résidence de la troupe), le jeune talent interprète, Bouadek ya oumi hayerni, (Ö mère, ton éloignement me tourmente), écrite par Mohamed Bouzidi et composée par Ahmed Wahbi. Sa voix subjugue tout le groupe et c’est ainsi que le compositeur Mustapha Sahnoune et le parolier Mustapha Toumi le prennent en charge en lui préparant trois chansons pour les enregistrer à la radio : Saout El Djazaïr, Aissa Messaoudi de Tunis dont Qalbi ya bladi la yensak, (Ô mon cœur, mon pays, je ne t’oublierais pas), Qasbah âlik engheni, ( Allez on va chanter la Casbah) et Douâ El Mouhadjer, ( La prière de l’exilé).

Les projets de El Hadi Radjeb se multiplient et les compositeurs du chant patriotique se l’arrachent pour se l’approprier. Saïd Saïah lui offre, pour sa part, la mélodie, « Alfin salam ou alfin Tahya, (mille saluts) », écrite par un poète libyen. Il interprète de nombreux morceaux révolutionnaires avant qu’il ne rentre en 1962 avec l’ensemble de la troupe, en Algérie, pour participer au mouvement musical euphorique, le 6 juillet 1962, au lendemain de l’Indépendance. Il est programmé, après, dans le cadre de la tournée artistique de la troupe, à travers tout le territoire national. Invité à venir par la Radio et la Télévision, El Hadi enregistre un nombre important de chansons qui connaîtront, toutes, un succès retentissant dont, Aoul Hob, Kedèb, Samra Kouitini Meriem, Chouf El Ouared, et autres.

En 1972, El Hadi Radjeb intègre l’ensemble de la RTA en qualité de choriste qu’il quittera en 1980 pour se consacrer aux spectacles sur les scènes étrangères : en Tunisie, au Liban et surtout en France. Il est sollicité en 1990 par le directeur de l’ENRS, Tahar Outar pour réintégrer la radio en qualité de choriste. « Même s’il jouissait toujours d’une belle voix, d’un talent et d’expérience, l’administration le pousse à la retraite, en 1998, sans aucun égard pour son talent ni même un respect pour son glorieux passé révolutionnaire. Seul, abandonné, mis en marge, sans aucun hommage de la part de la Télévision et de l’ENRS, il vit, aujourd’hui, dans l’anonymat avec une maladie chronique », a témoigné Mustapha Sahnoune.

Fazila Boulahbal