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58e anniversaire des massacres du 17 octobre 1961

Une mémoire occultée

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La colonisation française a été jalonnée de massacres, de liquidations collectives et individuelles, d’exécutions extrajudiciaires et autres tortures mortelles. Ces horreurs du colonialisme se déclinent aussi sous forme d’une politique perverse, immorale, exercée sur la population algérienne, comme le décrivent si bien Rabah Bouaziz et Salima Sahraoui dans «L’aliénation colonialiste et la résistance de la famille algérienne», paru en 1961 et réédité en 2014. Parmi les atrocités commises dans l’hexagone, les massacres du 17 octobre 1961 sont considérés comme la répression d’état la plus violente de l’Europe contemporaine contre des manifestants pacifiques.

Répondant au mot d’ordre de la fédération de France du FLN, plus de 80 000 Algériens sont descendus dans les rues parisiennes ce 17 octobre pour manifester contre le couvre-feu imposé aux Algériens seulement depuis le 5 octobre de 20h30 à 5h30. Une mesure jugée «injuste» et «discriminatoire» et réclamer l’indépendance de l’Algérie. Bilan des massacres commis par la police de Maurice Papon et couvert par le Premier ministre de l’époque, un certain Michel Debré, 325 Algériens tués et 800 blessés, selon la fédération de France, et 120 morts seulement selon la préfecture de police.

«C’est le deuxième massacre de Paris qui a fait autant de morts après celui de la Commune survenu en mai 1871», rapporte Mohand Zeggagh, ancien prisonnier de la fédération de France en octobre 1961 et auteur du livre «Prisonniers politiques en France pendant la guerre d’Algérie». Pour M. Zeggagh, des signes avant-coureurs annonçaient déjà de tels massacres, du moment que pour l’OAS (Organisation armée spéciale) et les partisans de l’Algérie française, le but était de faire échouer les négociations d’Evian et affaiblir De Gaulle.
Sitôt l’indépendance de l’Algérie acquise, les jeux politiques et les enjeux du pouvoir ont passé sous silence ces événements tragiques.

La raison principale est que la fédération de France, initiatrice des manifestations du 17 octobre, n’a pas pris position en faveur du gouvernement de Ben Bella au congrès de Tripoli. La France a aussi, pendant des décennies, entretenu l’omerta autour de cet épisode infamant qui incarne la mauvaise conscience de ses dirigeants politiques. Depuis l’ère François Hollande, on a quelque peu lâché du lest. De petites avancées ont été enregistrées au niveau des discours, mais point de reconnaissance officielle ! La quête de vérité et de reconnaissance recommande de raviver constamment cette mémoire collective, en l’extirpant des décombres de l’amnésie et de l’occultation volontaire, même si le chemin parait encore long pour se réconcilier avec l’histoire et en finir avec cette guerre mémorielle qui pollue les relations entre l’Algérie et la France.

Nacer M.