Accueil Évènement «Des réformes structurelles urgent»

Amara Benyounès, secrétaire général du mpa

«Des réformes structurelles urgent»

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à travers cet entretien accordé à TSA, M. Amara Benyounès, secrétaire général du MPA, fait le tour de l’actualité et dresse sa vision du futur pour parer au plus urgent. Il estime que «des réformes structurelles fondamentales urgent pour le pays». Cela dit, il ne faut pas perdre de vue le souci de «préserver la paix et la stabilité quitte à avoir peut-être un rythme plus lent en matière de réformes économiques», avertit-il. D’où la nécessité de trouver le meilleur équilibre entre les exigences économiques du futur et les contraintes sociales du moment.

Vous avez affirmé que vous serez avec le président de la République jusqu’à ce qu’il décide de se retirer. Vous le soutiendrez pour un cinquième mandat ?
D’abord, il est absolument hors de question pour moi que j’appelle un citoyen algérien à se présenter à la présidentielle. Ensuite, je pense que le président Abdelaziz Bouteflika est assez sage et responsable pour décider lui-même s’il doit ou pas être candidat. Mais au MPA, notre position est très claire. Nous l’avions soutenu en 2004, en 2009, puis en 2014. La question qui m’a déjà été posée sur ce sujet relevait de la politique-fiction. J’ai répondu en disant que s’il se représente, nous le soutiendrons comme nous l’avons toujours fait. Je dis cela parce que je suis absolument convaincu qu’il ne sera jamais un problème pour l’Algérie. Cela étant dit, nous sommes très loin de cette échéance. Dans six mois, il y aura les élections législatives, puis locales, qui sont très importantes.

Pensez-vous que le Président Bouteflika soit capable d’assumer encore un cinquième mandat ?
C’est une discussion qui n’a pas lieu d’être. Nous sommes encore loin de l’élection présidentielle. Le problème est que ceux qui sont dans l’opposition la plus radicale sont obsédés par le départ du président Bouteflika. Mais celui qui veut lui succéder doit attendre 2019. Le président partira quand il décidera de partir ou quand le peuple décidera de le faire partir. Dans trois ans, je ne vais pas me dérober (par rapport à cette question). En 2019, on verra dans quelle situation sera le pays, dans quelle situation sera le président et quelle sera sa décision par rapport à cette question. Tout le monde assumera ses responsabilités.

Cela veut dire que le MPA pourrait ne pas soutenir le président Bouteflika si la situation du pays change ?
Le MPA ne peut pas ne pas le soutenir. C’est une chose claire.

Vous avez déclaré que si vous étiez à la place du président, vous ne changeriez pas de Premier ministre avant les législatives. Doit-il le faire après les élections ?
Le président est libre. Mais je ne vois pas pourquoi il changerait un Premier ministre qui a l’expérience, la loyauté et la fidélité nécessaires à six mois d’une échéance électorale. Par la suite, je pense que la Constitution est très claire. Le président de la République doit choisir un Premier ministre après consultation des partis politiques de la majorité. Pour l’instant, on ne sait pas qui sera le parti majoritaire. Si c’est toujours le parti de M. Sellal (le FLN), le président pourra le reconduire. Si c’est un autre parti, le président choisira un autre Premier ministre pour diriger le prochain gouvernement.

Amar Saâdani a démissionné de son poste. Un commentaire ?
C’est une affaire exclusivement interne qui ne regarde que les militants du FLN. Un secrétaire général est parti, un autre est élu. Je n’ai rien à dire sur cette affaire. Cela ne changera rien pour nous. Nous allons partir vers les élections législatives dans six mois et chacun va se battre pour son parti politique et en fonction des résultats que nous allons ou pas discuter avec des partis politiques pour constituer une majorité.

Lors de votre dernière intervention médiatique, vous sembliez gêné par les attaques dont fait l’objet le FCE et son président…
Je n’aime pas les amalgames faits dans ce pays autour des entrepreneurs et de l’argent. Aucun pays au monde ne s’est développé ou ne peut se développer sans ses entrepreneurs et a fortiori contre ces entrepreneurs. Dire que tous ceux qui ont gagné de l’argent dans ce pays sont des voleurs, des bandits et qu’une oligarchie se crée est quelque chose d’extrêmement dangereux. Sur le plan économique, il n’y a pas un discours aussi dangereux que celui-là. Discréditer les hommes d’affaires, c’est vouloir mettre à terre notre économie nationale. En tant que ministre de l’Industrie d’abord et puis ministre du Commerce, j’ai eu l’occasion de connaître beaucoup de nos industriels. Ce sont des hommes qui travaillent durement pour gagner leur vie.

