Le P-DG de l’ENIEM, Djilali Mouazer, parle dans cet entretien de la situation qui prévaut au sein de l’entreprise et des difficultés auxquelles elle fait face depuis plusieurs années.
La Dépêche de Kabylie : Y a-t-il du nouveau dans l’affaire du blocage de l’ENIEM ?
Djilali Mouazer : En effet il y a une bonne nouvelle concernant la situation de notre entreprise. Nous venons d’avoir les décisions de la société CDK, donc nous allons récupérer la matière première déjà achetée et reprendre le travail le 1er août prochain. Demain (aujourd’hui, ndlr), nous allons tenir une réunion avec la banque extérieure d’Algérie (BEA) pour essayer de trouver une solution définitive au problème d’autorisation d’utiliser les crédits par la banque. Je tiens aussi à annoncer à nos 1 800 ouvriers que la reprise aura lieu comme prévu, c’est à dire au 1er août. Mais je dois signaler aussi que malheureusement le portail principal de l’entreprise demeure toujours fermé et bloqués depuis deux mois par des protestataires externes à l’entreprise qui réclament des postes de travails. Interpellées, les autorités de wilaya, qui nous ont accordé plusieurs audiences, ne veulent rien faire pour permettre la réouverture du portail. Nous les appelons à prendre leur responsabilité.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez mis vos ouvriers en congé depuis le début du mois de juillet ?
Nous n’avions plus de matière première pour travailler et faire fonctionner l’entreprise, alors nous avons décidé de mettre notre personnel en congé anticipé annuel comme première mesure, le temps de voir les décisions du ministre de l’Industrie. C’était une question de jours, pour reprendre la production. Toutefois, notre problème majeur était le blocage de l’utilisation des crédits par la banque qui nous accordait plus de crédits, même pour l’exploitation et les approvisionnements. Une situation qui risquait de paralyser totalement notre entreprise et mettre en péril la pérennité des emplois. À présent, comme je vous l’ai déjà dit, une réunion importante sera tenue demain (aujourd’hui, ndlr) avec la BEA pour trouver une solution durable qui mettra l’ENIEM à l’abri de ce genre de problème. Nous accordons une importance capitale à cette réunion car l’avenir de notre entreprise y sera déterminé.
Des conséquences de cet arrêt sur l’entreprise ?
J’espère qu’avec les nouvelles données et l’évolution positive de la situation, ce ne sera pas le cas, mais si la situation reste telle quelle, la conséquence directe serait la perte d’emplois et la disparition de l’entreprise. L’impact sur le plan économique serait désastreux pour la région et le pays. Quand on met 1 800 ouvriers au chômage et aussi la disparition des emplois indirects générés par l’entreprise, ce serait dramatique. L’ENIEM est le fleuron de l’industrie régionale et nationale. Sa préservation est plus que primordiale. Dieu merci, il y a une lueur d’espoir que nous allons saisir pour redresser la barre.
Avez-vous fait à temps les démarches nécessaires pour permettre le renouvellement de la licence d’importation CKD par les autorités ?
Nous avons fait des pieds et des mains pour avoir à temps la licence d’importation CKD. Au ministère de l’Industrie, les responsables étaient sensibles à la situation que vit l’ENIEM, mais ils ont aussi leurs contraintes avec tout ce qui se passe ces derniers mois dans notre pays. Nous avons fait le nécessaire pour résoudre le problème mais la situation n’a pas évolué à temps et il ne s’agit pas seulement de l’ENIEM mais de beaucoup d’autres cas dans le secteur de l’industrie au niveau national. La situation actuelle du pays a fait qu’il faut revoir les mécanismes et les processus.
En 2012, l’ENIEM a bénéficié d’un plan de mise à niveau. A-t-il permis de retrouver sa place sur le marché ?
En effet, l’ENIEM a bénéficié d’un plan d’assainissement et de mise à niveau en 2012. Toutefois ce plan n’était pas assez consistant puisque c’était juste des mises à niveau des équipements alors que l’entreprise avait besoin de projets neufs pour améliorer non seulement la qualité de ses produits mais aussi la quantité. Tout le processus devait être rénové et prévoir plus d’intégration. Dans tous les cas de figures, nous souhaitons que la situation s’améliore au sein de l’ENIEM. Il y a des moyens, des mécanismes et de la volonté pour développer la santé de l’entreprise. La ressource humaine et le savoir-faire existent dans la région. Nous pouvons avancer et être plus performants à moins que l’encouragement, l’accompagnement et l’amélioration des pratiques nous soient garantis.
Entretien réalisé par H. T.

