Accueil Évènement «Il faudra gagner la bataille de la distribution»

BERZOUG AMAR, directeur de l’ADE de Tizi Ouzou

«Il faudra gagner la bataille de la distribution»

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Amar Berzouk
Amar Berzouk

La crise d’eau est due au problème des installations des réseaux de distributions et non à un problème de ressource ou de production
de la denrée vitale qu’est l’eau. C’est du moins ce qu’explique le directeur de l’ADE locale, Berzoug Amar, qui estime que la bataille de la production est gagnée en attendant celle de la distribution.

La Dépêche de Kabylie : Peut-on avoir un aperçu sur l’état des lieux en matière de distribution de l’eau dans la wilaya ?
Amar Berzoug :
Actuellement, nous sommes en difficulté, parce que nous avons subi pas mal d’incidents qui nous ont créé beaucoup de retard dans le fonctionnement des installations. Quand ces dernières ne fonctionnent pas en continu, ça nous crée des retards. Durant l’Aïd, la distribution fut plus ou moins stable, à part pour quelques régions où nous avons eu des problèmes relatifs au réseau électrique au niveau de la station de Koudiet Asserdoun, ce qui a provoqué une perturbation au niveau des daïras de Draâ El Mizan et Tizi Gheniff. L’accumulation de tous ces retards a perturbé un peu le travail dans toute la wilaya, notamment au niveau du flanc Nord, où nous avons enregistré beaucoup d’incidents liés à la mise en service de la nouvelle conduite. On a eu beaucoup d’arrêts des installations. C’est ce qui explique la manifestation de la population d’Azeffoun, puis encore celle de Timizart (village Abizar), aujourd’hui (Ndlr hier), qui ont fermé le réservoir d’Ighil Ath Djenad desservant cette région. Nous avons aussi des habitants d’Aït Yahia Moussa qui nous ont fermé la station pour une histoire de conduite de refoulement abimée. Nous œuvrons pour stabiliser la situation dans les prochains jours, les températures tendent à baisser ce qui est aussi positif et en notre faveur. Il faut signaler que nous avons passé une saison estivale plus ou moins houleuse, mais on a pu éviter les problèmes des maladies à transmission hydrique. Malgré le manque de moyens et la situation critique de notre unité, nous essayons de maintenir le cap afin de satisfaire la demande de la population.

Quelle est l’origine de cette crise d’eau récurrente dans la wilaya ? Pourquoi des mesures ne sont-elles pas prises pour en finir avec ce problème ?
On ne peut pas parler actuellement de crise d’eau à Tizi-Ouzou, car il n’y a pas réellement de manque d’eau. Le problème est lié seulement aux installations des réseaux de distribution. Il y a des réseaux obsolètes réalisés dans le cadre des PCD, des comités de villages. Ces derniers nécessitent des mises à niveau. À chaque fois que l’occasion m’est donnée de parler avec des comités de villages, je leur demande de ne pas oublier que le problème de l’eau n’est pas une affaire de conjoncture, mais une affaire de pérennité. Les gens manifestent en été, mais les problèmes, il faut les situer et les régler dans des conjonctures plus sereines que l’été. En tant que service, on ne peut pas parler de solution, on est en train de faire le pompier. L’essentiel c’est d’arriver à alimenter les gens. Prenons le cas de Bouzeguène, ils sont alimentés depuis une source, mais il y a le projet d’alimentation depuis le barrage de Tichy-Haff, c’est la solution pérenne. La partie refoulement à partir de ce barrage est terminée, la partie gravitaire est en cours de réalisation. Les solutions vont venir. Il faut juste insister sur les mises à niveau. Je l’ai dit plusieurs fois, il faut apprendre à faire nos plans de refoulement et essayer de l’améliorer. Les gens qui sont bien situés n’ont pas de problèmes d’eau. Ce problème est aussi lié directement à la topographie : Dans un même village, les gens du haut sont moins alimentés que ceux du bas. En ville aussi, les points hauts en pâtissent toujours et ça crée des mécontentements. Ces problèmes liés aux installations des réseaux, on doit les regarder de près. Chacun dans son village et sa commune, pour trouver des solutions pérennes. On doit arriver à stabiliser nos réseaux pour que ça fonctionne correctement.

En matière de ressource, combien en produisons-nous et à combien sont évalués les besoins de la wilaya ?
Nous produisons actuellement entre 270 000 m3 et 300 000 m3 par jour. Quand on prend la dotation de la wilaya qui est 220 litres par habitant, c’est beaucoup d’eau, mais il y a tellement de problèmes d’équipements qu’on trouve des gens qui n’en ont pas. Le phénomène de l’été c’est aussi la surconsommation. La wilaya reçoit un peut plus de 50% de gens en plus, surtout au niveau de la façade maritime. C’est pour ça que le manque devient accru. Mais rien n’empêche, on a suffisamment de ressources pour subvenir aux besoins de cette population. Malheureusement, comme je l’ai expliqué, on a ce problème des installations. La bataille de la distribution de l’eau n’est pas gagnée. Que ce soit au niveau des villages ou en ville au niveau des quartiers qui souffrent. C’est une autre bataille, celle de la production on l’a gagnée, reste celle de la distribution. C’est l’affaire de tous.

Les déperditions d’eau et les fuites, un problème qui s’est posé beaucoup dans un passé récent, qu’en est-il aujourd’hui ?
On n’a pas de problème fuites. Au niveau du barrage Taksebt, cela fait deux ans que la fuite a été prise en charge par les services de l’ANBT. Concernant nos réseaux, il faut savoir que l’ADE subit toutes les réalisations, comme les réseaux réalisés dans le cadre de l’amélioration urbaine, etc. Je citerai l’exemple du pôle d’excellence ! À peine mis en service, nous sommes en train d’intervenir sans arrêts là-bas. Il faut dire que la responsabilité est partagée. Pour en revenir aux fuites, le taux de celles dans nos réseaux ne dépasse pas les 20%. Certains exagèrent sur ce sujet, allant jusqu’à dire que nous perdons 50% de nos ressources. Si c’était le cas, on ne pourrait jamais les récupérer. Le taux est de 20% et on essaye de le réduire.

Vous expliquez comment les disparités dans la distribution ?
Des fois, on est montrés du doigt par rapport à cette iniquité. Nous cherchons toujours à établir des programmes équitables pour satisfaire la population. Cela dépend aussi de la production de chaque chaîne. J’insiste encore une fois, c’est le cumul des retards et des pannes qui a fait que nous nous subissons ces disparités.

Les régions les plus défavorisées ?
On a M’Kira, que l’ADE va reprendre, la daïra de Mekla surtout au niveau d’Aït Khellili et Souama. On a aussi des phénomènes de bouchons de calcaire à Souk El Tenine, Maâtkas et Azeffoun. On est en cours de finalisation du programme d’urgence de l’ancien ministre, et il y a aussi le barrage de Souk n’Tléta et d’autres projets qui pourront améliorer la situation.
Entretien réalisé par K. H.