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AKLI ABDOU, maire FLN de Haïzer

«Faire de la commune un pôle touristique !»

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Haïzer est une commune de haute montagne de 22 000 habitants, qui s’étend sur une superficie de 84 km². C’est une étape incontournable pour se rendre à Tikjda. Bien qu’elle soit à vocations agricole et touristique, ces deux secteurs sont malheureusement à la traîne à Haîzer. C’est ce qu’a indiqué son P/APC, Akli Abdou, qui expose dans cet entretien le bilan des deux années passées à la tête de cette commune.

La Dépêche de Kabylie : Haïzer peine à sortir de son marasme. Quelles en sont les causes, selon vous ?
Akli Abdou : A mon arrivée, en décembre 2017, à la tête de la commune, j’ai trouvé une situation catastrophique. Elle n’arrivait même pas à faire entrer dix millions de centimes dans ses caisses par année et était redevable de plus de six milliards de centimes. C’est énorme ! On peut dire qu’elle souffrait d’une mauvaise gestion.

D’ailleurs, rien que pour la période allant de 2009 à 2017, elle avait cumulé six milliards de dettes envers des fournisseurs, pour des projets… La preuve qu’il existait une négligence dans la gestion. Cette situation nous a pénalisés avec des débits d’office ainsi que des décisions de justice. Nous avons aussi recensé plus d’une cinquantaine d’affaires de débits d’office. De ce fait, la commune a longtemps patiné, en l’absence de ressources financières, en plus des dettes, ce qui nous a freinés.

Certains citoyens ont le droit de nous critiquer, car ils ne savent pas dans quel état nous avons trouvé la commune. Mais avec de la bonne volonté et la disponibilité des pouvoirs publics, nous avons apporté des améliorations non négligeables dans certains secteurs. Il faut savoir que nous œuvrons uniquement pour le bien des citoyens et notre objectif est de rattraper les retards constatés dans plusieurs secteurs que nous avons fixés comme prioritaires. Ainsi, l’AEP, les pistes et l’assainissement sont, entre autres, les chantiers auxquels nous nous sommes attaqués.

Où en sont les chantiers que vous avez lancés ?
Concernant le secteur des travaux publics, au cours de ces deux dernières, nous avons décrochés 15 projets avec 13 pistes en béton bitumé ainsi que deux dalots qui enjambent l’oued Tassala. Il demeure quelques pistes que nous allons inscrire prochainement. Pour le secteur de l’hydraulique, très sensible à Haizer, la commune a bénéficié de 13 projets, 6 pour les conduites d’AEP, deux pour l’assainissement et un forage en cours de réalisation, au village Tikboucht, pour renforcer le réseau d’AEP.

C’est un village qu’on arrive à alimenter une fois tous les dix jours. Donc, le forage mettra un terme à la souffrance de la population. Toujours pour ce village, nous allons réaliser un réservoir de 500 m3. Le choix du terrain a été fait. Deux autres réservoirs sont programmés : l’un à Ighil Zougaghen et l’autre à Slim. Ce qui fait en tout trois réservoirs. D’autre part, la ville de Haizer, la cité Benai, le village El-Mehsar et la bourgade El-Meroudj sont alimentés à partir du barrage de Koudiet Acerdoune.

Ces quatre localités sont désormais à l’abri du spectre de la soif avec de l’eau un jour sur deux. Nous ne sommes pas encore parvenus à une distribution H24 à cause de la pression à l’intérieur des canalisations, qui rompt la tuyauterie. Alors, on doit attendre que la nouvelle conduite se stabilise pour le réservoir de 1000 m3, qui alimente ces quatre localités, soit à peu près 30% de la population de Haizer.

On a également préparé un dossier pour refaire le captage de la source Aghbalou, qui alimentait auparavant Haizer, car il y a une grande fuite. Mais le montant de 15 milliards de centimes pour réaliser les travaux dépasse de loin nos moyens. Au chef-lieu de la commune, nous étions à chaque ondée confrontés aux problèmes des inondations, et ce depuis 2002 à l’exemple de la cité Abedou. Cette année, nous avons décroché un projet, en cours de réalisation, pour soulager les riverains.

Qu’en est-il du volet aménagement ?
En ce qui concerne le volet aménagement, nous avons concentré nos efforts sur Tikboucht, dernier village agricole à l’échelle nationale. Le premier volet a été achevé, après le goudronnage des artères, la réfection des trottoirs, des avaloirs…, alors que le second est en voie d’achèvement. Également, un mur de soutènement, qui menaçait de s’effondrer, à l’intérieur du village, a été pris en charge. Une commission de wilaya s’est déplacée sur les lieux pour constater le danger.

