Accueil Histoire Un prélat au service de l’amour et de la liberté

Léon Etienne Duval, Cardinal d’Alger (1903 – 1996)

Un prélat au service de l’amour et de la liberté

1952

Un adepte résolu de la paix, un homme qui a consacré contre vents et marées, toute sa vie à Dieu, à l’église catholique et à l’Algérie devenue son pays.

Par S.Aït Hamouda

Léon-Etienne Duval cardinal d’Alger, c’est de lui précisément qu’il s’agit, était arrivé en Algérie en Algérie en 1947. Aussitôt arrivé à Constantine où il a été désigné évêque de cette ville et d’Hippone qu’il fut saisi par l’horreur de la discrimination entre les conquérants et les «indigènes». Un véritable apartheid. Il en parle : «A mon arrivée en Algérie en 1947, j’ai découvert les différences entre les riches et les pauvres, et parmi les pauvres, il y avait des musulmans. Il y avait des différences entre les Français et les Algériens musulmans. Lors du déclenchement de la révolution du 1er novembre 54, j’ai découvert que le problème était politique, et qu’il fallait arriver à l’autodétermination.» Trois ans avant le Général De Gaulle il a osé parler du droit du peuple Algérien à décider de son destin au grand dam des occupants qui, du reste, ne l’ont pas ménagé l’affublant du sobriquet Mohamed Duval. Lucienne Magalie Pons, pied noir, née à Cherchell et éditorialiste à temps perdu, a gardé toujours sa rancune et sa haine à l’encontre du prélat. Elle la laisse éclater lorsqu’ il a été question de la restauration de la basilique Notre Dame d’Afrique. «Le Cardinal DUVAL nous a trahit : en tant que chrétienne et en mémoire des victimes des crimes odieux commis par le FLN ses amis, je ne le lui pardonnerais jamais, et en tant que citoyenne Française encore moins. Il a marché dans la voie de la trahison, du mensonge, de la falsification des faits et par son attitude coupable il a cautionné les assassins et leurs crimes. Il ne mérite aucune prière ni compassion. Un appel de don est actuellement lancé par le Clergé d’Alger pour récolter une partie des fonds nécessaire à cette restauration en jouant sur la corde sensible des Français d’Algérie qui à l’occasion de visites en Algérie viennent se recueillir dans la Basilique. Chacun est libre de donner : pour moi c’est NON tant que Mohamed DUVAL occupera une place imméritée dans notre Basilique profanée par la présence de sa sépulture. J’ai tout lieu de croire que la Basilique une fois restaurée sera vouée au culte de Mohamed DUVAL dont certains ont l’outrance de demander la canonisation. (C’est le président de la république Abdelaziz Bouteflika lors de son voyage aux îles Baléares en 2000 en fit la demande au souverain pontife de béatifier la Cardinal Duval. ndlr) J’ai tout lieu de penser aussi que la Basilique sera détournée de sa destination initiale de lieu de culte, de recueillement et de prières pour se transformer en monument touristique. Donc à cet appel de don je réponds NON.» Dans le même registre des haines viscérales Jean Monneret, historien né à El Harrach y va de son animosité malveillante : In Monseigneur Duval, un tâcheron au bilan calamiteux «Dans une circulaire confidentielle à son clergé datée du 7 octobre 1956, Monseigneur Duval n’en demanda pas moins «l’autodétermination des populations algériennes». Il précédait ainsi de trois ans le fameux discours de De Gaulle sur le même thème (16 septembre 1959). Dans le contexte, insurrectionnel de 1956, où le FLN caressait l’espoir d’une victoire militaire, que l’extension de la guérilla dans le Constantinois et l’Algérois, pouvait nourrir, une telle prise de position ne pouvait qu’encourager les rebelles.» Cependant ces manifestations d’hostilité et de rancœur n’ébranlèrent en rien les convictions de l’homme de foi. Il en parlait, il prêchait l’amour, la justice, la charité avec la même ferveur : «Parce que je défendais l’homme et donc les Algériens. Je disais qu’ils avaient des droits et que nous devions les respecter. Ces droits, la police ne les respectait pas toujours. De même, certains dans l’armée française ne respectaient pas les droits des personnes.» Parlant de sa préférence pour les algériens il dira «J’ai fait mon choix en son temps. Je me suis toujours inspiré de Saint Augustin et Saint Augustin était algérien. J’ai aussi suivi les directives du pape, et le pape est à Rome. » Par rapport à l’OAS qu’il traita, en son temps, de nazi il s’est expliqué ainsi « Leur activité avait pour moteur le mépris d’un peuple. A leurs yeux, un peuple qui n’est pas français mérite le mépris, et c’est pourquoi je les ai dénoncés.»

