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le phénomène est devenu récurrent en Kabylie

Le coût des fermetures de routes !

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Un siège de mairie ou de daïra mis sous scellé par-ci, une route barricadée par-là… Ces actions musclées essaimant aux quatre coins de la wilaya de Bgayet, font à l’évidence toujours plus d’émules.

S’il est vrai que ce mal endémique est symptomatique du profond malaise qui ronge la société et des contradictions qui la travaille, il n’en est pas moins vrai qu’il trahit le climat de défiance qui prévaut entre l’État et ses administrés. La question qui taraude les esprits, est de savoir pourquoi recourt-on avec tant de légèreté à cette forme de protestation extrême, pour dénoncer une injustice, une carence dans la gestion de l’administration locale ou revendiquer un droit (réel ou supposé) ? D’aucuns rétorqueraient que la faillite consommée du mouvement associatif, devenu inopérant, y est pour quelque chose. En effet, pense-t-on, ces structures, à l’image des associations de villages ou des comités de quartiers, auraient pu opérer une jonction salvatrice entre le citoyen et l’administration, et contribuer ainsi à désamorcer les conflits. «Il n’y a personne pour dissuader les gens de fermer la route ou le siège de leur APC pour réclamer de l’eau, une route ou un réseau d’assainissement», constate, effaré un retraité d’El Kseur. D’autres, plus nombreux, pointent du doigt la gestion (ou la non gestion) réservée par les pouvoirs publics à ces incidents à répétition. En effet, tout le monde a pu constater que, dans la plupart des cas, l’administration se mure dans un silence pathologique, avant de se décider à engager des pourparlers avec les protestataires. Si «fermer la route est un délit», comme l’a rappelé tout récemment le wali, ce dernier a omis de préciser si l’État compte désormais user de son pouvoir régalien pour y mettre le holà. «L’impunité favorise la récidive. Et puis, les gens ont fini par se convaincre que pour accéder à une revendication quelconque, il faut nécessairement agir de la sorte», fait remarquer un citoyen d’Akbou. En sus de prendre en otage toute une population qui, le plus souvent, n’est aucunement concernées par les problèmes soulevés, cette spirale infernale met l’économie de la wilaya sur une corde raide. Cette situation nourrit les appréhensions et alimente les inquiétudes dans le microcosme économique. «Nous perdons régulièrement des parts de marchés, consécutivement à un déclin progressif de notre chiffre d’affaire», confesse le gérant d’une unité industrielle installée dans la ZAC d’Akbou. Un autre opérateur de la région atteste que l’outil de production est engagé sur la voie de la consomption, dont les signes avant-coureurs commencent à se faire jour. «Il y a déjà des entités économiques, parmi les plus vulnérables, qui ont mis les clés sous le paillasson», déclare-t-il, avouant que sa propre entreprise fait face à une baisse drastique de son plan de charge, préfigurant l’imminence d’un plan social. D’autres chefs d’entreprises, comme ce patron d’El Kseur, nous confie que des investisseurs se sont empressés de procéder à la délocalisation de leurs actifs vers d’autres wilayas, offrant un meilleur avantage comparatif. «S’adapter ou disparaître, voilà le dilemme auquel sont confrontés les operateurs économiques de notre wilaya. Certains ont pris les devants, en allant s’implanter ailleurs», clame-t-il, en sonnant le tocsin sur le «processus de désindustrialisation en marche».

Nacer Maouche