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Avec Aznavour, Cabrel, Bruel, Le Forestier, Grand Corps Malade...

Idir raconte son album

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Idir est l’un des artistes kabyles qui manient le mieux et la guitare et le verbe. Il sait chanter et parler. Son invité du jour, Kamel Tarwiht, n’est pas un étranger pour lui. Amis depuis presque toujours, avec le temps, il passe désormais pour son complice. Il l’a accueilli chez lui à Cergy, il y a de cela une dizaine de jours. à deux, ils ont fait ressortir une interview peu ordinaire. Idir s’est lâché comme on fait parfois le fou avec soi-même. Il dit sans se soucier des qu’en dira-t-on. Il blague ! Il taquine même son vis-à-vis comme il le fait en privé. Avec plein d’humour mais aussi de sérieux dans les propos quand le sujet l’exige. Rencontre avec Idir sur son divan pour évoquer son prochain album où figurent pas moins d’une dizaine de duos, dont certains avec de grandes sommités de la chanson française. ça passe ce soir en prime time sur Berbère TV.

Dans ce nouvelle album projeté pour l’an 2017, Idir est rejoint par, entre autres, Charles Aznavour s’il vous plait. Rien que ça. C’est ‘’La Bohème’’ qui est chantée en kabyle. L’enregistrement du titre est déjà finalisé. Tout est parti d’une idée presque anecdotique d’une collaboratrice à Idir qui lui a révélé qu’Aznavour aime bien sa chanson «Lettre à ma fille» et qu’il ne serait pas contre un éventuel duo… Idir raconte qu’il n’en espérait pas tant puisque lui aussi avoue avoir succombé à La Bohème… Puis un autre jour, Idir rencontre, chez Yanick Noah, Gérard Lenorman qui lui propose aussi l’idée d’un duo. «C’est à croire qu’il se sont fait passer le mot», rajoute-t-il un grain d’humour dans sa lancée. Puis tout s’est enchaîné avec Bruel, Maxime Le Forestier, Bernard Lavilliers, Francis Cabrel. Il y a «aussi le défunt Henri Salvador dont je n’ai pas eu l’autorisation (ironise-t-il), mais il est quand même dans le projet». Sur ce dernier, c’est un enregistrement qui a été cédé par sa femme à la boite de production d’Idir. C’est d’ailleurs l’un des deux titres qui restent encore à finaliser avec la fameuse ‘’Lettre à ma fille’’ qu’Idir reprend dans ce nouvel opus avant de boucler ce CD voulu par Sony. Sur ce point, idir précise qu’il a (le CD) «été proposé et je n’ai pas été contre. A aucun moment on ne m’a imposé quoi que ce soit», insiste-t-il, même s’il concède qu’il est redevable envers Sony d’un album (Son contrat de 5 ans avec la boite Sony qui arrive à son terme exige de lui de produire trois albums alors qu’il n’en avait produit jusque-là que deux). Là pour le détail.

«Aznavour a adoré le Bendir sur sa Bohème»

Pour le plus important, Idir avoue que même si l’idée n’était pas la sienne au départ, «avec le contact j’ai senti que c’était là quelque chose qui m’attirait, qui commençait à prendre en moi et je sentais que je pouvais le faire». Avec cette condition que «c’étaient leurs chansons à eux qui m’intéressaient». Il fallait alors chercher non pas la traduction ni l’adaptation mais plutôt l’équivalence. Un travail dont s’est chargé «franchement merveilleusement bien Meziane Kezzar. Il a vraiment utilisé du kabyle nucléaire», appuie Idir pour dire sa gratitude à cet élève de Mohia qui a cette manie de sortir la chanson, avec art, des clichés, des stéréotypes… Les autres aussi ont apprécié. Visiblement, tout un chacun a fini par trouver son compte et un certain plaisir dans l’expérience. «Aznavour a beaucoup adoré le Bendir sur la Bohème», confie Idir avec un sourire suggestif. Comme un prof de maths, il explique que le 6*8 (rythme musical) va mieux à la chanson qui du coup apparait à son auteur «plus fluide». Et forcément on apprécie. Comme dans la circulation routière, on est mieux et moins stressé quand ça roule bien. Du coup, Aznavour découvre une «tare» à sa Bohème. Elle était finalement trop «hachurée» ! Il la chante désormais en kabyle ! Avec Idir. Ce dernier confie toutefois que son nouvel ami (Aznavour) a eu beaucoup de soucis avec les hhhh lors de l’enregistrement. Pas évident pour le Français de prononcer le «he».

