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DJILALI MOUAZER, PDG de l’ENIEM

«Nous sommes bloqués à la BEA»

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À travers cet entretien express réalisé hier avec le président directeur général de l’ENIEM, Djilali Mouazer, ce dernier évoque les raisons ayant contraint la direction de l’entreprise à déclarer le chômage technique aux 1 700 travailleurs du complexe.

La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord, confirmez-vous cet arrêt ébruité de la production de l’ENIEM dès cette fin de semaine
?Djilali Mouazer : Effectivement, ce sera malheureusement le cas. La chaîne de production sera à l’arrêt et les travailleurs seront admis au chômage technique dès dimanche 2 février, soit dès le début de la semaine prochaine.

Pourtant, il y a moins de 15 jours, vous avez été euphorique en déclarant que la situation à l’ENIEM tend à se redresser avec le déblocage d’une conséquente ligne de crédit auprès de la BEA. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
En effet, c’était à l’occasion de l’inauguration de notre second show-room au centre-ville de Tizi Ouzou. J’avais annoncé qu’une conséquente ligne de crédit nous avait été accordée par la banque extérieure d’Algérie qui devrait nous permettre de nous approvisionner en matières premières nécessaires au fonctionnement des chaînes et ateliers, ainsi qu’un accord obtenu par le Conseil interministériel au sujet de l’octroi d’un fonds d’exploitation de la part du CPE (Conseil des participations de l’État). Hélas, les deux décisions sont restées à ce jour à leur stade déclaratif sans être suivies d’actes concrets nous permettant de sortir de la crise dans laquelle nous sommes coffrés depuis plusieurs mois déjà.

Là, je dois dire que l’entreprise ne peut plus continuer dans cette situation qui, il faut le souligner, ne touche pas l’ENIEM uniquement. C’est une crise conjoncturelle provoquée par la situation financière du pays. Hier (avant-hier ndlr) j’ai été voir notre banquier pour m’enquérir de l’état d’avancement de notre demande de crédit. Certes il m’a rassuré, mais jusqu’à quand doit-on continuer à attendre que les choses se débloquent et le crédit avec ? Si le crédit tarde encore à être débloqué, l’ENIEM risque de disparaître. Les travailleurs ont été avertis hier (mardi ndlr) de l’arrêt technique de leur entreprise, une décision que nous avons prise avec notre partenaire social afin de leur garantir les droits sociaux tels que prévus dans l’accord collectif. Si l’on veut vraiment sauver ce fleuron de l’industrie algérienne, il est urgent de débloquer les crédits et le fonds d’exploitation.

Qu’est-ce qui bloque réellement ?
Nous sommes bloqués à la BEA. Pour ce qui est de cette banque, ils m’ont expliqué que l’accord de principe pour la ligne de crédit y est, reste à savoir quand est-ce que cela sera actionné. Je pense que c’est lié aux décisions prudentielles imposées à toutes les banques publiques en ces temps de crise. Quant au fonds d’exploitation promis par le CPE, il a été, en effet, accepté par le comité interministériel en octobre dernier, néanmoins le changement du gouvernement semble être à l’origine du retard dans l’exécution de cette décision par le CPE. Je ne le dirai jamais assez, il est urgent de débloquer la situation. La banque extérieure d’Algérie, qui nous bloque dans cette fameuse ligne de crédit, doit comprendre la situation de l’entreprise et le sort de pas moins de 1 700 travailleurs. Il y va de l’avenir de l’ENIEM.
Propos recueillis par M. A. T.