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Tizi-Ouzou : La localité se cherche encore en matière de développement

Azeffoun, une ville au passé glorieux

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Pour aller à la quête de vieilles légendes, la route nationale n°24 reliant la ville de Tigzirt à celle d’Azeffoun semble la plus indiquée, tant la vue est imprenable et l’évasion garantie.

La circulation peu dense est propice à des arrêts en cours de route pour respirer l’air pur marin et ravir ses yeux de paysages aussi époustouflants les uns que les autres. Dépassé le village des Aït Rhouna, la ville d’Azeffoun s’offre de loin à la vue et vous accueille de prime abord par ses plages qui se suivent et vous invite à des haltes salutaires. Cela étant le côté face de la chose. Côté pile, les choses sont, hélas, tout à fait autres. En effet, pour tout visiteur exigeant et jaloux de sa quiétude et sa tranquillité il y a évidement à dire et à redire sur la gestion de la ville et de ses vestiges historiques. En effet, la ville d’Azeffoun, située à 70 km de Tizi-Ouzou et à quelques 95 km de Béjaïa, doit son nom au mot Phénicien « Rusazus » qui signifie cap. Du temps de l’époque romaine, elle portait fièrement cette appellation car elle constituait une base militaire stratégique grâce à sa position privilégiée. Il suffit pour cela de visiter l’ancien emplacement de la ville antique de Ruzasus pour s’en rendre compte par soi-même. Bordée au Nord par la méditerranée, au Sud par des montagnes s’élevant à 500m d’altitude et à l’Est par la région de Béjaïa, la ville était quasiment imprenable. C’est vers le deuxième siècle que fut construite la ville et gouvernée par le chef romain Aurelius Rulasen. Vers le dernier tiers de 19ème siècle fut construit le port Gueydon qui surplomb la mer à partir d’une colline qui descend perpendiculairement le mont de Tamgout. Azeffoun, cette ville qui était l’une des communes les plus vastes de la Kabylie du temps de l’occupation française, regroupaient des dizaines de villages. Elle était délimitée par Ighil Tafraout Jehma et Zekri et au Sud-Ouest et par les villages d’Abizar et de Timizart N’sidi Mansour. De fait, elle est la jonction entre la wilaya de Tizi-Ouzou et celle de Béjaïa. C’est dire toute l’importance de cette ville qui, en principe, devrait être une plaque tournante tant économique, culturelle et touristique de toute la Kabylie. En effet, tout plaide pour ce rôle vital et voue la commune d’Azeffoun ainsi que la ville à être ce pôle ou cette locomotive qui tirera la région vers plus de prospérité et de développement pour peu que les responsables daignent se pencher sur le cas de cette ville qui tarde à trouver ses marques et sa vitesse de croisière. Les vestiges d’un passé glorieux sont visibles de nos jours: les thermes, les silos à grain et les murs de l’enceinte de l’ancien ville sont toujours là. Un grand nombre d’objets remontent à la surface ici et là au gré des fouilles impromptues entreprises par les habitants autochtones lors de travaux divers : labours, construction de maisons, etc. Faute d’un sauvetage du site archéologique par les autorités, c’est sur les ruines de Ruzasus que fut construit, il y a de cela quelques siècles, le village kabyle de Taddart Ouzeffoun, qui fait partie des deux principaux sites archéologiques avec les allées d’Aït Rhouna.. Il n’est pas rare de rencontrer des traces vivaces de la présence romaine en visitant une vieille maison de style kabyle ou une villa récente. Dans le domaine culturel et sportif, Azeffoun peut se targuer d’avoir donné des noms de personnalités inoubliables, entre autres, celui de la légende du football Hacène Lalmas, ou des grands noms de la musique comme Boudjema El Ankis, Mohamed Alloua, Iguerbouchène, El hadj El Anka. Dans le domaine de la littérature, le nom de Tahar Dajout brille de mille feux au côté de celui de Bachir Hadj Ali. Le théâtre lui aussi n’est pas en reste puisque les Mohamed et Said Hilmi sont natifs de la région au même titre que Fellag et Rouiched. Dans le domaine de la peinture qui ne connaît pas le grand Mhamed Isyakhem. Des noms illustres, on peut en citer d’autres et d’autres encore comme celui des grands héros de la révolution tel Didouche Mourad, Yacef Sadi et tant d’autres. Pourtant et malgré ce passé fait de gloires et de légendes, la ville n’arrive toujours pas à se propulser vers l’avant pour reconquérir son passé légendaire. Pire pour les visiteurs que nous sommes, une sensation bizarre que la ville tourne le dos à son passé nous saisit vite tant l’absence de plaques d’indications des lieux de naissances de ces légendes. On a beau cherché nulle stèle ou plaque commémorative ne sont sur les lieux pour renseigner un éventuel étranger sur ces trésors historiques et culturels que compte la ville. Aucune plaque d’indication n’est là pour indiquer le village de Tahar Djaout ou celui d’El Ankis ou même la position de la ville antique de Ruszus. La seule fois, ces dernières années, où cette ville fut mise en exergue, fut lors du Festival internationale de poésie Si Mohand Ou Mhand, organisé en 2012 conjointement par la Direction de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou, l’association culturelle Youcef Ou Kaci, les APC d’Azeffoun et d’Aghribs et Yvan Tetelboom, responsable du Festival de poésie à Paris. Depuis, la couche de poussière de l’oubli recouvre à nouveau les ruines de Rusazus au grand désespoir de l’association «les amis de Rusazus» qui tentent vaille que vaille de maintenir l’ancien ville en état.

A.S. Amazigh