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Mawlid Ennabaoui : La neige et les efforts des autorités pour endiguer le phénomène ont eu raison d’eux

Les pétards n’ont plus la cote

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Conséquence de la vague de froid qui s’abat sur la majeure partie du Nord du pays depuis le début de cette semaine, les fameux pétards qui apparaissent lors de la fête du Mawlid Ennabaoui n’ont franchement pas fait recette cette année.

Ainsi et contrairement aux autres années où les «festivités» commençaient des jours, voire des semaines, avant le jour du Mouloud, cette année, la neige et le froid ont quelque peu bouleversé les habitudes et les us des citoyens. En effet, les détonations assourdissantes des «doubles bombes» et autres «canons» n’ont pas retenti à Bouira, au grand bonheur des uns et, surtout, au grand dam des revendeurs de pétards. «Cette neige nous a ruiné !», fulminera Omar, vendeur à la sauvette de son état. «Pourtant, tout était bien parti pour faire un bon pactole… Je ne sais plus quoi faire de cette marchandise désormais !», dira-t-il d’un ton amer. Il est vrai que les citoyens de Bouira ont, pour ainsi dire, boudé les produits pyrotechniques. Les batailles de boules de neiges et autres loisirs liés à la poudreuse se sont substitués aux déflagrations des pétards. «Par ce froid, il faut être stupide pour faire exploser des pétards ! Il neige à profusion, alors on a de quoi s’amuser !», lance-t-on. D’ailleurs et sans jeu de mot aucun, par ce temps humide et glacial, il n’est pas évident de faire péter ces feux d’artifices. De leur côté les parents étaient plus que ravis que ces perturbations climatiques aient «éclipsé» les fameux pétards, comme l’expliquera Ismail, père de 3 enfants. «D’habitude, je suis contraint d’acheter ces produits à mes enfants, tout en sachant pertinemment les dangers qu’ils représentent», a-t-il avoué avant de préciser : «Cette année, je me réjouis de ce mauvais temps qui prédomine ! D’un côté c’est extrêmement beau, mais surtout, mes gosses ne m’ont, à aucun moment, exigé de leur acheter des pétards ! Ils s’adonnent à cœur joie avec la neige et moi je suis en paix!». Autre conséquence de cette offensive hivernale : les squatteurs et autres marchands informels ont délaissé les engins explosifs pour un commerce plus lucratif en ce temps polaire. Ainsi, les moufles, doudounes et autres canadiennes ont fait leur apparition sur les étals, à la place des pétards. «Il faut s’adapter à toutes les circonstances», signalera ce vendeur ambulant de la place Rahim Gallia, et d’expliquer : «En toute franchise, j’ai ramené un gros stock de double bombe et de pétards en tout genre, mais j’ai vite fait de m’en débarrasser à perte…je dois bien l’avouer, pour me consacrer à ce qui marche le mieux en ce moment, à savoir, les vêtements d’hiver». Un autre, qui s’est dit avoir «flairé le bon coup», n’a pas hésité à se vanter devant ses camarades estimant qu’il était «heureux de ne pas avoir claqué mon argent en pétards ! J’ai préféré investir dans les bottes et les parquas, je savais pertinemment qu’une vague de froid se préparait !», dira-t-il. Toutefois et malgré l’ambiance générale qui tendait vers le boycott des produits pyrotechniques, quelques «irréductibles» n’ont pas hésité à braver le froid et la neige pour faire «exploser» leur joie au son des fusées et des doubles et même triple bombes.

Les saisies se multiplient

Mais pour comprendre les raisons de cette «perte de vitesse», il faudrait se tourner vers les efforts consentis par les autorités dans le but d’endiguer ce phénomène et les dangers qu’il comporte. En effet, la mailles du filet se sont, semble-il, resserrées à la face des importateurs de ces produits prothétiques. Les autorités contrôlent mieux les marchés. Les diverses saisies, effectuées en un temps record par les services de la gendarmerie, police et douane attestent de la volonté des responsables à stopper la circulation de ces produits dangereux. Ainsi, dans plusieurs villes du pays, les autorités ont saisi de grandes quantités de produits pyrotechniques. Selon les services des Douanes, la valeur de la marchandise saisie cette année dépasse les 134 millions de dinars. L’appât du gain facile et l’exonération d’impôts justifient en vérité́ l’engouement certain pour ce commerce. Ainsi et selon des chiffres officiels, plus de 600 milliards de centimes partent en fumée chaque année, faisant la fortune de quelques-uns qui profitent au maximum de l’aubaine. Récemment encore et au cours d’une seule semaine, plus de 500 000 produits pyrotechniques ont été saisis par ces services au niveau national.

Ramdane. B