Accueil Dossier Heureusement qu’il y a ces pensions en devises…

Chômage en Kabylie Elles constituent la principale ressource de la population locale

Heureusement qu’il y a ces pensions en devises…

4053

Le problème du chômage qui sévit dans le pays d’une manière inquiétante et qui touche des pans entiers de la société notamment la frange jeune et universitaire, n’épargne plus, malheureusement, les régions de haute montagne en Kabylie.

En dépit des chiffres rassurants des pouvoirs publics qui annoncent un taux de chômage stabilisé à 10% au niveau national, ou des promesses passées ou à venir, le prévoyant à un taux beaucoup plus inférieur grâce à « la politique d’emploi matérialisée par les différents dispositifs d’aide de l’Etat » que nous martèlent en boucle nos vaillants et éclairés responsables, la réalité malheureusement, contredit chaque jour un peu plus tous ces discours lénifiants et « adoucissants », en offrant à notre vue des contingents de jeunes et de moins jeunes qui investissent les rues, les cafés ou les trottoirs pour « émarger » au registre de l’oisiveté et de la mal vie dans un pays où des milliards de dollars sont dépensés dans des projets publics d’équipements, certes ambitieux, mais sans réel impact sur le développement de la richesse humaine nationale ou l’amélioration du secteur de l’emploi.

La Kabylie est une région encore plus touchée par ce phénomène du chômage qui va croissant depuis une vingtaine d’années. En effet, pour la wilaya de Tizi-Ouzou et la Kabylie en général, le manque d’entreprises et de projets d’investissement, créateurs d’emplois, a fait que seules les administrations publiques et quelques secteurs d’activités dans le privé arrivent encore à recruter.

Mais il est clair que la demande étant nettement supérieur à l’offre, au vu du nombre important de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi, le chômage reste le tribut aussi bien des diplômés universitaires ou de la formation professionnelle que de ceux sans aucune qualification. Mais le mal de la Kabylie vient aussi du phénomène du désinvestissement et de la délocalisation des quelques opérateurs privés qui avaient au moins l’avantage de « caser » une bonne partie de la main d’œuvre locale.

Ce phénomène, après les blocages administratifs et les lourdeurs bureaucratiques, a été accentué ces dernières années, par l’insécurité et les kidnappings qui ont fait de la région, un coin où il ne fait plus bon vivre ni travailler. Même l’activité commerciale se trouve fortement amoindrie, du fait que la consommation des ménages est de plus en plus réduite au strict minimum.

Dans presque toutes les familles de huit ou dix personnes, seul le père travaille, les autres membres sont sans activité fixe. Le plus souvent ce sont les grands parents ou les pères en retraite qui pourvoient aux besoins de leurs enfants et même petits enfants grâce à leurs maigres pensions. Seuls les retraités de France, nombreux jusqu’aux années 1990, pouvaient prétendre à « la belle vie » par la chute de la valeur de la monnaie nationale.

Mais aujourd’hui, leur nombre se réduit chaque année un peu plus telle une peau de chagrin et la Kabylie découvre que vivre par la rente est éphémère et bien des familles qui étaient « aisées » par rapport au niveau de vie locale se sont retrouvées contraintes à émarger au registre des aides sociales de l’état pour survivre.

Même l’agriculture de montagne, la culture arboricole et l’élevage d’animaux domestiques, activités économiques et nourricières pratiquées jadis par nos parents et grands parents, ont disparu aujourd’hui pour plusieurs raisons, comme les mutations sociales qui font que nos jeunes, d’aujourd’hui, préfèrent vivre en cols blancs et portables en mains, au lieu de travailler la terre de leurs ancêtres.

Mais les causes sont encore plus profondes, comme la réduction de la surface des terres cultivables devant le phénomène de l’extension des zones urbanisées et l’avancée du béton, le fléau des incendies délibérés ou accidentels qui ont ravagé ces dernières années des centaines d’hectares de forêts et d’oliviers, une autre source de rente pour les familles Kabyles. Même les huileries ont fini par fermer dans la plupart des villages à cause de l’absence de la matière première.

Autant d’éléments qui font que la Kabylie et ses villages sont aussi touchés par le chômage. Il reste pour le moment le filet social et les différents dispositifs d’emploi comme le DAIP, PAIS… pour assurer des emplois précaires à une cohorte de jeunes et de moins jeunes, casés dans les institutions de l’état (APC, daïras) ou les établissements publics comme les centres de soins, les écoles ou les agences postales locales. Mais à 42 ou 43 ans, peut-on réellement faire vivre sa famille avec un salaire qui, souvent, n’atteint même pas le SMIG ? Ou encore, peut-on continuer indéfiniment à renouveler les contrats des diplômés pour en faire des « handicapés » à vie ou des « retraités » bien avant l’âge ? Bien des questions qui demeureront sans réponses, tant qu’une vraie politique d’emploi n’est pas engagée avec la participation des spécialistes, des concernés et en tenant compte des spécificités de chaque région.

Nassim Zerouki