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Seddouk rend hommage à la Moudjahida Benmahrez Zahia

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A l’occasion de la journée internationale de la femme et dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance, un vibrant hommage a été rendu aux femmes qui ont combattu le colonialisme durant la guerre 1954/62, lors d’une cérémonie qui a eu lieu le mercredi 06 mars à la salle des conférences de la maison de jeunes de Seddouk. La moudjahida Benmahrez Zahia qui est un symbole encore vivant de la révolution était à l’honneur. Elle était belle, à un âge où toute jeune fille penserait à se marier et fonder un foyer. Pour sa part comme beaucoup d’autres jeunes filles, elle avait choisi un autre destin, la lutte pour l’indépendance du pays. Cette moudjahida de la première heure qui a passé sept ans et demi dans les maquis a été invitée à témoigner de ce qu’elle a vécu pendant la guerre. «  L’histoire que nous avons façonnée, nous les femmes et les hommes de ce pays qui la main dans la main avons combattu pour libérer notre pays du joug colonial, se perd dans les mémoires. Les acteurs disparaissent un à un. Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour la raconter aux générations futures qui ont le droit de savoir comment leurs aïeux se sont sacrifiés pour qu’eux vivent aujourd’hui dans la liberté. J’étais jeune, mais je ne supportais pas les exactions quasi quotidiennes commises par les militaires français sur les populations de nos villages. Arrestations, tortures, emprisonnements et tueries étaient les lots quotidiens que subissaient les hommes et les femmes, notamment ceux qui avaient des proches au maquis. Voilà les raisons qui m’ont poussée à monter au djebel. En arrivant au PC, on m’a remis immédiatement une tenue et une arme. J’ai participé à des accrochages, des combats atroces entre moudjahidines et paras français. J’ai tué des soldats français et des harkis. Des fois la situation nous contraignait à nous disperser. Combien de fois, je me suis retrouvé seule dans le maquis restant des jours sans manger, à la recherche de mes collègues que je ne retrouvais qu’au bout de quatre ou cinq jours. Même sans moyens logistiques, nous étions devenus la bête noire des paras qui ont utilisé tous les moyens pour nous avoir, mais en vain. Nous avions même survécu à l’opération jumelle, une opération d’envergure déclenchée par l’armée française pour anéantir les combattants. Sans nourriture ni repos, nous changions d’endroits matin et soir car toute la Kabylie était passée au peigne fin. Nous n’étions pas nombreux à survivre et ce sont un million cinq cents mille de nos frères qui sont morts laissant derrière eux des veuves et des orphelins. Je tiens aussi à dire à nos jeunes que l’indépendance que nous avons arrachée c’est pour eux est un trésor qu’ils doivent préserver », a expliqué la moudjahida Benmahrez Zahia. De son côté Adjaoud Rachid, auteur du livre ‘’Le dernier témoin’’, et qui était présent à la table ronde, a pris la parole pour parler trois moudjahidates de la région de Seddouk qu’il avait connues dans le maquis, dont Benmahrez Zahia. Il a même écrit un fascicule intitulé ‘’Combat des femmes’’ qu’il a remis aux présents. « Beaucoup de nos jeunes ne savent pas grand-chose de notre glorieuse révolution. Les Moudjahidines sont presque tous partis sans transmettre aux générations futures l’histoire de la guerre de libération. Pour ma part, tant que je peux encore témoigner, je le ferai. Nous avons beaucoup de femmes de la région de Seddouk qui ont participé à la guerre de libération mais qui ne sont pas connues comme combattantes. Personnellement j’ai connu quatre héroïnes. Je commencerai par celle qui est à côté de moi. Je me souviens comme si s’était hier de son arrivée au PC d’Amirouche. Une moudjahida très estimée par le colonel Amirouche pour sa bravoure. Elle fut plusieurs fois blessée et soignée dans les maquis. Aujourd’hui, vivant à Alger, cinquante ans après l’indépendance, elle rêve d’avoir un toit dans sa ville natale. Malika Benmahrouche de notre région aussi, travaillait comme infirmière à Béjaïa. Elle a mis en place une filière qui faisait passer des médicaments au maquis. Meziani Malika, originaire d’Imoula, et sa famille vivaient à Alger. Étudiante, elle a participé à la grève estudiantine. Et de là elle a rejoint le maquis. Juste en arrivant au PC d’Amirouche  elle a cherché après les gens de notre région. Elle fut envoyée, en 1957, en Tunisie pour une formation. A son retour au maquis, elle tomba au champ d’honneur. Mouhoubi Melaâz était aussi une héroïne. Malgré son jeune âge, elle menait une campagne pour sensibiliser les jeunes à rejoindre l’ALN. Dénoncée, elle fut arrêtée une première fois et subit les pires sévices. Elle réussira néanmoins à s’enfouir. Lors d’un rassemblement de la population à l’école primaire de Lokri, elle s’était mise debout au milieu de la foule pour crier haut et fort « tahia el djazair, vive Amirouche ». Elle fut arrêtée de nouveau. Surveillée par un harki, elle parvint à tromper sa vigilance et tenta de s’évader. Mais elle fut cernée dans une cave. Sommée de se rendre, elle ne voulut pas abdiquer, préférant mourir. Ses bourreaux lui avait jeté une grenade ». Ce fut là le témoignage poignant de Monsieur Adjaoud sur quatre héroïnes de la guerre de libération. N’Aït Bouda Hocine était le dernier à apporter son témoignage. Il racontera comment il a connu la Moudjahida Rabéa : « J’ai participé à des accrochages, j’ai beaucoup enduré dans les combats. Mais je préfère parler de Rabéa une moudjahida qui a préparé un diner pour un groupe de moudjahidine dont je faisais parti. J’ai apprécié le courage de cette dame qui avait un cœur grand comme ça ». L’on déplora, tout au long de cette cérémonie d’hommage, l’absence des autorités locales. Ni le P/APC, ni le chef de la daïra n’ont daigné être là. 

L.Beddar