Accueil Histoire «L’ALN», L’Armée de Libération Nationale a lancé une action d’envergure

«L’ALN», L’Armée de Libération Nationale a lancé une action d’envergure

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Notre Katiba El Hamdania avait pour mission d’attaquer les villes de Cherchell, Sidi Ghiles (Novi), Hadjeret El Nous (Fontaine du génie), Gouraya, (Francis-Garnier) Beni Haoua, Damous (Duplex), Menacer (Marceau), Sidi Amar (Zurich) et un poste militaire à (l’Arhat). La compagnie El Hamdania était composée de 109 Moudjahid, nous étions dans les montagnes du Zaccar, notre chef de la Katiba Si Moussa, nous a expliqué le but de la mission importante que nous devions accomplir à l’occasion de l’anniversaire du premier Congrès du FLN le 20 août 1956, organisé dans la vallée de la Soummam en “Kabylie- Wilaya lIl». Il nous donna des instructions, des recommandations pour la réussite de cette grande opération, il nous a réparti en neuf (09) groupes pour attaquer les villes de la Mitidja, du littoral et de l’école des officiers de Cherchell.Notre Katiba portait le nom du chahid Si Hamdane, de son vrai nom Ben Abderezak Mobamed de Mouzaia-ville. Si Hamdane et le chabid Si Zoubir (Souleimane Tayeb) de Soumaa, ainsi que le chahid Si Moussa Kellouaz, sont les organisateurs de la grande embuscade de Tizi Franco (Menacer) le 09 janvier 1957, où ont été abattus des dizaines de soldats français, détruits plusieurs véhicules militaires et récupéré un armement très important : une mitrailleuse 12/7, une mitrailleuse 30 américaine, 2 fusils mitrailleurs FM 24 et plus de 150 fusils et mitraillettes Mat 49.La Katiba El Hamdania a été constituée et créée au mois de mai 1957 à Hayouna, daïra de Cherchell par des Moudjahidine de la section du chahid Si Djelloul Ben Miloud de Cherchell, par la section du chahid Si Kaddour de Zéralda, par le Commando Si Zoubir dirigé par notre chef Si Moussa Kellouaz El Bourachdi de Ain Defla. Une dizaine de Moudjahidine avec les deux fusils mitrailleurs FM.BAR et la mitrailleuse 30 américaine sont restés dans la montagne du Zaccar, il ne fallait pas les prendre avec nous, pour être plus légers, ce sont des armes lourdes vu l’éloignement de l’endroit où nous étions, les grandes distances d’une ville à une autre : de Damous (Duplex) à Sidi Amar (Zurich), il y a au moins (60) soixante kilomètres. L’attaque commencera le 20 août 1957 à la même heure: (20h00) vingt heures dans les villes désignées et il fallait être au rassemblement le lendemain 21 août entre 4 h et 5 h du matin, à l’endroit même où nous étions avant notre départ des monts du Zaccar.Je me trouvais dans le groupe qui devait attaquer l’école des officiers de Cherchell, le chef de groupe était Si Ahmed Kelassi de Aïn Defla. Composé en majorité des enfants de la ville de Cherchell ; Hakan Hamid, Saidji, Lahbouchi Mohamed son frère Ahmed et cinq autres valeureux combattants, dès la tombée de la nuit du 19 août, nous avons pris le départ pour être le lendemain, 20 août à l’heure, à côté de l’endroit qu’on devait attaquer, vers 5 h du matin. On était à un kilomètre de Cherchell, notre agent de liaison, nous avait conduit sous un pont de la route de cherchell à Sidi Semiane, c’était le frère aîné des Lahbouchi, après nous avoir installé dans cette grande et large buse en béton armée, il est allé se renseigner et nous apporter à manger. Aux environs de 7 h du matin, des camions militaires français passèrent au-dessus de nous pour aller faire des opérations de ratissage ; pas très loin de nous, on entendait les tirs des élèves officiers français qui faisaient leur instruction, ils étaient tellement proches, qu’on entendait leurs voix et cris, nous étions inquiets d’être repérés ; il suffisait d’un rien pour être découverts, heureusement que Dieu était avec nous. Vers midi, l’agent de liaison est revenu, il nous apporta à manger, on était heureux parce qu’il y avait bien longtemps que nous n’avions pas mangé des sardines en sauce et du poisson, on s’est régalé malgré le va-et-vient des camions militaires sur le pont, on ne pensait plus à l’ennemi, le poisson était délicieux et on avait très faim. L’agent de liaison, le mousebel Lahbouchi est reparti vers le douar Sidi Yahia avec ses couffins vides, il nous a donné rendez-vous pour le soir, il devait s’occuper avec d’autres militants du FLN, à la surveillance de notre passage, c’était le mois d’août, il faisait encore jour lorsque nous sommes sortis de notre cachette, il était 19 h, en file indienne en respectant la distance l’un derrière l’autre entre 10 à 15 mètres d’intervalle. Avant d’arriver à l’école des officiers de Cherchell, on devait traverser plusieurs douars de la région, nous avons fait notre possible pour les éviter, pour que les habitants ne nous voient pas, il n’y avait pas d’autres chemins pour éviter de passer au milieu du douar Sidi Yahia, qui est le dernier avant d’arriver aux hauts quartiers de la ville et à l’école des officiers, les habitants nous regardaient avec étonnement, nous saluant au passage avec des mots d’encouragement «Allah Yanssarkoun Yal Moudjahidine», j’avais un fusil Garand américain que je tenais des deux mains. Les enfants venaient sur notre passage, nous touchaient pour savoir si nous étions des êtres humains en chair et en os ou faits en fer et ils admiraient notre courage. Je ne pouvais plus retenir mes larmes qui coulaient discrètement, il faisait sombre, en me disant et en pensant