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Commentaire : Un mouton pour la dignité

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Avec la pudeur et l’humour de ceux qui n’aiment pas s’étaler sur les gymnastiques impossibles qu’il faut pour gérer une famille de six personnes avec un salaire mensuel de 17 000 DA, Madjid veut rester digne. Pas question de se considérer comme pauvre. Et pourtant, en accumulant les dépenses incompressibles, comme l’électricité l’eau et les dépenses de scolarité de ses quatre enfants, la marge qu’offre le salaire pour l’alimentation est faible, très faible. On mange chichement, madame faisant dans l’ingéniosité pour rendre varié un menu fait invariablement de pâtes, de patates, de lait et de pain….La viande rouge est rare, le poulet occasionnel et les sardines de temps à autre. Madjid ne se sent pas pauvre car il y a dans son entourage des familles qui sont dans une situation plus dramatique et qu’ils ne mangent pas à leur faim. Pour lui, c’est une façon de cultiver un ascétisme conforme à son revenu, à ne pas chercher à aller au-delà de ses moyens. Il s’est pourtant forcé durant le Ramadan, en raclant dans une petite épargne de15 000 DA qu’il avait décidé d’oublier dans un carnet CNEP pour  » on ne sait jamais », les coups durs ou des besoins exceptionnels.  » C’est pas bon que les enfants se sentent plus pauvres que les autres. C’est vrai que beaucoup de voisins ont plusieurs salaires mis en commun mais cela ne sert à rien de tenter de l’expliquer aux enfants. On est une famille  » moyenne « , et on doit veiller à ce qu’on le reste. Dépenser un peu durant le Ramadan était nécessaire pour que les enfants ne se sentent pas complexés. Mais depuis quelques jours, notre Madjid hésitait au sujet du mouton. Il pensait qu’il allait devoir s’en passer. Mais les voisins ont commencé à acheter et les enfants attendent qu’ils aient leur mouton. Il a fini par céder en allant épuiser les dernières économies toujours à la CNEP. Son mouton pas très grand, il l’a payé à 19 000 DA. Il a négocié les enfants sont contents. Il sont mis le henné au mouton. Madjid se dit dépité qu’on ne doit pas penser à après- demain quand on ne peut pas assurer demain. Pour le mouton, il l’avoue. Ce n’est pas seulement pour faire plaisir aux enfants, même si c’est une bonne raison. Ce n’est pas non plus pour de pures motivations religieuses, même si cela est très présent. Des Madjid, il y’en a à la pelle dans ce pays.

Ferhat Zafane