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Point d'ordre

Tamazight, entre rêve et réalité

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Par Ali Boudjelil

Que diraient les victimes de la grève du cartable qui ont sacrifié toute une année de leur jeunesse pour que tamazight trône di lakul ? Hormis qu’ils ont fait fléchir les tenants du jusqu’au-boutisme qui n’ont jamais admis que cette langue puisse s’extirper un jour des circuits de la danse et du folklore. Voilà bientôt 24 ans que cela s’est produit pour qu’en 2002, elle soit consacrée langue nationale et qu’elle soit officielle en 2016, et tenez-vous, bien sans voie référendaire. Fut-ce une erreur ou eût-ce été une infamie si elle l’avait été ?

L’avenir immédiat à cette consécration le dit chaque jour et à l’aurore de chaque année scolaire. Si le Haut commissariat à l’amazighité se démène à s’investir dans le domaine de l’édition, lucratif qu’il soit dit en passant, avec des manuels scolaires faits par des enseignants de langue arabe ou de français, il semblerait qu’il peine à imposer ou à faire admettre la généralisation de l’enseignement de la langue maternelle des Algériens même à ceux que l’islam n’a pas réussi à arabiser. Les causes sont multiples.

Quand on enseigne une langue maternelle avec les méthodes avec lesquelles nous avons appris le français, l’anglais et l’arabe, c’est qu’il y a encore du chemin à faire pour qu’un jour, on entende résonner sur une estrade le théorème de Pythagore en kabyle, chaoui, targui, et la liste est relativement longue. Si vous voulez savoir pourquoi tamazight en voulant amorcer son essor, s’enlise dans son déclin, allez demander au militant couvé au MCB, de surcroît fan de la JSK, et à ses voisins, pourquoi ils ont inscrit leurs enfants dans une école privée où, toute proportion gardée, le français est leur langue «maternelle».

Cependant, il y a lieu de dire qu’on craindrait qu’une voix ait dit ce que bon nombre d’Algériens pensent tout bas, y compris mes cousins dont l’un est élevé à l’ombre des platanes de la célèbre cité des Eucalyptus d’ Alger et l’autre non loin de la mosquée «E- SUNNA » : Mon enfant n’apprendra jamais tamazight ! Cela résonne commune une insulte à ses aïeux et à l’éternel Jugurtha. Pourtant, quelle belle conquête que de se réapproprier son identité !

Mais il y a lieu de se sacrifier et de s’en remettre à l’évidence que seule la raison et le bon sens peuvent conduire à nous faire sortir de ces dédales que les œillères tendent à nous rendre tout simplement aveugles. Il est vrai que bien de militants de la cause se sont sacrifiés et se donnent à fond pour que le rêve de bien de générations se réalise, mais quand le militantisme ne s’arme pas d’une vision réaliste, l’aversion et le rejet pointent leur doigt les vaines bonnes volontés.

Si en Kabylie, tamazight est enseignée dans presque toutes les écoles, nos voisins d’Alger ne jouissent pas de cette commodité qui eût dû les réconcilier avec leur identité. Quelques élèves ont le privilège d’écouter un enseignant leur parler dans leur langue maternelle : Azul et wach bik. Mais quand un médecin algérien émigre au Canada pour s’y retrouver infirmier…

A. B