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Le Moudjahid Moh Lounès“Amar Tadjadit est tombé en héros devant nous”l“Avec Amar, nous étions des militants du Parti PPA. Avant le 14 Juillet, on s’était réuni en groupe de trois ou quatre. J’étais chef de section. Nous nous sommes entendus qu’une marche deait avoir lieu le 14 juillet et la présence était prévue à partir de 8 h à la place de la Bastille. Le mot d’ordre était passé de bouche à oreille entre les militants pour garder le secret, on nous avait annoncé que des militants et d’autres citoyens affluaient de toute la France, de la Belgique, de l’Allemagne… pour manifester.Il y avait parmi nous un certain Moh Ouchen et Talbi, tous les deux morts durant la guerre de Libération ainsi que Moh Arab. Nous étions en train d’encadrer les manifestants et Amar Tajadit était à ma gauche et faisait le même travail. La marche s’est ébranlée à partir de 9 h 30 vers la place de la Nation. Au milieu des banderoles, il y avait une jeune fille oranaise, qui portait la photo de Messali Hadj. A 300 m environ plus loin, nous avions rencontré des troupes de l’armée. Plus loin encore, un contingent de plus de 300 CRS. Juste après, c’est la police. Arrivés à la place de la Nation, la police s’est attaquée tout d’abord à la fille. Il l’ont brutalisé et fait écrouler sur le sol et lui ont confisqué le portrait de Messali. Immédiatement, nous avons mené une offensive contre eux. Des affrontements violents ont eu lieu. Nous étions les plus forts et ils ont usé de tirs de balles. Les responsables appelaient à ne pas fuir et disaient qu’ils nous tiraient dessus avec des balles en caoutchouc. Nous n’avons pas fui. Nous avons forcé le barrage et nous avons atteint la place de la Nation. Sur cette place, d’autres affrontements plus violents ont éclatés. Les manifestants ont arraché les pavés des rues qu’ils lancèrent en projectiles contre les forces de l’ordre. A noter qu’en plus des Algériens, il y avait des Français et beaucoup de femmes françaises parmi nous. Les policiers ont mené des offensives contre nous avec des camions et nous avons riposté par des projectiles. Une pompe à essence a été envahie et des cocktails Molotov ont été confectionnés et utilisés. J’ai vu près de huit voitures prendre feu. Nous étions cernés de partout. Des fusillades en balles réelles ont éclaté. Il y avait plusieurs blessés. Je dirais qu’il y avait plus de 500, les blessés ont été évacués dans des voitures appartenant à des civils. Amar Tadjadit n’est pas tombé parmi les premiers. Les combats ont continué. Lorsque nous avons mené une offensive, l’un des policiers est tombé. Il a été atteint par d’autres manifestants qui menaient une offensive d’un autre côté. Amar a accouru pour lui confisquer son arme. Le Français n’étant pas finalement mort, il a tiré à bout portant sur lui. Amar est tombé sur le champ. Un Français en tenue blanche, dans une voiture décapotable, usait d’un mégaphone, de gesticulations et il criait : “cessez le feu, cessez le feu, rentrez chez vous”. Le lendemain, nous avons appris qu’Amar Tadjadit avait trouvé la mort. Par la suite, nous avons appris qu’il y a eu la mort de six autres manifestants algériens”.

Le Moudjahid Ouzaid dit Moh Ou Moh“Krim Belkacem a tenu tête au commissaire Gérard”l“Le transfert de la dépouille du martyr jusqu’au village a été prise en charge par le PPA. Gérard le commissaire de Tigzirt à l’époque, a convoqué le père du défunt pour l’avertir : des personnes agitateurs et perturbateurs s’apprêtaient à se rendre à l’enterrement. Ne les autorise pas. Le père du défunt intimidé par ce commissaire a déclaré : “Celui qui veut participer au recueillement est le bienvenu. Quant à ceux qui veulent créer des perturbations, je ne souhaite pas leur présence”. La matinée des funérailles, soit le 19 juillet, des milliers de personnes affluaient de toutes les collines.Le commissaire Gérard a mobilisé une section de gardes-mobiles qui ont pris place au village et sur les collines. Parmi ces milliers de présents, il y avait Krim Belkacem. Le commissaire se trouvait près de cette mosquée. Près d’une vingtaine de mètres plus loin, il y avait Krim. Ce dernier l’a apostrophé : “Monsieur l’administrateur, dans tous les pays du monde, on ne peut pas empêcher des gens de participer à un enterrement et toi tu le fais, en mobilisant tes troupes”. Le commissaire Gérard lui a répondu : “Ce sont les parents du défunt qui refusent à ce que vous participiez”. “C’est faux. C’est toi qui lui a raconté des mensonges et tu l’as intimidé en lui annonçant que nous sommes là pour perturber, alors que notre présence se limite au recueillement”, lui a répondu sèchement Krim. Après d’autres échanges de propos, le commissaire lui a déclaré : “Je sais que tu es très mauvais”. A Krim Belkacem de rétorquer : “Si tu me trouves mauvais, je suis dans mon pays… Il n’ y a pas plus mauvais que toi, qui a franchi plus de 900 km. Tu veux nous faire la loi alors que tu n’as même pas droit à la parole…”.

Ferhat Ighilahriz, maire de Tigzirt“Il est temps d’écrire la vraie histoire”l“Le fait que nous nous rappelions de ceux qui sont morts pour le pays c’est comme s’ils sont toujours présents parmi nous. Ils nous ont tracé le chemin à suivre. Il est de notre devoir d’honorer la mémoire de tous ceux qui se sont sacrifiés pour l’Algérie. Je pense qu’il est temps d’écrire la vraie histoire de notre glorieuse Révolution. L’on ne peut pas être patriote sans connaître l’histoire de son pays. Parmi nous, il y a encore des acteurs et des maquisards qui sont vivants. Chacun d’eux est une mémoire vivante. La nouvelle génération a les moyens et la faculté pour écrire l’histoire, avec la contribution et le témoignage de chacun d’eux”.

Propos recueillis parM. H.