Un homme au service de Dieu, de la justice et de la liberté

Le père Denis Gonzalez, ancien vicaire général du Cardinal en parle de prélat hors norme et le décrit comme suit «Il était du côté des pauvres et des opprimés. J’ai connu le cardinal Duval pour la première fois en 1947. Il venait de débarquer à Alger avant de rejoindre Constantine où il était nommé évêque. J’étais adolescent et je fus étonné de le voir sans barbe alors que tous les ecclésiastiques en portaient. Je l’ai revu évidemment en 1954. C’était un 25 mars, et il venait d’être transféré au siège archiépiscopal d’Alger. Il était arrivé de Constantine par train. C’était, je m’en souviens, un jour où il y avait un grand vent et le ciel était très couvert. Il a été accueilli à Alger avec un certain faste. De sa voiture découverte, le nouvel archevêque bénit la foule. J’avais bien sûr assisté à la cérémonie de son intronisation. Dans son discours radiodiffusé il avait déclaré : «La vraie civilisation doit être conçue en fonction des êtres les plus déshérités de la société des plus pauvres, des plus souffrants, des malheureux.» Mgr Duval a toujours défendu les pauvres et dénoncé l’injustice coloniale…A la veille de la révolution, je me rappelle, un grand colloque a été organisé à Alger sur les Algériens et les problèmes de la faim. Mohammed Dib était présent. Lors des travaux de ce colloque, Mgr Duval avait pris la parole pour dire : «Un pays où sévit la misère peut jouir d’un certain calme, mais ce calme n’est pas la véritable paix.» Il croyait profondément que l’une des conditions de la paix est la justice sociale. Après l’indépendance, plus exactement le 22 février 1965, Mgr Duval est élevé par le pape Paul VI à la dignité de cardinal. A cette occasion, l’Etat algérien lui octroie la nationalité sans qu’il l’ait sollicitée. Le cardinal reprend alors son bâton de pèlerin pour plaider en faveur de l’Algérie nouvelle. Le droit au développement, l’évolution des relations Nord-Sud et les droits des immigrés algériens étaient entre autres causes défendues par Mgr Duval. Ses positions au sujet du Sahara-Occidental et du conflit israélo-palestinien étaient également claires. Tenez-vous un secret du cardinal Duval ? J’aurais aimé parler de son admiration pour saint Augustin qui était l’une de ses sources d’inspiration. Le cardinal Duval était mourant au moment où la violence déchirait l’Algérie. Alité il m’avait dit avec beaucoup de tristesse : «Que de souffrances ! Il faudra bien que cela finisse. Vous, vous le verrez, moi non. Un jour, l’Algérie étonnera le monde !» Pendant les premières années de l’Indépendance, il déploie une grande activité pour faire reconnaître le droit au développement, pour faire évoluer les relations Nord-Sud, pour donner sa voix à la manifestation des droits des émigrés en France et de ceux des palestiniens et des libanais au Moyen-Orient. Lors de la crise des otages en Iran, le gouvernement algérien le fait choisir pour aller à Téhéran assurer l’office de Noël au bénéfice de ces otages. En 1988, le pape Jean-Paul II finit par accepter sa retraite qu’il avait plusieurs fois sollicitée vu son grand age et son extrême fatigue due au service de tant de nobles causes. « Je suis, dira-t-il un jour à un quotidien national, un combattant de la liberté. J’ai défendu le droit des hommes et les droits des algériens. Ayant choisi de rester en Algérie, j’y resterai toujours ». Il a douloureusement été marqué par les dernières épreuves du pays: elles ont peut-être hâté sa mort survenue le 30 mai 1996. En 1982 M’Hamed Issiakhem composa son portrait ce qui en comporte un double mérite l’hommage d’un grand maître des arts plastiques algériens à un autre non moins grand par sa générosité sa grandeur d’âme et son courage immense. L’Algérie sa patrie, puisque il reçu la nationalité algérienne en 1966, se doit de l’honorer pour les services rendus tant pendant la révolution qu’après.

S.A.H