Dès lors, nous l’avons démoli et reconstruit. Toujours au sujet de l’aménagement, une entreprise a été choisie, récemment, pour refaire l’ensemble des tombes en marbre du cimetière des chouhada. Une enveloppe prélevée sur le budget communal de 350 millions de centimes est réservée à cette opération. Quant à la route menant de Tikboucht à la commune d’El-Esnam, elle nécessite quelques réfections à cause des engins et des camions qui y passent pour le contournement de la ville de Bouira.

A cet effet, nous avons demandé aux autorités de wilaya de saisir l’entreprise chargée des travaux, afin qu’elle procède à la remise en état de ce tronçon. Pour l’énergie, Haizer a bénéficié du gaz naturel au niveau de trois localités, en l’occurrence : Ras Touila, réalisé et opérationnel, Izemourene, également opérationnel. Pour le village Aïn Alouane, l’opération est en cours et les services de la Sonelgaz viennent de délivrer l’autorisation pour l’entame des travaux. Nous avons également réalisé des études au profit de huit localités, lesquelles ont été transmises à la Sonelgaz. Pour l’électrification rurale et le gaz de ville, à travers la commune, on peut dire qu’ils sont de l’ordre de 100%.

A quand la relance de l’agriculture dans la région ?
La commune est certes à vocations agricole et touristique mais, malheureusement, l’agriculture patine. J’avais pris attache avec l’ancien wali, avant son départ, lequel m’avait promis d’inviter les ministres de l’Agriculture et des Ressources en eau pour l’éventuelle irrigation des terres de la région. Rien qu’entre Haizer et Taghzout, il y a plus de 3 000 ha irrigables. Une superficie non négligeable.

J’espère que le nouveau wali sera également à l’écoute de nos doléances. Pour développer l’agriculture, il nous faut un périmètre d’irrigation. Nous avons toutefois décroché quatre projets de pistes agricoles dans les secteurs des forêts et de l’agriculture. Trois ont été réalisées et une est en cours de réalisation, afin de désenclaver un peu quelques zones rurales.

Le transport scolaire est également un des problèmes majeurs à Haïzer…
Je tiens d’abord à souligner que dans le volet de l’éducation, on a la cantine de l’école primaire Lakhdar Karjouj, dont les travaux n’ont pas encore été lancés. Le problème se situe au niveau de la Direction de l’éducation. Toutes nos écoles sont dotées de cantines sauf celle-ci. Pour ce qui est du transport scolaire, nous l’assurons pour le moment aux élèves d’une école du centre-ville. C’est certes une petite distance mais par mesure de sécurité, nous avons préféré que le trajet se fasse par bus.

En outre, l’année dernière, nous avons loué des bus auprès de transporteurs privés, mais nous ne les avons pas encore payés. L’Etat avait promis une enveloppe dans ce sens, mais on n’a toujours rien reçu. Donc, cette année, nous avons inclus le transport scolaire dans le budget communal bien qu’il soit déficitaire. Pour cela, nous ne pouvons assurer que trois lignes avec les bus de la commune, en direction d’Aïn Alouan, qui est éloigné du chef-lieu, El Aâch Oufalkou ainsi que Touila.

C’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment. Nous avons demandé deux bus supplémentaires et le recrutement de quatre chauffeurs. Si on nous les accorde, je pourrais satisfaire toutes les localités de Haizer. On attend aussi la réponse du ministère. Il faut savoir que nous disposons de quatre bus, dont un sans chauffeur.

Et le tourisme ?
Mon plus grand souhait est de faire connaître la région et faire travailler nos jeunes. Notre commune ambitionne de devenir un pôle touristique et j’avais même un projet en tête pour lequel, j’ai saisi le ministère du Tourisme. Il s’agit de la réhabilitation des écoles abandonnées, en haute montagne, depuis l’Indépendance. Je voulais les transformer en auberges ou gîtes de montagne pour attirer les nombreux touristes visitant la région.

Il y a également un local appartenant au domaine des travaux publics à Aïn Alouane pour lequel, j’ai formulé une demande au DTP, qui l’a mis à la disposition de l’APC. Nous avons aussi demandé aux services des Domaines d’entamer la procédure de transfert, afin de réaliser une auberge. Nous lui établirons une fiche technique pour l’aménager en une structure pour les jeunes et les touristes. Cela ne manquera pas de créer une dynamique. C’est tout ce que nous avons pour le tourisme à Haizer, malgré la proximité de la station climatique de Tikjda et la RN33 avec les milliers de visiteurs qui l’empruntent.

Entretien réalisé par Hafidh Bessaoudi