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HYDROCARBURES - Colère des syndicats et désapprobation des universitaires

La nouvelle loi adoptée par le Conseil des ministres

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L’avant-projet de loi sur les hydrocarbures, qui a été examiné et entériné hier par le Conseil des ministres, a suscité la colère de la population et des syndicats de différents. D’ailleurs dès la matinée une manifestation citoyenne dénonçant cet avant-projet a été organisée devant le parlement. A signaler également que le projet de loi de finance de 2020 a été également entériné avec le maintien de la TVA à 19% et le retour de l’autorisation d’importation de véhicules de moins de trois ans.

Mais sur la place publique, c’est la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui suscite le plus de réactions et de réserves. «Ce n’est pas le moment d’adopter une nouvelle loi sur les hydrocarbures», a indiqué, hier, le Directeur du laboratoire de valorisation des hydrocarbures à l’École polytechnique d’Alger, le professeur Chems Eddine Chitour. Le professeur estime que «le moment n’est pas opportun, et cette loi qui donne l’impression d’être faite hâtivement, n’a pas lieu d’être». «On ne peut pas élaborer une loi qui engage l’avenir du pays tout entier, au pied levé. Il faut d’abord engager une réflexion dans le calme et la sérénité, pour se projeter sur l’avenir du pays d’ici 2030 et 2050», a-t-il indiqué, lors de son passage, hier, sur les ondes de la chaîne III de la radio nationale.

Il explique que l’énergie ne représente qu’un sous-ensemble d’une stratégie globale visant à développer le pays, alors que «nous n’en prenons pas le chemin», a-t-il regretté. En outre, le plus grand reproche que fait le Pr. Chitour à cette loi sur les hydrocarbures, c’est le problème de la concession qui est, selon lui, une sorte de dépossession. «Vous donnez à une société étrangère la possibilité d’exploiter comme elle veut, à son rythme, ad vitam Aeternam, une parcelle de terre. Cela veut dire qu’elle ne nous appartient plus, et d’une certaine façon c’est un déni de souveraineté», a-t-il ajouté. «Jusqu’à présent, la vision des gouvernants était de maximaliser la rente, ça ne les intéresse pas de travailler dans l’aval, c’est surtout l’amont. Faire en sorte qu’on puisse forer et ramener des devises», a-t-il déploré.

Par ailleurs, et en ce qui concerne le déficit financier de l’Algérie, le professeur a tenu à affirmer que ce dernier se creuse d’année en année, se situant, cette année, autour des 68 à 70 milliards de dollars. Il prévient que «d’ici 2021 à 2022, le pays sera à court», car le prix du baril de brut aurait peu de chance de regagner le sommet qui est estimé à 175 dollars, pour permettre de rééquilibrer le budget. L’intervenant regrette que le pays soit arrivé à ces extrêmes, et explique cela par le fait qu’à partir des années 80, le pays a perdu sa faculté d’innovation. Le Pr. Chitour estime qu’il est impossible pour l’Algérie d’être financièrement à l’aise, d’ici deux à trois années, prévenant que «cette situation nous mènera à un retour au FMI», qui prévoit comme conséquences la «négation du social», déplore-t-il.

Évoquant, par ailleurs, le projet de lever les restrictions sur l’importation des véhicules de moins de 3 années, le professeur Chitour estime que cette décision est une erreur et fait de l’Algérie la poubelle des véhicules européens. «Actuellement, il y a une mutation mondiale qui va vers une économie dé-carbonée, c’est-à-dire opter pour une neutralité carbone, mais nous, malheureusement, nous y allons».

L. O. CH