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La Kabylie s’offre un ressourcement ancestral

Aïd El-Fitr La Kabylie dans les valeurs et la tradition

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Un peu partout en Kabylie, l’Aïd El-Fitr a été célébré dans la communion et la tradition. Chose “rassurante et apaissante”, se réjouissent les plus âgés, quasiment à travers toutes les localités, que ce soit à Bouira, Tizi-Ouzou, Béjaïa ou même ailleurs, les Kabyles se sont comme passé le mot pour un retour aux sources, aux valeurs ancestrales. “Timechret”en a constitué un vecteur commun: Le partage !

Les habitants du village Tala Athmane, sis à une quinzaine de kilomètres de la ville de Tizi-Ouzou, ont renoué à l’instar des autres localités de la Kabylie, comme Tizi-Rached, Bouhinoun, Tala Ouamar (voir papier en page 9), Mekla,… avec beaucoup de ferveur avec cette tradition ancestrale qui est Lewziɛa ou Timechret. Les choses ont été faites de manière grandiose et très raffinée. Le tableau (voir photo en haut) a fait rompre le village avec plusieurs années de disette et de dèche. Barbu ou rasé-de-près, jeune ou âgé peu importe la tenue vestimentaire et au diable le conflit intergénérationnel, ils se sont donné rendez-vous à 23h, la veille de l’Aïd, à la superbe et spacieuse placette du village, pour effectuer ce rituel tant attendu par les jeunes et vénéré par les vieux. «Il était temps, ça nous manquait terriblement», nous confiera Dda Moh Arezki. Même sentiment chez cet adolescent de 15 ans qui n’est pas habitué à ce genre d’évènement. Encadrés et conseillés par des vieux «précurseurs» de cette tradition, des jeunes représentant les différents quartiers que compte ce village, d’environ six milles habitants, et animés d’une bonne dose de volonté prendront les choses en mains dès le début de ce rituel. En l’espace d’un temps record, à peine deux heures, six têtes bovines seront sacrifiées sous les regards émerveillés de ces bambins venus veiller pour assister à cet événement qui leur était inédit. Ces moments de joie, de convivialité et de rencontre entre différentes franges de la société qui se sont prolongés jusqu’au milieu de la journée du lendemain, étaient, également, une opportunité qui a permis à ces «fils» du village résidant ailleurs de retrouver leurs concitoyens qu’ils «avaient perdu de vue» depuis une quinzaine d’années, pour certains d’entre eux. À quelques dizaines de mètres de ce lieu qu’on appelle Abrah, le sacrifice de deux autres bœufs a été assuré pour la même circonstance dans un autre quartier bas du village communément appelé «Tazmalt Bwadda» par identification à «Tazmalt Ufella». Ceci dit, dans le mode d’organisation et de fonctionnement de la société kabyle, Lewziɛa ou Timechret est considérée comme étant un rite de passage des enfants à un statut de citoyen du village. À cette occasion, plusieurs enfants seront présentés par leurs parents à la communauté. Ils auront droit à une part symbolique puisée de parties osseuses des bêtes sacrifiées. On dit dans une traduction approximative «qu’il deviendra alors un dur, un résistant.» La deuxième étape dans ce rituel de passage d’un statut à une autre, c’est le passage de l’enfance à l’adolescence dans d’autres circonstances. Le père se chargera dans le futur de présenter sa progéniture, cette fois, à ses amis au marché lorsque l’enfant y met les pieds pour la toute première fois. Au retour, il doit ramener dans son couffin une tête de veau qui symbolisera sa responsabilité envers sa famille dans les représentations collectives. Et enfin le passage de l’adolescence à l’adulte. Généralement c’est vers les 18 ans, que l’enfant devenu jeune sera alors autorisé à prendre part à l’assemblée générale du village en tant que membre à part entière de Tajmaât. C’est dire que pour cet Aïd El fitr, c’est le rituel ancestral de base qui a été ressuscité. Mais aussi cette cohésion qui a toujours constitué la force de Tajmaât et son souci à soutenir le plus démuni des leurs. Bref, l’union, le consensus et le partage équitable.

Hocine Moula.