que nous, les Moudjahidine, nous allons attaquer la caserne, nous replier en vitesse et après, c’est la population civile, qui nous applaudissait au passage, qui payera de sa vie; l’ennemi se vengera sur notre peuple, qui nous offrait des fruits, du pain, de l’eau, etc. J’étais en admiration devant ce courageux peuple, je demandais à mes compagnons d’activer la marche, je n’oublierai jamais le sacrifice, le courage des habitants du douar de Sidi Yahia, daïra de Cherchell. Arrivés à l’endroit d’où on devait attaquer la caserne de l’école des officiers de Cherchell, il était 19 h 40, les uns à côté des autres, tous armés de fusils Garand, et Mas 56, nos doigts sur la gâchette, nous savions que tous nos compagnons de la Katiba El Hamdania étaient dans la même position que nous devant, leurs objectifs, prêts à attaquer à 20 h pile. Lorsque la montre indiqua 20 h, nous avons commencé à tirer à la même seconde, c’était la panique dans la caserne, on entendait les cris de douleur des soldats français surpris par notre attaque, les sirènes hurlaient, ce fut le branle-bas pendant quinze à vingt minutes, puis nous nous sommes repliés en vitesse en traversant les mêmes douars. A notre passage, les habitants nous applaudissaient, nous disant “Dieu est avec vous”, les femmes avec leurs «Youyou», les enfants qui sautaient sur nous pour nous embrasser, le sacrifice de ce grand et généreux peuple algérien est inoubliable. Il nous fallait courir, on entendait derrière nous les tirs des canons et des mitrailleuses, chaque caserne de la région était en alerte, croyant que nous allions donner l’assaut (El Houdjoum Fi Sabil Allah), alors que nous étions déjà loin, forçant notre marche pour arriver à notre rendez-vous dans les montagnes du Zaccar entre 4 h et 5 h du matin. Sans nous reposer, nous sommes arrivés au rassemblement à l’heure prévue, tous étaient présents à l’appel, nous étions tous exténués par la fatigue, nous avons fait notre rapport de l’action à notre chef Moussa Kallouaz, à genoux, épuisés par ce long parcours de Cherchell au Zaccar-Miliana. Le lendemain matin du 21 août, aucun char ni camion militaire n’est sorti des villes ou des casernes, aucun avion n’a survolé la région comme d’habitude, l’armée française et ses soldats avaient peur, croyant que nous les attendions à la sortie des villes ou des postes militaires pour leur tendre des embuscades. Le 22 août 1957, tôt le matin, l’aviation survolai les endroits près des villes et des postes militaires, avec un grand mouvement de camions et de chars, c’est à ce moment-là que les habitants des douars où nous sommes passés ont été arrêtés et torturés : hommes, femmes et même les enfants parce qu’ils n’ont pas voulu leur donner des renseignements sur nous, l’ennemi savait très bien qu’on était passés par-là, malgré la souffrance des tortures, les habitants des douars environnants n’ont pas dit un mot, seulement «nous n’avons rien vu». L’armée coloniale a incendié leurs maisons, leurs biens, la France n’a pas pu faire se plier l’échine de notre héroïque peuple, mais nous les Moudjahidine, on avait beaucoup de peine de voir les douars en feu, notre peuple avait payé très cher le prix de la liberté et de l’indépendance, c’est toujours comme ça, nous combattons l’ennemi et c’est toujours la population civile qui paye, qui souffre et subit la vengeance des militaires français. Quant à moi, je reste marqué à jamais par cette première grande opération nationale de l’anniversaire du 20 Août 1956. Nous étions heureux d’avoir contribué tous ensemble à cet événement important pour notre Pays, le 20 août 1956 est une date inoubliable ; heureux de savoir que tout notre peuple et les combattants de la liberté de toutes les wilayas ont participé à cette grande action générale, qui avait uni tous les Moudjahidine le 20 Août 1957, fiers aussi de marquer la journée du premier anniversaire du congrès du FLN/ALN du 20 Août 1956 dans la vallée de la Soummam, wilaya III. Gloire à nos Chouhadas, gloire à notre vaillant et héroïque peuple algérien, par cette action générale sur tout le territoire national, l’ALN a prouvé qu’elle était présente sur tout le territoire national, qu’elle existe et elle fera face à l’armée française et à son intox par les services psychologiques (SAS), où ils affirmaient qu’il n’y avait pas de combattants algériens dans les maquis, c’était un mensonge comme tant d’autres, la compagnie El Hamdania a accompli fièrement sa mission du 20 août 1957. Je dédie ce récit authentique en témoignage de ma participation à cette grande bataille qu’ont accomplie les valeureux Moudjahidine de la katiba El Hamdania au peuple algérien. Je rends un grand hommage aux familles de nos chouhada de toutes les wilayas d’Algérie, je salue fraternellement les parents de mes compagnons d’armes, chouhaha de la région de Cherchell qui ont aussi participé à cette grande action dans les autres régions, Abdelhak Noufi, Djelloul Ben Miloud, Bouchama Lakhdar, Bendifallah Saâdoune, Ben Moukadem, Cherfaoui, Saidji, Lahbouchi, Hakem, Youcef Khodja et tant d’autres. Aux familles de nos chouhada, je leur dirais qu’ils sachent combien leurs enfants ont été courageux, braves, généreux, valeureux, héroïques, pleins d’une foi inébranlable en une Algérie libre et indépendante que leurs enfants sont morts en faisant don de leur vie, le sacrifice suprême, Allah Akbar, Allah Yarham El Chouhada.

Ould El Hocine Mohamed ChérifAncien Officier de l’ALN