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Liberté de blâmer et non de diffamer

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Par Ali Boudjelil
Il est plus que primordial, pour ne pas dire petitement souhaitable, de donner plus de libertés à la presse pour ne pas avoir à regretter par une de ces nuits qui portent conseil que la charrue ait été mise avant les bœufs. Le quatrième pouvoir, s’il est contraint à se taire sur les dérives et les anachronismes, ne se contenterait de survivre que par des cris d’orfraie qui ne feraient douter que les superstitieux. Il est urgent que la corporation s’arme des libertés de dénoncer, de dévoiler et de blâmer sans tomber dans les propos diffamatoires qui, non seulement, nuisent à leurs auteurs, mais ne font que rouiller la machine qu’ils sont censés vouloir huiler.

Réserver des colonnes à l’auteur d’une vilénie est certes réagir avec véhémence à une infamie, et l’occulter relèverait d’une absence de vision et d’une indigence de lucidité. Il appartiendrait aux rédacteurs des nouveaux amendements de la Constitution qui réconcilieront les Algériens avec leur actuel combat de poser avec de belles fondations les piliers de la nouvelle Algérie où l’intellectuel se prosternera devant le paysan, qui lui assure son pain quotidien, et non à tenter de convaincre l’obscurantiste qu’il se trompe dans ses errements qui ne mènent ni au paradis terrestre ni à la Géhenne.

Les réseaux sociaux, avec toutes les belles surprises auxquelles ils nous invitent à toute heure, ne doivent nullement nous conduire vers des réseaux asociaux. Il y a lieu de s’interdire de proférer des propos injurieux, surtout à l’endroit de héros morts ou qui luttent pour le bien-être de ce pays, de proscrire tout comportement haineux. Dire à un responsable qu’il se trompe est largement plus productif qu’une répartie que dicterait l’inconscience. Pour reprendre Boileau, l’éloge flatteur ne prendrait toute sa dimension que quand celui à qui il est adressé se voit un jour blâmé.

A. B.