Accueil Évènement «Bouchouareb avait des idées diaboliques»

Achaïbou, Rebrab et Imin Auto témoignent

«Bouchouareb avait des idées diaboliques»

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Au terme de l’audition du patron de l’ETRHB, Ali Haddad, sur le «financement occulte» de la campagne de Bouteflika, le président de l’audience, Lakhdar Châaïchia, appelle à la barre les cadres du ministère de l’Industrie, accusés, avec les ministres et hommes d’affaires, dans le dossier du montage automobile. Le juge a surtout cherché à savoir pourquoi et comment ont été exclus trois investisseurs dans le cadre des projets de montage automobile, notamment Achaïbou, Rebrab et le turc Imin Auto.

Les trois entrepreneurs se sont d’ailleurs constitués partie civile dans ce dossier, estimant avoir été lésés. Le premier à être auditionné est Amine Sellami, cadre au ministère de l’Industrie. Ce dernier révèle devant le tribunal qu’«il était impossible aux investisseurs d’accéder au bureau du ministre, Abdeslam Bouchouareb». Et de préciser que «tous les dossiers étaient déposés chez la secrétaire» et que celle-ci était «instruite par le ministre de ne pas accuser-réception des dossiers». «J’ai, en effet, rencontré Achaïbou au ministère, je l’ai accompagné jusqu’au bureau de l’ordre pour y déposer son dossier», poursuit Sellami qui récuse au passage avoir reçu des ordres de Sellal contre un tel investisseur.

Puis vint le tour de l’autre cadre du ministère, Omar Agadir, qui affirme avoir reçu Achaïbou : «Je l’ai informé que son dossier était acceptable du point de vue juridique et technique (…) Quelques jours plus tard, j’ai demandé à Amine Tira de m’éclairer sur le sort du dossier de Achaïbou, d’autant plus que la première liste des opérateurs était validée sans lui (…), je l’ai également informé que les Coréens voulaient travailler avec lui car, ils nous disaient, il est sérieux (…) Mais l’agrément de Kia a été accordé à Larbaoui sans que je saches pourquoi».

Appelé à s’expliquer sur les conditions avec lesquelles il a obtenu l’agrément pour le montage de la marque Kia, Larbaoui dira au juge : «Achaïbou n’était pas intéressé par le montage, il préférait continuer dans l’importation, voilà pourquoi, je suppose, on ne lui a pas délivré l’agrément». Le juge fait appel à Achaïbou qui explique : «En effet, j’ai rencontré Larbaoui pour discuter du projet, mais ce dernier m’a proposé d’être son agent, chose que j’ai refusée car je suis plus expérimenté que lui dans le domaine (…)

Les Coréens m’ont informé ensuite que les autorités algériennes leur avaient demandé de ne pas traiter avec moi (…) Monsieur le juge, Bouchouareb faisait des trucs diaboliques». «En 2014, Bouchouareb commençait déjà à détruire les investisseurs algériens, notamment ceux qui ne marchaient pas dans ses combines», a-t-il encore déclaré, et d’indiquer au tribunal qu’il avait «écrit aux Premiers ministres, Sellal et Ouyahia, sans qu’ils ne daignent me répondre».

«On nous a demandé de régler les litiges politiques»

De son côté, le représentant de la société turque Imin auto, également partie civile dans l’affaire, a déclaré au tribunal que «l’entreprise a perdu 75 millions de dollars investis après avoir reçu le permis de construire l’usine de montage de véhicules et bus, et pas moins de 12 millions de dollars de taxes douanières payées lors de l’importation de la chaîne de fabrication, avant d’être exclue de la liste des opérateurs autorisés à lancer les projets de montage».

L’audition d’Omar Rebrab, en tant que partie civile dans l’affaire, a été un véritable réquisitoire contre les ministres accusés dans le dossier de montage automobile. De prime à bord, il accable Oulmi et Bouchouareb en dénonçant le fait que «Oulmi a acheté une villa à Hydra pour Bouchouareb en vue d’obtenir son agrément de montage automobile». Et de poursuivre : «J’étais surpris par le fait que toutes les marques automobiles que nous détenions ont été octroyées à Larbaoui et Tahkout alors qu’ils n’ont aucune expérience dans le domaine, contrairement à nous qui avons 17 ans d’expérience avec ces marques».

«Pourquoi on vous a refusé les agréments», demande le juge. «Ils m’ont demandé de régler d’abord tous les litiges avec le gouvernement algérien, et tous nos projets d’investissement ont été gelés à cause de ces litiges politiques», rétorque Omar Rebrab.

M. A. T.