Quand Idir se révolte face aux «auto désignés dépositaires de la Kabylie»

Sur le coup, le «malheureux» Aznavour a vraiment galéré, narre Idir, «mais tenace qu’il est, il a tenu à y arriver, ou presque». Il a tout de même chanté kabyle. «Un peu cassé, mais ce n’est que du charme en plus pour cette nouvelle version de la Bohème», résume-t-il.
D’un sujet à un autre, Idir reviendra sur cet épisode de sa rencontre avec le Premier ministre algérien lors d’une rencontre initiée par l’ONDA (équivalent de la SACEM), dernièrement à Alger. Un geste qui lui valu bien des qualificatifs peu amènes de certaines réactions auxquelles l’artiste ne cède rien. «Je suis un gars pas du tout mal élevé pour refuser la main ou le salut de quelqu’un et puis je fais ce que je veux, où je veux, quand je veux. Je ne dois rien à personne sur mes actes et pensées». Voilà qui est clair pour Idir qui dit «désormais ne plus pouvoir partager quoi que ce soit avec ces gens-là», allusion directe aux promoteurs de l’autonomie de la Kabylie. Et à l’artiste de se lâcher de front face à ses détracteurs : «Mais de quel droit se prévalent-ils pour s’auto désigner les seuls dépositaires de la Kabylie ? A quel titre ? Qui sont-ils ? La Kabylie leur a-t-elle voté cette autorité ? Non !». Cette mise au point étant faite, Idir revient à son album et enchaîne avec un sourire qu’il retrouve en repensant à Maxime Le Forestier. «Il a chanté lui aussi en kabyle. Tout comme Bruel qui a repris Les Larmes de son père (titre chanté sur la révolte tunisienne) réadapté avec les printemps vécus en Kabylie. Là aussi, Idir confie que Bruel a été ébahi par l’introduction du mandole sur le plan musical. Francis Cabrel a pas mal aimé lui aussi. L’auteur de ‘’La corrida’’ s’est également «exécuté» en kabyle. «Ce n’était pas difficile de trouver un lien sur le sujet de la chanson, puisque nous autres kabyles, nous avons aussi notre histoire intime avec les bœufs», balance idir avec un large sourire. Evoquant les séances d’enregistrement, Idir avoue : «Ce ne fut pas facile, c’était très éreintant à peaufiner sur le plan technique». Un peu moins compliqué avec Grand Corps Malade avec qui Idir a chanté un texte inédit du slameur, en français. Avec Bernard Lavilliers, c’est le titre ‘’On the road again’’ (sur la route) qui a été repris en «Dhi Vara Inegane» (On veille dehors). Les tonalités approximatives entre le titre en anglais et celui en kabyle fera peut-être sourire certains, mais la chanson qui en est ressortie est sublime et agréable à écouter. Gérard Lenorman lui a carrément proposé une chanson à lui pour laquelle il s’est inspiré, lorsqu’il l’avait composée, du titre…Vava Inouva. Comme par hasard ! Que du bonheur alors pour Idir qui attend aussi de mettre au point les titres qu’il partagera avec le célèbre groupe Trio et le montage à finaliser sur la voix d’Henri Salvador. Il y a aussi sa fille Tanina qui revient dans ce CD avec la reprise de Lettre à ma fille. Une autre version pour ce titre dans le style un peu chant religieux. Voilà globalement pour le contenu. Sur les échéances, idir annonce que «l’enregistrement sera bouclé d’ici fin novembre. Normalement. Après, ce n’est plus mon affaire», dira Idir qui révèle toutefois que Sony penserait à le mettre sur le marché au printemps prochain.
Son avenir pour après ? Idir pousse un grand soupire et laisse transparaître son dégoût pour de ces gens-là qui le visaient dernièrement et lâche qu’il est «vraiment fatigué» ! Et de se reprendre : «Mais je ne pourrais m’extraire complètement de la musique. Je songe plutôt à me tourner vers tout ce qui est racines, du terroir, de chez nous, de nos ancêtres, pour la Kabylie, car s’il y a certains qui me découragent, il y a ces autres qui me contrarient dans mon existence que je dois continuer à affronter et m’imposer devant eux».

«Officialisation de tamazight ? Je ne me sens pas reconnu en entier !»

Chemin faisant, Idir balance ce qu’il pense de la dernière officialisation de Tamazight : «On y avait vraiment cru, mais tout compte fait c’est un leurre. C’était réjouissant certes mais pourquoi alors replacer l’arabe plus haut. On veut être des citoyens algériens sur un même pied d’égalité. Je veux une reconnaissance pleine et entière», revendique encore Idir. «Je suis comme ça, je n’insulte personne et je ne veux froisser personne, mais je veux qu’on me reconnaisse comme je suis, en entier». En conclusion, Idir brossera large et touchera à tout et à tous et comme à son habitude sans désigner personne. On a l’impression qu’il parle de Marine Le Pen, de Trump, mais dans son message il pense à beaucoup plus proche de lui, notamment quand il mettra particulièrement en garde contre cette soudaine montée inquiétante du fascisme. Lors des ultimes échanges qu’il a eus dans l’entretien, Idir laisse une place à un concert probable, en présence de toutes ces stars qui partagent avec lui ce CD, à Paris ou à Marseille, après sa sortie sur le marché. «Ce n’est pas exclu. Mais mon rêve c’est de chanter avec cette brochette d’artistes de luxe à Tizi-Ouzou, Béjaïa». Et qu’en pensent les concernés ? «Maxime a dit ‘’on part quand ?’’, Bruel a dit ‘’avec plaisir…’’, mais celui pour qui j’ai peur c’est Aznavour, il a quand même 93 ans». Pour rappel, l’entrevue est à voir ce soir sur Berbère TV à partir de 20h30.

Sandra Nizab.