Vous pensez que les attaques contre certains hommes d’affaires, notamment celles de Louisa Hanoune qui parle d’oligarchie, sont gratuites ?
Je n’aime pas personnaliser le débat. Beaucoup parlent d’oligarchie. En tant qu’homme politique, ce qui m’intéresse chez ces industriels et les hommes d’affaires est le nombre d’emplois créés et les impôts payés. Pour le reste, s’ils gagnent de l’argent, c’est une bonne chose. En fait, il faut comprendre que quand un Algérien crée une entreprise, c’est pour gagner de l’argent. Personnellement, je suis persuadé que la collectivité et le pays gagnent avec ces hommes d’affaires et c’est avec eux qu’on va développer le pays. Il faut arrêter d’insulter.

Ces politiques accusent justement certains hommes d’affaires de ne pas payer leurs impôts, de ne pas rembourser leurs crédits…
Cela personne ne le dénonce comme moi. Il faut combattre l’informel et le ramener vers l’économie officielle. J’étais ministre du Commerce, donc je suis bien placé pour savoir certaines choses. Toutes ces personnes qu’on insulte et qu’on diffame déposent leurs comptes sociaux au niveau du centre national du registre de commerce. Elles sont contrôlées et suivies par le service des impôts et le service du ministère des Finances. Il faut mettre un terme à ce climat malsain où celui qui gagne de l’argent en Algérie est forcément voleur et bandit. C’est pour cela que quand j’entends ce genre d’attaques je suis outré et révolté ! Aucun pays au monde ne peut se développer s’il n’a pas d’entrepreneurs. Ceux qui comptent sur le secteur public se trompent lourdement. Ce secteur peut être un appoint et il est là pour une période transitoire. L’État doit se désengager de plus en plus des activités économiques pour s’investir dans ces missions régaliennes.

Les syndicats autonomes ont décidé d’organiser une grève cyclique contre le projet de Loi sur la retraite. Quelle est la position du MPA sur cette question ?
C’est un sujet extrêmement difficile et complexe. Dans tous les pays du monde où on a tenté de réformer les retraites, des problèmes se sont posés avec les syndicats. Il faut savoir qu’on ne peut pas faire des réformes sans toucher à des intérêts. La question qui se pose est liée à la caisse nationale des retraites. Est-ce qu’elle peut continuer à payer ce qu’elle paie aujourd’hui quand vous avez des Algériens qui partent à la retraite à partir 45 ans et quand on voit l’espérance de vie qui approche les 80 ans ? Est-ce qu’il y a une caisse de retraite dans le monde qui peut se permettre cela ? Nos députés vont voter la Loi sur la retraite. C’est une réforme importante du président de la République.

Est-ce que les mesures proposées dans le cadre du projet de la Loi de finances 2017 apportent des solutions dans ce contexte marqué par la crise économique ?
Je pense qu’il faudrait une vision globale avec plusieurs mesures qui doivent concourir à l’objectif fondamental : diversifier l’économie nationale.

Le gouvernement donne l’impression qu’il compte indéfiniment sur la hausse du prix du pétrole…
C’est quand même dramatique d’entendre l’opposition se réjouir de l’effondrement du prix des hydrocarbures alors qu’il va provoquer la baisse du niveau de vie des Algériens. Tout le monde doit espérer et souhaiter que le baril soit à 100, 120, 150 dollars. L’après pétrole se fera avec le pétrole. Ce qui nous importe est de savoir comment diversifier notre économie avec cet argent. Un certain nombre de réformes structurelles, fondamentales et urgentes doivent être entreprises. Je pense que le gouvernement est sur le bon cap mais il doit aller plus vite et plus loin. Même si je sais que depuis 2011, la situation dans la région est instable, elle ne permet pas d’aller vers les réformes les plus importantes.

Pourquoi ?
Il y a un risque de débordements sociaux. Et contrairement à ce que dit l’opposition, la paix sociale n’a pas de prix. Il faut absolument préserver la paix et la stabilité de ce pays quitte à avoir peut-être un rythme plus long en matière de réformes économiques.

Vous êtes contre une révision globale du système des subventions ?
Tous les économistes considèrent que les subventions sont injustes et inefficaces. Mais pour sortir des subventions, il faut un plan de sortie ordonné discuté et négocié qui s’étalera sur plusieurs années. On ne peut pas dire du jour au lendemain aux Algériens, on arrête tout ! C’est de la folie. C’est un appel à une émeute et à une insurrection nationale.

Entretien réalisé par Hadjer Guenanfa