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Tizi-Ouzou - L’agriculture entre chiffres et réalité du terrain

L’autosuffisance alimentaire reste à concrétiser

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Dans la wilaya de Tizi-Ouzou, au relief sévèrement accidenté puisque 80% des terres sont situées en pente de plus de 12%, le défi de l’autosuffisance alimentaire tient à cœur les responsables du secteur de l’agriculture et constitue un objectif à atteindre, sachant que la wilaya a une superficie totale de 2 958 km² pour une population de plus de 1,15 million d’habitants.

La surface agricole cultivée est de 98 842 ha, soit 33 % de l’ensemble de la surface agricole qui est de 258 253 ha. La surface irrigable est de seulement 8 344 hectares, soit 8 %. A signaler aussi que 97% sont des terres qui relèvent du domaine privé.

Les ressources hydriques sont importantes, puisque la wilaya dispose de 4 barrages, 75 retenues collinaires, 99 forages, 1 221 puits, 218 fils d’eau et 301 sources, mais la superficie irriguée reste faible, elle est de 7 701 hectares sur les 8 344 ha possibles. Pour ce qui est des structures de valorisation et de transformation, la wilaya jouit de 3 abattoirs et de 11 tueries d’une capacité totale de 460 têtes/ jour.

La wilaya possède également 7 abattoirs et 13 tueries avicoles, d’une capacité de 17 100 têtes/heure. En oléiculture, Tizi-Ouzou possède 450 huileries dont 116 de type moderne. Elle dispose également de 85 chambres froides, 32 laiteries, 19 centres de collecte et 192 collecteurs de lait qui collectent plus de 110 700 litres par jour. Ce qui place la wilaya en pôle position à l’échelle nationale en matière de production de lait.

167 000 quintaux de céréales produits en 2017/2018

En matière de production, la wilaya a connu une nette progression lors de la campagne 2017/2018. Concernant les céréales, la production fut de 167 000 quintaux, avec un rendement de 22 quintaux à l’hectare. La production de légumes secs n’était hélas que de 9 975 quintaux pour un rendement de 13 quintaux à l’hectare.

Pour les fourrages, 3 millions de quintaux ont été produits. Toujours selon les chiffres de la direction des services agricoles, en 2018, la wilaya a produit 221 880 quintaux, soit 276 quintaux à l’hectare. En agrumes, quelque 504 500 quintaux ont été produits. En oléiculture, 13,4 millions de litres d’huile d’olive.

En matière de production animale, la wilaya dispose de 94 360 têtes de bovins, dont 40 669 vaches laitières. 91 916 quintaux de viande rouges ont été produits. Dans la filière ovine, la wilaya totalise 120 300 têtes, dont 47 382 brebis.

Sont également recensés 40 377 caprins, dont 19 527 chèvres. En apiculture, Tizi-Ouzou compte près de 11 600 ruches, pour une production de 2 640 quintaux. En aviculture ponte, la wilaya dispose de 748 835 sujets, pour une production totale de 153, 8 millions d’œufs. Le poulet de chair est fort de plus de 9 millions de sujets. La wilaya connaît aussi des élevages de lapins, de dindes, de cailles et de poulardes, mais la production reste faible.

A signaler que la production de la wilaya en huile d’olive a augmenté par rapport à la saison 2016/2017. En revanche, la production en lait durant la même période a diminué de 18%. Le même constat a été établi dans la production de viandes rouges, où une diminution de 18% a été enregistrée. En matière de viandes blanches, c’est une baisse de 10% qui a caractérisé la campagne 2017/2018. Pour booster le secteur de l’agriculture, la direction concernée prévoit des investissements et des projets pour augmenter la production.

Des investissements dans le cadre du FNDR

Dans le cadre du développement des zones de montagne, sur le fonds national de développement rural (FNDR), un programme conséquent a été inscrit pour l’année 2018. Il s’agissait de l’ouverture de 126 kilomètres de pistes agricoles et d’une trentaine de pistes à aménager. Il était aussi question de l’acquisition de 340 000 plants d’oliviers et de greffage de 181 600 plants.

En arboriculture, il était question de l’acquisition de 263 970 plants et de la création de 6 664 ruches pleines. Un programme d’action pour augmenter la production dans différentes filières végétales et animales a été également mis en place. Mais sur le terrain, les contraintes sont nombreuses, notamment le relief accidenté, le morcellement excessif des exploitations agricoles, avec une moyenne inferieure à 1,5 hectare par exploitation.

