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L’HOMMAGE

Si Abdellah mort, un immense chagrin

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Par Tarik Mira :
La triste nouvelle m’est parvenue ce matin, (ndlr hier vendredi 6 décembre 2019). Si Abdellah est décédé. Je n’ai même pas eu le réflexe de demander de quoi est-il mort tellement j’étais abasourdi, incrédule.

Samedi dernier en me rendant à Tazmalt et arrivant à Chorfa, j’ai appelé Si Abdellah pour le saluer. Il m’arrive de temps à autre de le faire. Ce jour-là, il était comme d’habitude jovial, fougueux, avec un peu de regret de ne pas pouvoir tout dit sur la lutte armée et ses mythes indestructibles.

Il était également plein d’espoir pour le hirak. Si Abdellah était connu pour son franc-parler. Il casse les totems avec sa voix qui porte et sa technique d’enflammer les assistances. Des fois, la mémoire était défaillante mais il retombait toujours sur pieds, le verbe haut et enflammé. Depuis qu’il est à la retraite en terminant colonel de l’Anp, il ne rate jamais une occasion de rendre hommage à ses compagnons d’armes. C’est comme un sacerdoce.

Il se faisait un devoir d’accompagner ses frères d’armes du maquis dans leur dernière demeure ou de demander de leur nouvelle. Avant la semaine dernière, je l’avais revu à Alger, venant témoigner sur Mira Abderrahmane qu’il chérissait, le premier maquisard qu’il a rencontré le 1er novembre 1955 après avoir commis un attentat avec quatre de ses compagnons, à Chorfa. Il garda de cette première rencontre simultanée avec Mira et Amirouche un goût presque amer puisque les deux lui ont conseillé de retourner chez lui au vu de son très jeune âge et de sa mère isolée. Heureusement que le Colonel Ouamrane, de passage en Wilaya 3, l’a enrôlé.

Avec la distance, il trouva même de la tendresse à ses futurs chefs. Du reste, il sera versé à la compagnie de Mira Abderrahmane. Il raconte avec verve la bataille contre les messalistes à Haizer, le mois de mars 1956 puis la tournée dans le versant nord du Djurdjura. Il n’accompagnera pas son chef en Wilaya 6. Mais il le reverra l’année 1959 lorsque celui-ci est revenu de Tunisie. Si Abdellah a cette particularité de n’avoir jamais quitté le sol national et d’avoir servi dans les quatre zones de la Wilaya 3.

Il est peut-être le seul dans ce cas. Aujourd’hui, c’est pour moi un immense chagrin. Un homme droit est parti, un patriote s’en est allé. Adieu combattant. Ton souvenir restera en nous et tes témoignages recueillis.

T. M.