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Entretien avec Hayet Aït Lounis

«La vie est belle ! Il suffit d’oser !»

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Dans cet entretien, elle revient sur son parcours qui la fit hériter du prix 2020 de la meilleure boulangère d’Afrique, son séjour en Côte d’Ivoire, du 24 au 30 janvier, et toutes ses émotions.

La Dépêche de Kabylie : Vous venez de décrocher le prix de la meilleure boulangère d’Afrique. Vous y attendiez-vous ?
Hayet Aït Lounis : J’avoue que je ne m’y attendais pas tellement. Mais avoir été élue meilleure dans mon pays, c’est déjà une prouesse que je prends comme un prix, que je dédie, d’ailleurs, à toutes les femmes algériennes, les kabyles en particulier, elles qui vivent dans des conditions difficiles sur des reliefs abrupts.

Comment tout a commencé ?
J’ai suivi des stages en gâteaux traditionnels et viennoiserie principalement à l’INBP, mais c’est grâce à Baking-Center Lesaffre que je me suis perfectionnée. Et ce sont aussi ses responsables qui m’ont incitée à présenter ma candidature. L’inscription s’est faite par Internet. Les organisateurs, ayant visité une dizaine de boulangeries à travers les 48 wilayas du pays et pris des vidéos, ont demandé aux internautes de voter pour désigner le meilleur boulanger. Et j’en suis sortie première. Je le répète : c’est déjà une consécration.

Parlez-nous du déroulement du concours…
Succinctement : les organisateurs m’ont facilité les choses jusqu’à me faire accompagner par un neveu. C’est à 2h30 du matin qu’on arriva à l’aéroport d’Abidjan où on nous attendait pour nous mener au Golden Hotel. L’accueil fut chaleureux. Le lendemain, on me présenta dans le laboratoire où nous attendaient les membres du jury. Je retirai de mon cabas les ingrédients qui me serviraient à faires mes brioches aux dattes et la semoule d’orge des Ath Djennad pour faire mon pain orné du dessin d’une tresse de chevelure d’une fillette kabyle. Mes yeux tournés vers mon pays ont certainement fait cesser les tremblements de mes mains.

Quelle chose vous a arraché des larmes en entendant votre nom ?
Quand j’ai entendu mon nom résonner dans la salle, j’ai fermé un instant mes yeux et j’ai vu défiler mon pays, ma Kabylie puis les visages de ma mère, mon père, mon frère et mes sœurs. Et puis j’entendis un tonnerre d’applaudissements. J’étais comme emportée sur un nuage. Ce fut réellement un moment de pur bonheur que d’offrir cette distinction à l’Algérie tout entière.

Aghribs est ébloui. Que diriez-vous ?
Je sais que le village en tire une fierté, mais les réactions sur les réseaux sociaux, des Aït Lounis jusqu’aux Sadi, et l’accueil qui m’a été réservé étaient loin de mes attentes. Permettez-moi de les remercier vivement à travers les colonnes de votre journal. Ce sont des moments inoubliables.

Le message que vous adressez aux femmes est fort. Que leur diriez-vous encore ?
Voyez grand et ne reculez devant rien. Puisque la vie ne fait pas de cadeaux, faites un cadeau à votre vie !

Vos projets ?
Je compte et souhaiterais avoir une belle boulangerie dans une grande ville où je pourrais accueillir toutes les jeunes filles qui, j’espère, me surpasseront.

On vous laisse le soin de conclure…
En m’offrant les colonnes de votre journal, vous adressez aussi un message aux femmes. Merci encore une fois. Il y a de belles choses à faire dans notre pays, il suffit d’oser et de se dire chaque matin que la vie est belle.

Entretien réalisé par A. B.