Il y a aussi la forte pression de l’urbanisation sur les terres agricoles, l’absence de structures en vue de prendre en charge la gestion des ouvrages hydrauliques, les oppositions, le manque d’entretien des pistes agricoles et l’annulation des agréments sanitaires d’élevage bovin demandée par les éleveurs pour échapper aux dépistages de leurs animaux contre les maladies à déclaration obligatoire, telles que la brucellose et la tuberculose.

Cherté et rareté sur le marché contredisent les chiffres avancés

Les prix des viandes rouges connaissent des augmentations exorbitantes. En effet, le prix du kilogramme de viande rouge avec os, qui était il y a encore quelques semaines à 900 DA, a vite fait de grimper à 1 300 DA le kilo, soit une augmentation de près de 50 %. Le prix d’un kilo de bifteck, qui était à 1 500 DA, a atteint le prix exorbitant de 1 900 DA le kilo.

Le filet qui se vendait à 1 600 DA a pratiquement doublé, culminant à 2 500 DA. De quoi donner le tournis ! Les merguez, cédées habituellement à 600, voire moins, ont augmenté à 1 000 DA. Les abats de bœuf ne sont pas épargnés, puisqu’ils sont proposés à 300 DA. Les prix du poulet ont également augmenté, le prix du kilo oscillant entre 300 et 400 DA. Un éleveur de bétail expliquera : «Le marché obéit à la loi de l’offre et de la demande.

Il se trouve que la demande dépasse l’offre. Beaucoup d’éleveurs ont mis la clé sous le paillasson à cause des dernières maladies qui sont venues à bout de plusieurs étables. Ajoutez à cela la cherté de l’aliment et du fourrage. Le quintal de l’aliment de bétail est à 5 000 DA, la botte de fourrage à 2 500 DA et l’orge d’engraissement à 4 000 DA le quintal».

Le directeur des services agricoles de Tizi-Ouzou, questionné à propos de cette cherté, il y a quelques semaines, avait expliqué : «Notre pays possède un cheptel de 25 millions de bovins, 25 millions d’ovins et 2 millions de caprins. Avec un cheptel aussi important, il est clair que nous n’allons pas recourir à l’importation.

Nous devons néanmoins produire davantage, car le marché obéit à la loi de l’offre et de la demande. Nous allons mettre le cap sur la création de marchés de gros et de grands abattoirs pour augmenter l’offre et ainsi les prix baisseront automatiquement. Actuellement, la hausse des prix est due essentiellement à la spéculation. Pour ce qui est de la viande blanche, la wilaya produit 50 000 quintaux par an et nous avons les moyens de produire davantage.

Nous allons incessamment ouvrir 5 nouveaux abattoirs, cela permettra d’augmenter la production pour justement baisser les prix».

Les fruits et les légumes toujours aussi chers

Une virée à travers plusieurs localités et plusieurs points de vente de fruits et de légumes suffit pour se rendre compte que les fruits et les légumes ne sont pas donnés. Les produits de base sont atteints par la fièvre de la cherté. A commencer par le tubercule des pauvres, la pomme de terre, un produit de large consommation. Malgré une bonne production, nous dit-on, et alors que ce produit était vendu à 30 DA le kilo, voire moins, il a atteint le prix de 50 DA en quelques jours.

Les carottes et les navets sont affichés à 60 DA, les haricots verts à 260 DA, les petits pois à 150 DA et les fèves à 80 DA. Les artichauts sont vendus à 100 DA le kilo et le chou-fleur culmine à 140 DA le kilo. La tomate fraiche est à 120 DA, la courgette à 130, la laitue à 80 et les piments sont à 160 et 180 DA.

Du côté des fruits, c’est tout aussi brûlant. Les oranges, un fruit de saison, sont cotées entre 120 et 170 DA. La clémentine, un autre produit de saison, se vend à 300 DA et les mandarines ne descendent pas en-dessous de 180 DA. Les pommes locales son proposées à partir de 300 DA et les prix peuvent atteindre 600 et 1 200 DA selon le calibre et la qualité.

Les dattes sont vendues à partir de 500. Les bananes sont passées à 320 DA. Les fraises ferment la marche la plus haute à 650 DA le kilo. Ces prix dénotent surtout que la production est toujours faible. Certes, il y a de la spéculation, mais il est clair que la production, notamment à Tizi-Ouzou, est faible, ce qui fait que l’objectif de l’autosuffisance alimentaire, soit en céréale, en fruits et légumes ou en viande, demeure juste un vœu pieux.

Hocine Taib