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L’argent de la Kabylie retourne au Trésor public

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En effet, le retard accusé par la région dans son essor économique n’était et n’est un secret pour personne. Gouvernants et gouvernés s’accordent à dire que la Kabylie frise la zone rouge en matière de régression et de récession économique, à la comparer aux autres wilayas du pays, le fossé est irrémédiable. Les évènements que la région a connu, bons ou mauvais, le seul juge étant l’histoire, ont provoqué d’abord une méfiance chez bon nombre d’opérateurs économiques pour s’y installer, pire les investisseurs sur place et enfants de la région ont pratiquement tous délocalisé leurs unités, hormis les quelques résistants restés à leur corps défendant. Sinon, la région a sombré dans une espèce de désertification économique, avec son cortège d’incidences sociales des années durant. Calme revenant, stabilité en gestation, consensus sur le processus de normalisation et de remise sur les rails de la région, la cagnotte est estimée à plus de 7 500 milliards de dinars pour la relance économique avec un plan d’urgence spécial pour la région de Kabylie. Le dialogue mis en place entre les pouvoirs publics et les délégués du Mouvement citoyen, la confrontation abandonnée, des acquis commençaient à bourgeonner, des élections anticipées tenues dans des conditions saines et sereines. N’empêche que la population n’a pas eu d’engouement : 3 Kabyles sur 7 ont mis leur bulletin dans l’urne. Le mal est profond dans cette région qui se cherche, lassée d’un personnel politique en mal de crédibilité, s’éloignant progressivement des intérêts directs et quotidiens des populations. Sinon, comment expliquer que sur les 7 500 mds de dinars qui devraient être injectés dans les divers circuits économiques de la région, à raison de 1 500 MDS l’année pour la wilaya de Tizi Ouzou, seulement 22% de ce budget sont consommés, représentant 330 MDS de dinars en une année et le reste du budget évalué à 1 170 MDS retournent au Trésor public. Ceux qui subissent les méfaits de cette gestion sont évidemment les populations qui continuent à vivre dans le tourbillon des problèmes inextricables, source de conflits, de violence et de régression tous azimuts. La question qui se pose et qui revient de façon récurrente s’articule autour du rôle des élus aux APC et APW. Laxisme ou considération politicienne et tribale, nos élus ne vont pas jusqu’au bout de leur mission. Les budgets alloués aux communes dans le cadre des PCD restent dérisoires et suffisent seulement dans certains cas à couvrir la masse salariale du personnel de l’APC. Une commune de la wilaya de Tizi Ouzou avec une population de 6 000 habitants ne reçoit que 4 000 000 DA au titre des PCD à répartir sur plusieurs projets. Ce budget dérisoire suffit juste à aiguiser les contradictions locales d’une municipalité et rend impossible et problématique la mission de l’élu. Le rôle de l’APW, non encore maîtrisé par la quasi-totalité des élus et de la population, disculpe cette institution de certaines responsabilités pour que la charge du déficit soit supportée par les maires en contact direct avec les populations. Alors que l’APW est l’institution délibérante et forme une soupape dans la mécanique des demandes et des offres. Les demandes via les fiches techniques des APC, après délibération de l’exécutif et du chef de daïra, l’APW, une institution élue, joue mal sa mission à l’égard du premier magistrat de la wilaya. Cette institution souffrant du code de wilaya, considérant ce code comme loi scélérate, vidant la mission de l’élu de toutes prérogatives, verse en désespoir de cause soit dans une opposition stérile ou carrément certains élus à l’APW jouent la carte de l’allégeance au wali, car se souciant beaucoup plus de sa carrière et dividendes personnels.

Ces crises récurrentes entre les élus APC, APC-APW, APW-wali n’ont droit de citer qu’en Kabylie, on s’interroge pourquoi sous d’autres cieux la cohésion dans la diversité fonctionne bien et assure un développement harmonieux. Toute la problématique se situe autour de la politisation outrancière de la fonction d’élu et qui va à contre-sens des attentes des électeurs, des populations. C’est un constat gravissime que de relever que seulement 22% du budget annuel est consommé dans la wilaya de Tizi Ouzou. Ce n’est guère étonnant de voir l’APC de Tizi Ouzou faire face à la coupure d’électricité pour non-paiement de factures des années durant, estimées à des milliards ou encore l’opération “Ville propre” annoncée en grande pompe pour la ville de Tizi Ouzou, rien ne vient au bout du tunnel, Tizi reste une ville-poubelle. Sans parler du bitumage des axes routiers urbains et

inter-urbains qui restent les éternelles revendications des populations. Nos institutions élues se doivent d’un minimum d’engagement serein au service des électeurs, toutes tendances confondues, à défaut d’avouer défaite et laisser place à un personnel politique qui serait plus conséquent dans son mandat.

Les échéances de 2007 qui verront d’intenses bousculades avec une pléiade de listes donneront peut-être plus de chances à nos APC et APW de vivre mieux leur développement, lequel développement a déserté la Kabylie des années durant.

Khaled Zahem