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Ramadan, niveau de vie et errements des mécanismes économiques : Le diable par la queue

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A quelques heures du début du mois de Ramadan, la majorité des Algériens n’ont pas le souffle nécessaire pour procéder à l’établissement des comptes que les dépenses du mois sacré vont réclamer de leurs maigres bourses.
Pratiquement aucun produit alimentaire n’a échappé à la courbe exponentielle des prix qui a montré déjà ses lourdes tendances depuis quelques mois.
Mieux, ou pire, la pomme de terre a commencé sa folle course depuis Ramadan 2006, et ne compte apparemment pas, s’arrêter en si bon chemin. En tout cas, les spéculateurs, flairant les affaires là où elles se trouvent, ont été dans ce cas de figure, plus ‘’pragmatiques’’, plus opérationnels, que nos structures bureaucratiques budgétivores qui ont mis un temps fou pour tenter de donner une explication à la cherté du tubercule le plus sollicité par les catégories sociales modestes du pays.
Pour ce qui est de la viande, on aura vu de toutes les couleurs. Le poulet éviscéré a atteint des prix incroyables deux semaines avant le début du mois de jeûne, soit 390 dinars le kilo. Dans un excès d’imagination qui ne doit rien au hasard, nos importateurs de viande rouge viennent de découvrir la ‘’route de la soie’’ et ont pour terre de provenance l’Inde. Tout, ou presque, a été dit sur la viande de buffle indien. Depuis l’envoi de médecins vétérinaires pour vérifier in situ la qualité de la viande, l’abattage et l’estampillage, jusqu’au contrôle sanitaire confié à l’institut Pasteur d’Alger.
Décidément, le mois de Ramadan est devenu le laboratoire grandeur nature de toutes les turpitudes et de tous les errements auxquels est réduite l’économie nationale. Face à une demande à l’élasticité quasi infinie, l’offre montre une raideur à toute épreuve. Et pour cause. La demande ne peut fouetter l’offre que dans des cas précis où les mécanismes économiques liés à l’investissement et à l’augmentation de productivité auront trouvé leur pleine expression.
Devant une situation aussi figée que celle dans laquelle évolue l’économie algérienne, ce sont les distorsions sociales qui connaissent leurs plus beaux jours. Il faut dire que, c’est avec ses petits excès de bombance, que le mois de jeûne a pu mettre nettement en relief, le terrible fossé entre le portefeuille du travailleur algérien- du chômeur, faisons table rase !

Et les prix du marché

La faiblesse du pouvoir d’achat dans notre pays a fait l’objet de plusieurs études et analyses. Une journée d’études a été consacrée en 2007 à ce sujet par trois personnalités de premier plan, MM. Hamiani, Benachenhou et Benbitour, sur initiative du Forum des chefs d’entreprises (FCE). La faiblesse du pouvoir d’achat y est apparue comme une réalité voire un truisme qui n’a pas besoin d’analyse approfondie par le système de “panier’’ pour sa mise en évidence. L’explication de son origine n’a pas non plus fait l’objet de divergences remarquables entre les intervenants. Tout le monde s’accorde que c’est le déficit en production, et surtout en productivité de l’appareil économique algérien qui est derrière cette situation qui fait que le travailleur algérien ‘’tire le diable par la queue’’. La chaîne des causalités ne s’arrête pas là puisque les efforts tendus vers plus de production-donc vers plus d’emplois et de plus-value sociale-sont malheureusement contrariés par le climat d’investissement dans notre pays. L’accès au foncier et au financement bancaire, l’encadrement juridique et administratif des dossiers d’investissement et d’autres obstacles parfois infranchissables ne cessent de freiner l’élan d’investissement. Des organismes internationaux ont mis à l’index le climat des affaires dans notre pays, et cela indépendamment des conditions sécuritaires lesquelles, il y a quelques années, pouvaient servir d’argument-massue.
Aujourd’hui, le constat de tout le monde, à commencer par les travailleurs pour lesquels la Tripartite a consenti un rehaussement de salaire en décembre 2009, est que les augmentations de salaire sont un cautère sur une jambe de bois. Pire, elles ont même alimenté une partie du mouvement inflationniste. Dans une telle spirale où l’on se mord la queue à vouloir continuer à nier les évidences, aucune partie ne sort gagnante si ce n’est les réseaux spéculatifs et mafieux qui tiennent en otage l’économie nationale.

Amar Naït Messaoud