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Chelata Hommage à la moudjahida Cherfaoui Baya

Le parcours d’une combattante

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Cherfaoui Baya est née le 03 avril 1919 à Chelata, dans la région d’Akbou, fille de Tahar et de Aït Ahmed Keltoum. Elle s’est mariée en 1933 avec Aït Ahmed Ali pour résider à partir de cette date à Ighzer Amokrane. La misère a contraint son époux à l’émigration vers la France où il travaillera comme convoyeur de train à charbon de 1939 à 1945. Il rentrera définitivement en Algérie en 1951 où il s’adonnera aux activités paysannes. Il prêtera toutefois une oreille attentive à certaines personnes de passage venus sensibiliser les citoyens sur la nécessité de se rebeller contre l’ordre colonial. Ce qui aboutira à une structuration secrète de certains citoyens des villages tels que messieurs Djankal Hadj Amar et Maouche Lamara tombés au champ d’honneur, la veille du déclenchement de la révolution. En rentrant souvent très tard au domicile conjugal, la curiosité de sa femme, Khalti Baya comme l’appelaient les femmes du village, se faisait de plus en plus insistante. Elle finit par obtenir l’information selon laquelle son mari servait de guide aux moudjahidines de passage qui ne connaissaient pas la région et qui se déplaçaient vers le col de Chelatta, de Bouzguène et celui de M ’chedallah. Au déclenchement de la révolution, il devient Mousebbel de la première heure, armé de son propre fusil. Son domicile, par la force des choses, devint alors un refuge aux moudjahidines qui y trouvaient à manger et à boire. C’est ainsi qu’il commença à tisser son propre réseau. Sa femme, Cherfaoui Baya lors de visites d’important groupes de moudjahidines, se faisait assister de femmes dignes de confiance du village, à l’image de sa belle sœur, la moudjahida Aït Ahmed Khadidja, veuve du chahid Ouakli Mohand Amokrane, de Ouakli Baya épouse du moudjahid Aït Ahmed Belkacem dit Kaci, membre de l’ALN. Ces activités seront vite remarquées par les responsables de la révolution et c’est le départ pour une structuration féminine au niveau de la région, sur instruction du colonel Amirouche. Puis vint la préparation et le déroulement du Congrès de la Soummam le 20 aout 1956, dont très peu de gens était au courant. Cette préparation se fit dans une ambiance de fête avec l’arrivée du Chahid Abane Ramdane et des chefs des six régions à Ifri. Elle dura près de 72 heures, leur sécurité et leur fuite en cas de danger était organisées par les moudjahidine et moussebline de la région, avec l’installation du PC du colonel Amirouche dans la forêt d’Akfadou, et le groupe de la moudjahida ravitaillait en nourriture le PC. A la fin de l’année 1957, elle s’est vu confié la charge de recueillir les femmes en fuites, dont les maris avaient rejoint les rangs de l’ALN ou de l’OCFLN. Une des premières femmes recueillie fin 57, début 58 était la moudjahida veuve Kettaf, née Khelfani Fatima, dite Fatima Bayard résidant à Bouira. C’est cette année là en 1958 que le chahid Aït Ahmed Ali, tomba au champ d’honneur les armes a la main et ce après épuisement de ses munitions, il réussit à cacher son arme derrière un rocher et c’est aussi à cette période que fut lancée l’opération Jumelle par l’Etat major français qui s’étendait jusqu’à Palestro (Lakhdaria), au mont de Béni Amrane, Zbarbar et même aux environs du grand Alger. 

Après le décès de son époux le chahid Aït Ahmed Ali, sa détermination à combattre le colonialisme s’accentua et elle redoubla d’efforts et de courage. Quelques temps après, elle fut chargée par ses responsables de prendre contact avec les Algériens travaillant dans l’administration coloniale pour les convaincre de participer à leur manière à la révolution, en aidant à récolter des fonds, des renseignements, de sélectionner les personnes à contacter et trouver des caches pour les activistes du FLN, et même les djounoud de l’ALN qui allaient trouver refuge chez eux. Au milieu de l’année 1959 ou l’opération Jumelle battait son plein, l’étau se resserra et les bons d’alimentation faisaient défaut et  il fallait en récupérer le plus possible ainsi que des vêtements. C’est à la fin de cette même année que le fils aîné de Cherfaoui Baya, Mohand Akli, tomba au champ d’honneur, le jour même du départ d’un bon nombre de ses compagnons d’arme vers la Tunisie, dont l’un est toujours en vie. Il s’agit du moudjahid Bouizri Mokhtar qui a cité le nom de Mohand Akli lors de son passage à la RTA. Malgré cela la moudjahida Khalti Baya continua le combat avec détermination. Puis vint le tour du colonel Amirouche (Aït Hamouda Amirouche) du colonel Si El Haoues (Ahmed Benabderrazak ) et d’un grand nombre de moudjahidines tombés au champ d’honneur près de Boussaada. 

L’année 1960 s’annonça des plus difficiles avec un manque flagrant des médicaments et des produits alimentaires. En cette même fin d’année, trois moudjahidines furent blessés à Tafarka Ouhaya à 300 mètre du domicile de Khalti Baya sis à Sidi Younes. Le 1er moudjahid blessé est Bechlaoui Slimane, dit Slimane Ouramdan. Blessé et conduit au PC d’Akfadou, il y restera jusqu’à l’indépendance. Le second, le moudjahid Belhadj Ouamar, ex chef de daïra de Bouira, blessé lui aussi et transporté à Akfadou. Le 3ème moudjahid blessé est Sid Ali dit Si Ali Oussaid qui est encore en vie. En 1961, les habitants d’Ouzellaguene furent évacués, la plupart des moudjahidine et moussebline furent tués ou faits prisonniers, torturés et jetés dans des cachots. C’est vers la fin de l’année 1961, lors d’un accrochage avec l’armée française que la moudjahida Chorfaoui Baya fut blessée les armes à la main et soignée tant bien que mal. Elle fut transportée dans un véhicule à Bouira, chez son frère Cherfaoui Mahfoud, résidant ferme Hocini où on lui prodigua des soins jusqu’à l’indépendance. De 1962 à 1966 la moudjahida fit des allers –retours entre Ighzer Amokrane et Bouira. 

La moudjahida Cherfaoui Baya est détentrice de la médaille du Wissam Chahid, ainsi que de la médaille des grands combattants de guerre de libération nationale. Elle s’est éteinte à l’âge de 82 ans en 2001. Une école primaire a été  baptisée à son nom, l’école Cherfaoui Baya au lotissement Amar Khodja à Bouira, et une rue a été baptisée du nom de son époux le chahid Aït Ahmed Ali.                  

Hafidh. B