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Béjaïa Un colloque international y a été organisé hier et avant-hier

Akfadou dépoussière le Congrès de la Soummam

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Les assises de la Soummam : 60 ans après, quelles leçons ? Cette thématique a été au cœur d’un colloque international organisé, hier et avant-hier, par la commune d’Akfadou, en partenariat avec l’APW de Béjaïa, l’association FORSEM de Lyon (Forum de solidarité Euro-méditerranéenne) et l’association Med-Action d’Akbou.

Akfadou, qui fut le siège du quartier général de la wilaya III sous le commandement du colonel Amirouche, s’est donc proposé de dépoussiérer un pan de l’histoire lors de cette rencontre, où universitaires, historiens et témoins vivants du déroulé du Congrès de la Soummam ont apporté des éclairages sur l’une des étapes les plus décisives et capitales de la guerre de libération nationale. «On est dans un lieu de mémoire. C’est le seul hommage que l’on va leur rendre. Akfadou est le cœur et l’âme de la Révolution. Je tenais à être présente», a déclaré d’entrée Dalila Aït El-Djoudi, docteur en histoire militaire et étude de défense (Toulon). Selon elle, «le Congrès de la Soummam a été marqué par des rivalités des différents acteurs et leaders du mouvement national», estimant que ces rivalités perdurent jusqu’à maintenant. Visiblement déçue par le déroulement des festivités de la commémoration du 60e anniversaire de la tenue du Congrès de la Soummam, notamment de la part de ceux qui ont joué la carte de la récupération politique, l’oratrice a indiqué qu’elle s’attendait à ce que «le peuple allait se rassembler à Ifri Ouzellaguen le jour J». Mais, regrette-t-elle, «on a assisté à un meeting politique». Elle enchaîne : «J’ai pensé que l’hommage national allait être rendu à tous, c’est-à-dire à tous les acteurs de la Révolution». Abordant les assises du Congrès de la Soummam, l’historienne a souhaité que tous les intervenants aient «un regard critique sur cette question». Se voulant plus explicite, elle a souligné que «l’historien ne va pas prendre en compte la mémoire officielle, mais croiser les vérités. C’est pour cela que les historiens croisent les sources dont les mémoires d’anciens combattants. On a des mémoires conflictuelles. Il faut donc avoir un certain recul. On agit en toute liberté et sans aucun engagement d’un point de vue intellectuel. On est là pour discuter, échanger avec vous. L’important est qu’il y ait des analyses avec le vécu de chacun, la perception de chacun, pour que les débats se déroulent convenablement». Pour sa part, Tahar Khalfoun, professeur à l’IUT Lyon 2, spécialiste en droit public, a estimé que la présence en nombre du public dans la maison de jeunes d’Akfadou «témoigne de l’intérêt qu’il porte au Congrès de la Soummam». Pour lui, «le Congrès de la Soummam a été un véritable exploit. Ses concepteurs, à leur tête Abane Ramdane, avaient un sens de la perspective historique. On voit combien ils étaient en avance sur leur temps».

Le Pr Belaid Abane a, quant à lui, brossé un portrait de l’architecte du Congrès de la Soummam, Abane Ramdane. «On s’accorde aujourd’hui pour reconnaître à Abane la paternité des principes soummamiens, de la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur, adopté au Congrès d’Ifri du 20 août 1956. On peut même dire qu’Abane et ses primautés ont connu le même sort, la même trajectoire». D’après lui, «la personnalité d’Abane, sa vision jacobine et sacralisée de la révolution, ces principes pourtant futuristes et modernes dans leur essence ne pouvaient susciter que des résistances. Elles poseront dès lors un double problème de légitimité. D’un côté de la part des responsables politiques ou militaires, installés ou décidés de s’installer à l’extérieur d’autant qu’à partir du printemps 1957, les organes dirigeants, CCE et CNRA, étaient déjà à l’extérieur. D’un autre côté en dépit de l’important travail de politisation fait par Abane, au cours des années 1955 et 1956, les hommes et les structures de la Révolution restaient irrémédiablement imprégnés de l’esprit militaire». Celui qui fut le secrétaire particulier du colonel Amirouche, Hamou Amirouche, a révélé que «Abane était cassant, autoritaire parce qu’il n’avait pas de complexe. Il n’avait pas vécu la cassure du seul parti politique prônant la lutte armée. Il n’a pas été un responsable déchu par Messali. C’était un intellectuel qui, non seulement, participait pleinement à l’action, mais devait être le maître d’œuvre avec Larbi Ben M’hidi de l’une des victoires les plus spectaculaires de la Révolution algérienne : le Congrès de la Soummam». Il ajoute que «ses assises dotèrent l’Algérie en guerre d’un parlement, d’un conseil national de la révolution algérienne et d’un exécutif, le CCE», rappelant qu’Abane Ramdane s’attachait à «rassembler autour du FLN les forces nationales susceptibles de contribuer à sa réussite». L’historien Ali Guenoun est revenu lors de son intervention sur la «propagande que font courir certains mauvais esprits sur ‘’la kabylisation’’ du commandement de l’ALN», précisant que la Kabylie, de part sa proximité avec l’Algérois, a été sollicitée dès octobre 1954 pour pallier le manque d’encadrement et de combattants dans l’Algérois. «Amar Ouamrane a été envoyé pour seconder le chef de la zone 4, Rabah Bitat, et épauler avec des groupes de combattants ceux qui se trouvaient dans la Mitidja. Cette décision des ‘’six’’ peut s’expliquer par, entre autres, deux facteurs, à savoir la proximité de la Kabylie de la zone algéroise et la forte présence kabyle, et la disponibilité de combattants organisés et disciplinés et prêts à l’action. Il est à signaler que Lahouari Addi n’a pu faire le déplacement à Akfadou, pour des raisons personnelles, selon les organisateurs. Il en a été de même pour Alain Rouchoux qui n’a pas pu se libérer lui aussi. Quant aux historiens français, présents à ce colloque, a-t-on fait savoir, «ils sont les initiateurs de la pétition pour l’abrogation de la loi sur les effets positifs de la colonisation en 2005. Ils ont fait preuve de soutien et de solidarité avec le peuple algérien».

Dalil S.